Verrier
Thomas Sigwart
inconnue — vers 1650–1660 (?) — inconnue — après juin 1694
Maître verrier à Lucelle (1686–1694), probablement originaire des verreries de Forêt-Noire
Biographie
Notice biographique
Thomas Sigwart est un maître verrier actif à la verrerie de Lucelle entre 1686 et 1694 au moins. Qualifié de vitriarius lucellensis dans les registres paroissiaux de l’abbaye, il appartient à la grande famille Sigwart qui a exercé son art pendant plus d’un siècle dans les verreries de Forêt-Noire.
Ce que les registres paroissiaux révèlent
La lacune des registres de baptêmes entre 1679 et 1686 empêche de dater son arrivée à Lucelle avec précision : il est présent entre la fondation de la verrerie (1679) et le premier acte le mentionnant (1er avril 1686). Cette date est celle du baptême de Johannes Grässlein, fils de Jean Grässl (Joannes Grässl, dit aussi Jean Grésely) et d’Elisabeth Bäuerin, dont Thomas est le parrain. La formule de l’acte est explicite : « Patrini fuerunt Thomas Sigwirdt vitriarius lucellensis patrina Magdalena Schmidin ».
Entre 1686 et le 28 juin 1694, Thomas parraine cinq enfants du couple Jean Grässl / Elisabeth Bäuerin, avec à chaque fois Madeleine Schmid pour marraine. La constance de ce tandem (Thomas parrain, Madeleine Schmidin marraine) est le reflet d’une alliance de compagnonnage au sein de la petite communauté verrière : il s’agit d’un engagement spirituel renouvelé, qui engage toute la personne dans la durée. En 1693, la réciprocité est attestée : Jean Grässl est le parrain du fils Thomas, baptisé le 13 octobre 1693.
Thomas a lui-même au moins trois enfants entre 1688 et 1693, dont le prénommé Thomas — le choix du prénom du père est une pratique courante, mais elle facilitera aussi la confusion entre générations dans les généalogies ultérieures.
Origine probable
L’acte de mariage de Jean Grässl avec Elisabeth Bäuerin (29 juin 1681) situe l’origine de Jean dans les forêts proches du Schluchsee, en Forêt-Noire — vraisemblablement la verrerie de Rotwasser ou une autre des verreries des forêts de Sankt Blasien. La proximité de compagnonnage entre Thomas et Jean est telle qu’ils ont très probablement la même provenance, ou en tout cas qu’ils se connaissaient avant Lucelle.
Cette hypothèse est renforcée par la présence attestée à Lucelle de Samuel Schmidt, venu lui aussi du Hanauwald près de Sankt Blasien, et (dans le bail de 1679) par la mention de François Hug, époux de Cunégonde Raspiller de Lobschez, verrerie qui entretenait des liens étroits avec les établissements de Forêt-Noire.
La famille Sigwart est par ailleurs abondamment attestée dans les verreries des forêts de Sankt Blasien entre 1600 et 1695 (notamment à Grünwald, où des Hug et des Sigwart cohabitent à la même époque), puis à nouveau à la Glashütte Äule à partir de 1716. Thomas est très certainement issu de cette lignée étendue, même si le chaînon précis reste à établir.
Disparition des sources après 1694
Après le 28 juin 1694, Thomas ne réapparaît plus dans les registres paroissiaux de Lucelle. Il n’est pas mentionné parmi les signataires de l’acte fondateur de la verrerie de Wildenstein (6 juillet 1699). Trois hypothèses non exclusives se présentent :
- Il est décédé entre 1694 et 1699 : les registres de décès pourraient le confirmer ou l’infirmer.
- Il est reparti vers la Forêt-Noire, en direction des verreries de Sankt Blasien ou de la future Glashütte Äule, avant même la dissolution du groupe de Lucelle.
- Il est resté dans la région mais sans s’associer au groupe Wildenstein, peut-être en raison de son âge, d’un décès de son épouse, ou d’un engagement ailleurs.
Place dans le réseau Sigwart
Thomas Sigwart de Lucelle constitue à ce jour la première occurrence documentée d’un Sigwart dans le Sundgau alsacien. Son rôle de relais entre les verreries de Forêt-Noire (où la famille était installée depuis le début du XVIIe siècle) et le réseau verrier alsacien mériterait d’être précisé dès qu’un acte d’origine ou un acte de décès sera localisé.
Erreurs et incertitudes
Identification incertaine. Aucun acte de naissance, de mariage ni de décès de Thomas Sigwart n’a été localisé à ce jour dans les registres consultés. Toutes les données biographiques reposent exclusivement sur les cinq actes de parrainage (1686–1694) et les trois baptêmes de ses enfants (1688–1693) dans les registres de Lucelle.
Madeleine Schmid, la marraine. Elle est systématiquement associée à Thomas dans les cinq parrainages des enfants Grässl. Son identité précise n’a pas encore été établie : est-elle l’épouse de Thomas, une parente de Samuel Schmidt (présent à Lucelle à la même époque), ou une autre membre de la communauté ? La question est ouverte.
Le fils Thomas (°13 octobre 1693). Avec le même prénom que son père, ce fils pourrait être confondu avec Thomas père dans des actes postérieurs à 1694. Son devenir est inconnu.
Le lien avec les Sigwart d’Äule. La présence d’un Georg Anton Sigwart père à la Glashütte Äule à partir de 1716 ne peut être rattachée directement à Thomas de Lucelle sans acte intermédiaire. La filiation reste à établir.
Frise chronologique
Présence attestée par les registres paroissiaux de Lucelle (AD68, Edpt/65/RP/1). Arrivée probable entre 1679 et 1686 (lacune des registres). Dernier acte connu : parrainage du 28 juin 1694.
Premier acte connu : parrain de Johannes Grässle, fils de Joannes Grässle et Elisabeth Bäuer. Marraine : Madeleine Schmid. Acte : « Baptizatus fuit a f. Norberto Joannes Grässlein legitimus filius Joa…
Dernier parrainage connu : Madeleine, fille de Jean Grässl. Cinquième et dernier parrainage d'un enfant Grässl par Thomas Sigwart.
Sources
- etat civil Registres paroissiaux de Lucelle — BMS 1666-1725 (AD Haut-Rhin, Edpt/65/RP/1)
Acte du 1er avril 1686 (p. 3/46) : premier parrainage d'un enfant Grässl par Thomas Sigwart. Cinq parrainages d'enfants de Jean Grässl entre 1686 et 1694, marraine systématiquement Madeleine Schmid. Baptêmes de trois enfants propres de Thomas entre 1688 et 1693. Consulté en dépouillement par Arnaud.