Personnalité

Alexandre-Claude Daviot

25 janvier 1816 — 29 octobre 1863

Avocat, ancien secrétaire d'Armand Marrast, républicain de 1848, fondateur et premier directeur de la Verrerie de Chalon-sur-Saône (1855-1863)

Biographie

Portrait

Alexandre-Claude Daviot est l’un de ces personnages que la mémoire industrielle a effacés au profit de leurs successeurs. Avocat dans sa jeunesse, secrétaire d’Armand Marrast à l’époque où ce dernier dirigeait Le National et jouait un rôle central dans la Deuxième République, démocrate convaincu de la génération de 1848, il fit partie de ces républicains qui, après le coup d’État du 2 décembre 1851 et l’établissement du Second Empire, durent reconstruire leur vie en marge de la politique officielle. Daviot choisit l’industrie — et plus précisément, la verrerie à bouteilles.

Il s’établit dans son département natal, la Saône-et-Loire, où il acquiert la qualité de propriétaire à Saint-Léger-sur-Dheune, sur le canal du Centre. Le 1er août 1854, il lance avec deux associés l’exploitation d’une verrerie à bouteilles à Chalon-sur-Saône. L’acte formel de société est signé les 19 et 20 mai 1855 devant Me Baratin, notaire à Saint-Léger-sur-Dheune, sous la raison « Daviot, Saillard et compagnie ». Daviot, propriétaire, apporte 5 000 F ; François Saillard, négociant chalonnais, apporte 25 000 F et sa clientèle de marchand de bouteilles ; Antoine Pocheron, ouvrier verrier, apporte 3 000 F et son savoir-faire.

Le montage à trois têtes ne tient pas une année. Dès février 1856, la société est restructurée en commandite devant Me Perrault à Chalon : Daviot reste seul gérant, Saillard et Pocheron passent silencieux, le capital est porté à 120 000 francs, la durée étendue à vingt-six ans jusqu’au 1er août 1881. Daviot devient le véritable maître de l’entreprise.

L’homme d’industrie

En sept années de gestion effective, Daviot transforme la maison en une verrerie de premier plan. Il fait acquérir en juillet 1858, sur adjudication, la « Tuilerie ou Verrerie de Saint-Cosme » — propriété d’un hectare dans le quartier de la Colombière, ayant appartenu à Cyrille Chollot et auparavant à diverses familles chalonnaises — pour 49 900 francs. Il installe deux fours produisant chacun 5 000 bouteilles par jour, emploie 155 ouvriers dont les familles représentent plus de 300 Chalonnais.

Il fait concourir ses produits aux expositions régionales. À Dijon en 1858, à peine trois ans après la fondation, les bouteilles de Daviot tiennent 25 atmosphères quand celles des anciennes verreries rivales de Blanzy et d’Épinac éclatent en dessous de 20. Le jury, agacé par l’irruption de la nouvelle venue, refuse pourtant de lui accorder la médaille d’honneur qu’elle mérite — préférant récompenser les vieux lauréats des expositions de Londres et de Paris. Daviot doit se contenter d’une médaille de deuxième classe, dont le Courrier de Saône-et-Loire dénoncera plus tard l’injustice.

La revanche vient à l’Exposition de Chalon-sur-Marne en 1861. Cette fois, Daviot (représenté à Épernay par Émile Robert, commissaire en vins) affronte Quiquengrogne, Folembray, Loivre, Épinac, et remporte un succès complet. Les épreuves dépassent parfois 40 atmosphères. La verrerie compte alors 180 ouvriers, produit près de 3 millions de bouteilles par an, toutes recuites au bois, dans les deux spécialités qui assureront sa célébrité : la bouteille forte pour vins mousseux et la bourguignonne pour les vins de la côte.

La fin brutale

Le dimanche 25 octobre 1863, en pleine après-midi, Alexandre-Claude Daviot est frappé d’une attaque d’apoplexie dans les locaux mêmes de l’usine. Il est transporté à son domicile, où il reçoit, écrit le Courrier de Saône-et-Loire, « les soins les plus intelligents, les plus affectueux et les plus dévoués ». Son état, « quoique grave, permet néanmoins d’espérer qu’il pourra bientôt reprendre la direction des verreries, qui lui doivent et leur existence et la prospérité dont elles jouissent ».

L’espoir est vain. Le jeudi 29 octobre au matin, Daviot succombe. Il a quarante-huit ans. Le Courrier note sobrement que « l’habile directeur des verreries de Chalon a succombé ce matin ».

Mais c’est Le Siècle, journal républicain parisien, qui rend en quelques lignes l’hommage le plus complet. Dans son numéro du 2 novembre, une correspondance d’Antoine Lecoq rappelle ce que Chalon avait peut-être fini par oublier :

« M. Antoine Lecoq nous envoie le récit des obsèques de M. Daviot, avocat, ancien secrétaire d’Armand Marrast, directeur des verreries de Châlon-sur-Saône. Une foule nombreuse et émue a suivi le cercueil de cet homme de bien, de cet excellent citoyen, qui est mort attaché aux principes démocratiques qu’il avait défendus toute sa vie. M. Daviot avait 48 ans. Il était membre du conseil municipal de Châlon-sur-Saône. »

Un personnage oublié

La postérité a retenu le nom d’Aupècle. Celui de Daviot, pourtant fondateur et véritable bâtisseur, a été effacé à tel point que le Panthéon de l’Industrie en 1891, évoquant l’histoire de la maison, écrit « Diviot » — orthographe fautive qui a pu passer, en l’absence de sources primaires, pour l’orthographe correcte.

La vie d’Alexandre-Claude Daviot mériterait pourtant un examen attentif. Avocat devenu industriel, républicain de 1848 devenu maître verrier, bâtisseur méconnu d’une des plus importantes verreries bourguignonnes du XIXe siècle — et mort en pleine activité, à quarante-huit ans, foudroyé dans son usine. Sa trajectoire incarne une des variantes possibles du destin des quarante-huitards dans les vingt années qui suivirent la défaite politique de leur génération : la reconversion industrielle, avec ses réussites brillantes et ses tragédies silencieuses.

Points à documenter

  • La famille Daviot à Saint-Didier-sur-Arroux et Saint-Léger-sur-Dheune : parenté, formation, études de droit.
  • Le secrétariat auprès d’Armand Marrast : à quelle époque précisément (années 1840 ? 1848-1849 ?) et dans quelle publication ou quelle fonction ?
  • Le mariage et la descendance éventuelle. Y a-t-il des héritiers Daviot à Chalon en 1863 ?
  • Les circonstances exactes de la cession de la direction à Jean-Henri Aupècle — avant ou après le décès ? Avec quels héritiers ou commanditaires ?
  • Le mandat municipal à Chalon-sur-Saône : dates, liste, engagements politiques.

Frise chronologique

Gérant de Daviot, Saillard et Cie (1855-1856), puis seul, de Daviot et Cie (1856-1863)

Fonde la société avec François Saillard (négociant) et Antoine Pocheron (ouvrier verrier) le 19-20 mai 1855, apport initial de 5 000 F. Devient seul gérant le 8 février 1856 lors de la restructuration…

1er août 1854 — 29 octobre 1863
avant 1848
Événement

Avocat. Secrétaire d'Armand Marrast, figure majeure de la révolution de 1848, rédacteur en chef du National et président de l'Assemblée constituante.

Événement

Conseiller municipal de Chalon-sur-Saône. Démocrate convaincu, resté attaché toute sa vie aux principes de 1848.

avant 1863

Parcours géographique

1 verrerie

Sources