Verrier
Marie-Louise Simonne Mesmer
21 mai 1809 — 9 juillet 1900
Maîtresse de verrerie
Biographie
Louise Simonne Mesmer naît le 21 mai 1809 à La Balme (Ain) — autrement dit à la verrerie du Sappey, où son père Philippe Mesmer exerce comme maître ouvrier verrier. Elle est enfant de four, au sens littéral : ses premières années se passent dans l’univers des maîtres verriers bugistes, dans une région où le verre est une affaire de famille depuis des générations.
Une fille de verriers, une sœur de verrier
Son père Philippe Mesmer est lui-même fils de Simon Mesmer, exploitant de forêt venu du Tyrol, entré dans le monde verrier par nécessité économique et par alliance avec une Schmid de verrerie. Philippe a appris son métier au Sappey et en est devenu maître ouvrier — grade intermédiaire, honorable, sans l’ambition ni le capital qui font les fondateurs de verreries.
Sa mère Marie Rose Chabaud porte le nom du maire de La Balme qui signa son acte de naissance — une filiation illégitime probable, jamais reconnue, que les archives enregistrent dans le silence des formulaires. Elle est illettrée, comme l’acte de mariage de 1827 le note sans détour : ni elle ni Philippe ne signent.
Son frère Gaspard, né cinq ans plus tard à La Balme le 22 octobre 1814, sera celui qui fera rayonner le nom Mesmer dans la verrerie lyonnaise — la Verrerie des Culattes, la “Verrerie de la Gare”, les grandes grèves de 1886 et 1891. Louise Simonne ne fondera rien de comparable, mais elle tiendra ce que son mari aura commencé, avec une ténacité que les actes notariaux révèlent mieux que n’importe quelle chronique.
Le mariage de 1827 et ses témoins extraordinaires
Le 30 octobre 1827, à La Guillotière, Louise Simonne épouse Emmanuel-Casimir Somont (Saumont), “ouvrier verrier, domicilié à la Guillotière à la Ferratière”. Il est fils de Jean-Baptiste Somont, verrier à Réderie dans la Somme — lui aussi d’une famille de verriers, entré dans le réseau lyonnais par un chemin qu’on ne peut que deviner.
L’acte de mariage réunit autour des époux un microcosme du monde verrier lyonnais de demain. Joseph Lacombe, négociant à Lyon rue Thomassin, premier témoin, celui-là même qui s’associera à Bulliod en 1839 pour ouvrir un four à l’angle du chemin de la Scaronne, embryon de la future Verrerie de la Grosse Mouche. Joseph Bovanier (Bovagnet), maître boulanger place de la Charité n°4, “oncle de l’épouse par alliance”, père de Joseph Barthélémy Bovagnet, né cette même année 1827, futur fondateur de la Verrerie de la Mulatière en 1875, qui épousera Jeanne Simone Fassion, fille de la grande dynastie verrière dauphinoise. Anne Marie Pierrette Chabaud, épouse de Bovanier, est très vraisemblablement la sœur de Marie Rose Chabaud : deux filles de La Balme, l’une dans une famille de verriers, l’autre dans une famille de boulangers savoyards, mais toutes deux réunies dans ce réseau serré où les alliances professionnelles et familiales se confondent.
Il n’y a jamais de hasard dans ce monde-là.
Vingt ans dans l’ombre de Gaspard
Entre 1827 et 1845, les sources sont muettes sur Louise Simonne. Elle suit son mari, qui travaille dans l’orbite du monde verrier lyonnais sans y occuper de rôle de premier plan. En 1841, le recensement de La Guillotière la mentionne au chemin des Culattes, dans la même maison que son frère Gaspard et son mari Emmanuel-Casimir — “Simone Mesmer, fille” selon le recenseur, qui confond peut-être la sœur avec la fille du ménage voisin.
La société “Mesmer fils et Saumont” se forme vers 1845, avec Gaspard comme figure de proue et Emmanuel-Casimir comme associé. Louise Simonne y est invisible — c’est l’époque où les femmes de verriers tiennent le foyer et les enfants, pas les registres de commerce. Le recensement de 1851 la mentionne sobrement : “sa femme Simone Mesmer”, logée dans la même maison que Gaspard et Philippe.
La dissolution de la société en 1857 marque une rupture. Emmanuel-Casimir quitte La Guillotière — lentement, à tâtons — pour fonder au Mont-Bellevue une verrerie modeste. Louise Simonne le suit.
La veuve qui tient bon (1865 — 1879)
Emmanuel-Casimir décède le 5 juin 1865 au Mont (Valbenoite), à 63 ans, en pleine activité. Louise Simonne a 56 ans. Ses héritiers sont au nombre de quatre : elle-même, sa fille Rosalie (épouse Lecreux), Joseph (l’aîné) et Gaspard Casimir. Aucune société n’est constituée. L’exploitation continue.
Ce qui se passe dans les sept années suivantes — de 1865 à 1872 — n’est documenté par aucun acte formel retrouvé à ce jour. Mais les almanachs du commerce continuent de référencer la verrerie. Quelqu’un la fait tourner. C’est Joseph, sans doute, mais c’est Louise Simonne qui détient les droits au bail Bessy, puisque c’est elle qui les apportera à la société de 1872.
Le 5 octobre 1872, elle formalise la situation. Elle rachète les parts de Rosalie (contre sa dot de 10 000 francs déjà perçue) et de Gaspard Casimir (contre une somme versée en 1867 par acte Me Berthon). Elle constitue avec Joseph la société “Veuve Saumont et fils aîné” et y apporte 4 000 francs en espèces et le droit au bail de la verrerie Bessy — loyer de 1 330 francs par an, bail expirant en mars 1879.
La stratégie est claire : concentrer le contrôle sur elle et Joseph, écarter les héritiers qui ne participent pas à l’exploitation. C’est le geste d’une femme qui comprend ce qu’elle fait.
Le 31 mars 1879, le bail Bessy expire. Entre-temps, la société a construit ou aménagé sa propre usine au même lieu du Mont. Le 1er octobre 1879, Louise Simonne et Joseph prolongent la société pour dix ans, jusqu’au 1er septembre 1889. La verrerie Bessy libérée est aussitôt mise en location — G. Durif s’y installe.
C’est la dernière trace documentée de Louise Simonne dans les archives disponibles. Elle a alors 70 ans.
Une veuve active dans un monde de veuves actives
Il est tentant — et juste — de la rapprocher de Jeanne Simone Fassion, veuve Bovagnet, qui prend la tête de la Verrerie de la Mulatière à la mort de son mari en 1883 et la dirige pendant quatorze ans avec une autorité que ses ouvriers respecteront bien davantage que celle de l’intrus Allouard. Toutes deux héritent d’un établissement fondé par leur mari, toutes deux en assurent la continuité sans qu’on leur en sache gré dans l’historiographie, toutes deux portent le prénom Simone — coïncidence qui, dans ce réseau où les prénoms se transmettent comme des patrimoines, n’est peut-être pas tout à fait fortuite.
La différence est dans l’issue : la Mulatière deviendra un fleuron artistique, la verrerie du Mont-Bellevue restera un établissement modeste, actif et conflictuel jusqu’au tournant du siècle. Mais dans les deux cas, c’est une femme qui a tenu la barre quand le fondateur n’était plus là.
Notes
Frise chronologique
À la mort d'Emmanuel-Casimir Saumont le 5 juin 1865, Louise Simonne reprend de fait la direction de la verrerie du Mont, sans constitution formelle de société, pendant sept ans. En 1872, elle rachète …
Constitution de la société 'Veuve Saumont et fils aîné' (Me Berthon, Saint-Étienne). Elle apporte 4 000 francs en espèces et le droit au bail de la verrerie Bessy (loyer annuel 1 330 francs, bail expi…
Prolongation de la société jusqu'au 1er septembre 1889. Transfert du siège de la verrerie Bessy vers l'usine construite par la société.
Parcours géographique
1 lieu biographique
Sources
- etat civil Acte de mariage de Philippe Mesmer et Marie Rose Chaboud — 10 mai 1808 (Labalme — Mariages — 1807-1810 — vue 8 et 9 sur 14)
Établit la filiation : Louise Simonne est fille de Philippe Mesmer, maître ouvrier verrier au Sappey, et de Marie Rose Chabaud. Née à La Balme en 1809, elle est enfant du Sappey.
- etat civil Acte de mariage d'Emmanuel-Casimir Somont et Louise Simonne Mesmer — 30 octobre 1827 (AM Lyon — La Guillotière — Mariages 1827 — cote 2E1409 — acte n°155 — vue 78/94)
Louise Simonne, 'née à La Balme, arrondissement de Nantua, département de l'Ain, le vingt-un mai mil huit cent neuf, fille légitime de M. Philippe Mesner, verrier, & de Marie Rose Chabaud'. Ses parents sont illettrés et ne signent pas. Parmi les témoins : Joseph Bovanier (Bovagnet), maître boulanger place de la Charité n°4, oncle de l'épouse par alliance.
- archive notariale Acte de constitution de la société Veuve Saumont et fils aîné — Me Berthon, 5 octobre 1872 (À préciser — AD42, minutes Me Berthon)
Louise Simonne y est désignée sous le nom 'Marie-Louise Simonne Mesner' (orthographe fautive), veuve d'Emmanuel-Casimir Saumont. Elle apporte 4 000 francs et le droit au bail de la verrerie Bessy. Elle rachète simultanément les parts de Rosalie (épouse Lecreux) et de Gaspard Casimir.
- article Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire — prolongation société Saumont https://www.retronews.fr/journal/memorial-de-la-loire-et-de-la-haute-loire/17-octobre-1879/4/b213ffab-be9c-4705-9eae-2545185a36e3
Acte de prolongation du 1er octobre 1879 qui confère la signature sociale à Madame Veuve Saumont.
- article Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire — avis de décès de Mme veuve Emmanuel Saumont https://www.retronews.fr/journal/memorial-de-la-loire-et-de-la-haute-loire/11-juillet-1900/3/75a00534-3b3e-42e1-9232-19ce36fd6f3e
11 juillet 1900, p. 3/4. 'Madame veuve Emmanuel Saumont, née Marie-Louise-Simonne Mesmer, décédée le 9 juillet 1900, dans sa 92e année.' Convoi le 12 juillet à 8h30 au Mont, maison Saumont, pour l'église de Valbenoite puis le cimetière de Valbenoite. Familles signataires : Saumont, Lecreux, Vergnette, Souteyran, Mesmer, Muyard, Chabaud, Bouchot, Chatagner — et Bovagnet, confirmant la continuité du lien familial établi par l'acte de mariage de 1827.