Personnalité
Jean-Baptiste Rogniat
7 mai 1771 — 31 août 1845
Préfet d'Empire et de la Restauration, propriétaire de la verrerie de Vienne de 1800 à 1839
Une source à partager, une erreur à signaler ? Écrivez-moi →
Biographie
Résumé
Jean-Baptiste Rogniat est une figure singulière dans le corpus de Radix Vitri : non pas un maître verrier, mais un haut fonctionnaire — préfet d’Empire et de Restauration — qui fut, près de quarante ans durant, le propriétaire de la principale verrerie de Vienne sans jamais y souffler le moindre verre. Né à Saint-Priest le 7 mai 1771, fils d’un notaire de Chanas devenu administrateur révolutionnaire, polytechnicien, il épouse en 1802 Claire (dite Clarisse) Boissat, d’une famille notable de Vienne, et meurt à Fontainebleau le 31 août 1845.
Propriétaire de la verrerie du Champ-de-Mars de 1803 à 1839, il en confie l’exploitation au gérant Lempereur — dont le nom, et non le sien, figure dans les almanachs et la raison sociale. C’est cette dissociation entre propriété et direction qui a égaré Pierre Pelletier, lequel a pris Lempereur pour le fondateur de l’établissement. Rogniat illustre un type d’entrepreneur absent : le propriétaire-rentier, accaparé par une carrière publique menée loin de Vienne, pour qui la verrerie n’était qu’un élément d’un patrimoine, géré à distance.
Biographie
Origines et formation
Jean-Baptiste Rogniat naît à Saint-Priest le 7 mai 1771, fils de Jean-Baptiste Rogniat — notaire à Chanas (Isère) sous l’Ancien Régime, puis « propriétaire en législature » — et d’Antoinette Payet. La famille est solidement implantée dans le sud du Lyonnais et le nord du Dauphiné.
À l’époque révolutionnaire, le père est administrateur du département et député à l’Assemblée législative en 1791 ; il se cache à Paris sous la Terreur, puis, après le 9 thermidor, revient siéger au conseil général de son département. Le fils, lui, est formé au collège oratorien de Tournon, avant d’intégrer l’École polytechnique, dont il sort en 1811 — formation d’ingénieur qui le destine au service de l’État.
Le mariage Boissat (1802)
Le 19 nivôse an X (9 janvier 1802), Jean-Baptiste Rogniat épouse à Vienne Claire Boissat, alors âgée de dix-huit ans, fille de Jean-Baptiste Abel Boissat, officier d’état civil de la ville. Parmi les témoins figure le frère de l’épouse, ainsi que Joseph Rogniat, alors chef de bataillon du génie, frère de l’époux. C’est ce mariage (et le contrat passé devant Me Guillermin) qui confère à Rogniat une partie de ses droits sur la verrerie, la famille Boissat étant enracinée dans le quartier Saint-Georges, au sud de Vienne, où se trouvait l’établissement.
Le couple connaît des deuils répétés : deux fils prénommés Jean-Baptiste meurent en bas âge en 1805, et c’est le grand-père maternel, Abel Boissat, qui, en sa qualité d’officier d’état civil, doit consigner lui-même ces décès dans les registres.
Une carrière préfectorale
Sorti de Polytechnique en 1811, Rogniat embrasse une carrière administrative qui l’éloigne durablement de Vienne. Sous l’Empire, il est nommé sous-préfet de Bonneville (département du Léman), fonction qu’il occupe jusqu’à la restitution de la Savoie au roi de Sardaigne. Il passe ensuite à la sous-préfecture de Vienne, puis à celles du Puy-de-Dôme (30 mars 1815) et des Ardennes (juillet 1815).
Entré en dissidence avec son ministre, dont il refuse de suivre docilement la ligne politique, il est mis à la retraite dès l’année suivante. C’est le crédit de son frère, le général Joseph Rogniat, qui le fait rentrer en grâce en 1819 : il est alors nommé préfet de la Vendée (9 janvier), puis de l’Ain (19 juillet 1820) et de nouveau du Puy-de-Dôme (10 août 1830). En juin 1832, lors des troubles parisiens, il est brutalement destitué pour s’être prononcé avec fermeté contre la mise en état de siège de la capitale — geste qui dit assez son indépendance de caractère. Il se retire alors à Fontainebleau, où il meurt le 31 août 1845. Il a laissé quelques ouvrages philosophiques et d’enseignement.
Le propriétaire absent de la verrerie
C’est pendant cette carrière itinérante que Rogniat reste propriétaire de la verrerie du Champ-de-Mars. Il en avait consolidé la possession entre 1800 et 1819, rachetant morceau par morceau les parts de Melchior-Gaspard Esnard, puis celles de son propre père et de ses cohéritiers — sa sœur Marie Rogniat (épouse de Claude Passard, ancien notaire et maire de Chamagneux) et son frère le baron Joseph Rogniat, le général. Mais, retenu par ses fonctions loin de Vienne, il n’exploite jamais l’établissement lui-même : la direction est laissée au gérant Lempereur, dont le nom seul apparaît publiquement dans les almanachs et la raison sociale (« L’Empereur et Comp. »).
Cette absence prolongée du propriétaire explique sans doute la longévité de Lempereur à la tête de la verrerie, et la confusion qui s’ensuivra dans la mémoire locale : Pelletier, en 1887, fera de Lempereur le fondateur de l’établissement, ignorant tout du véritable propriétaire. Rogniat se défait de la verrerie en 1839, vendant la partie est à Marc Johannot pour cinquante mille francs (acte du 20 septembre 1839), la partie ouest passant simultanément à Alexandre Boissat, dont la faillite retentissante suivra de quelques jours.
Le frère : le général Joseph Rogniat
La trajectoire de Jean-Baptiste s’éclaire de celle de son frère cadet, Joseph Rogniat (Saint-Priest, 13 novembre 1776 — Paris, 10 mai 1840), l’un des grands officiers du génie de l’épopée napoléonienne. Capitaine dans la division du général Delmas (campagne de Bavière, 1795), il se distingue à la défense de Kehl et aux combats de Neubourg, devient chef de bataillon en 1800, puis commandant en chef du génie du 7e corps de la Grande Armée en 1805. Général de brigade sous Lannes, général de division le 9 juillet 1811 après les campagnes d’Espagne, il fait sa soumission à Louis XVIII en 1815 (qui le crée chevalier de Saint-Louis et grand officier de la Légion d’honneur), mais suit néanmoins Napoléon jusqu’à Waterloo. Membre du comité de la Guerre sous la Restauration, il meurt à Paris en 1840. C’est lui qui, en 1819, cède à son frère ses droits hérités sur la verrerie (acte Me Genin, 29 octobre 1819), et dont l’influence relance la carrière préfectorale de Jean-Baptiste.
Lien avec le monde verrier
Rogniat n’appartient pas au monde verrier : il n’en a ni l’origine familiale, ni le savoir-faire, ni même l’intérêt direct. Son rapport à la verrerie de Vienne est celui d’un propriétaire foncier et rentier, pour qui l’établissement représente un actif patrimonial parmi d’autres, hérité et consolidé à la faveur de son mariage et de successions familiales, puis géré à distance par un homme de métier salarié.
Ce profil, rare dans le corpus de Radix Vitri — peuplé surtout de dynasties de souffleurs et de maîtres de verrerie issus du réseau franc-comtois —, est instructif. Il rappelle qu’au tournant du XIXe siècle, une manufacture pouvait appartenir à un notable étranger au métier, qui en tirait un revenu sans jamais s’approcher du four. Il éclaire aussi, en creux, le rôle décisif des gérants comme Lempereur, véritables hommes de l’art à qui revenait la conduite effective de l’entreprise — et dont la postérité a parfois retenu le nom à la place du propriétaire légitime.
Erreurs et incertitudes
À confirmer par les sources primaires
- Naissance et décès : les dates et lieux (Saint-Priest, 7 mai 1771 ; Fontainebleau, 31 août 1845) proviennent d’une source secondaire généalogique et restent à vérifier sur les actes.
- La date de décès : la source utilisée se contredit, mentionnant « 1825 » dans son introduction et « 31 août 1845 » dans sa notice biographique détaillée. La seconde date est seule cohérente avec les faits connus — Rogniat ne peut être mort en 1825 puisque son frère cède des droits sur la verrerie en 1840 et que la chaîne de propriété le fait vendre en 1839. On retient donc 1845, sous réserve de confirmation.
- Filiation et fratrie : les noms des parents (Jean-Baptiste Rogniat et Antoinette Payet) et la fratrie (Joseph le général, Marie épouse Passard) sont donnés par la source secondaire et par l’acte de purge de 1856, mais mériteraient un recoupement systématique.
Points non résolus
- Le nœud des Alexandre Boissat : l’identité du notaire-banquier Alexandre Boissat — acquéreur de la moitié ouest de la verrerie en 1839, failli la même année — et son lien exact à la famille de Clarisse restent indéterminés, et plusieurs pièces entretiennent la confusion. Trois mentions d’« Alexandre Boissat » coexistent sans qu’on sache si elles désignent un, deux ou trois hommes : un « praticien », oncle maternel de l’enfant Rogniat en 1804 (donc frère de Clarisse) ; un « notaire », témoin au mariage Trainard en 1811 aux côtés de son parent César Boissat ; et l’« ex-notaire devenu banquier » failli en 1839. Un fait paraît acquis : le médecin de la famille est Jules César Boissat (acte de décès du 25 septembre 1851, « docteur en médecine […] natif de Vienne, âgé de 71 ans, demeurant rue Grande »), et non Alexandre — ce qui contredit l’article de histoire-genealogie.com comme la lecture « praticien = médecin » de l’acte de 1804 (« praticien » pouvant aussi désigner un homme de loi). Un autre fait pèse : aux actes familiaux où l’on attendrait Alexandre — mariage de sa sœur présumée Charlotte Eugénie (3 décembre 1811), décès du patriarche Abel Boissat (11 avril 1820) —, ce sont les frères Jules César et Joseph Augustin qui figurent, jamais un Alexandre. Le banquier semble par ailleurs n’avoir été ni marié ni père, et reste introuvable dans les tables décennales de Vienne. Faute de naissance, de filiation ou de décès assurés, son rattachement à la famille de Clarisse demeure une hypothèse — vraisemblable (même patronyme, même ville, M. Faure se disant « l’un de ses parens » en 1839), mais non établie.
- La résidence de Rogniat à Vienne : l’homme semble n’avoir que très peu résidé dans la ville, accaparé par ses postes successifs, ce qui expliquerait la permanence de Lempereur dans la gestion. La part exacte de son temps passé à Vienne reste à préciser.
Frise chronologique
Propriétaire de la verrerie du Champ-de-Mars à Vienne, dont il consolide la possession morceau par morceau entre 1800 et 1819, avant d'en devenir adjudicataire unique. Il ne l'exploite jamais directem…
Parcours géographique
1 verrerie
Sources
- article « Clarice Boissat, l'allemand et la Cabale », histoire-genealogie.com https://www.histoire-genealogie.com/Clarice-Boissat-l-allemand-et-la-Cabale
Source secondaire (généalogique). Biographie détaillée de Jean-Baptiste Rogniat, de son épouse Claire Boissat et de son frère le général Joseph Rogniat. Recoupe sur tous les points vérifiables les données de la verrerie de Vienne. À confirmer par les actes (naissance Saint-Priest 1771, décès Fontainebleau 1845). NB : l'article contient une coquille interne, donnant la mort de Rogniat « en 1825 » dans son introduction, contredite par la date détaillée et sourcée du 31 août 1845.
- etat civil Acte de naissance de Jean Baptiste Charles Rogniat, fils de Jean-Baptiste Rogniat et d'Antoinette Claire Joséphine Boissat (AD38, Vienne, Naissances an XIII, 9NUM/5E547/51, vue 34/113)
8 nivôse an XIII (29 décembre 1804). Rogniat, « propriétaire demeurant à Vienne âgé de trente-trois ans », déclare l'enfant devant son beau-père Jean-Baptiste Abel Boissat, adjoint au maire faisant fonction d'officier public. Il signe « Rogniat f. aîné ». Donne le prénom complet de l'épouse et nomme, comme témoin et « oncle maternel de l'enfant », Alexandre Boissat, « praticien », élément clé pour distinguer ce Boissat (frère de Clarisse, praticien/médecin) du notaire-banquier homonyme failli en 1839-1840. L'enfant meurt à six mois, le 23 juin 1805.
- etat civil Acte de décès d'Antoinette Claire Joséphine Boissat, veuve Rogniat (AD38, Vienne, Décès 1865, 9NUM/5E547/234, acte n°215, vue 37/123)
23 avril 1865. La défunte, « rentière », 81 ans, native de Vienne, veuve de feu Jean-Baptiste Rogniat, est « décédée dans son domicile ce matin à neuf heures », rue du Bac. Confirme le veuvage (Rogniat bien décédé avant 1865), l'âge cohérent avec une naissance vers 1783-1784, et la résidence dans le quartier Saint-Georges. Témoins : Claude Le Gonin, notaire honoraire, et Hippolyte Charvet, juge de paix.
- archive notariale Acte de purge d'hypothèques — Société Charles Raabe et Cie (verrerie de Vienne)
Moniteur Viennois, 1er août 1856. Retrace la chaîne de propriété de la verrerie et détaille les acquisitions successives de Rogniat fils (1800-1819), les droits tenus de son père, de sa sœur Marie Rogniat (épouse Passard) et de son frère le baron Joseph Rogniat, ainsi que la vente de 1839 à Johannot.