Verrerie
Verrerie de La Broche
vers 1770 — 1856
Aussi connue sous : Verrerie de Labroche · Poterie de La Broche
Site reconvertiNoms et raisons sociales
Histoire
Résumé
La Verrerie de La Broche, établie au lieudit La Broche sur la commune de Molinet (Allier), aurait été fondée en 1770, soit une soixantaine d’années avant les premières mentions documentées dans les actes notariaux. Spécialisée dans les bouteilles en verre noir expédiées par radeau puis par le canal latéral de la Loire, elle emploie avec la Verrerie de La Motte (Saint-Bérain-sur-Dheune) une centaine d’ouvriers à la fin des années 1830. Les deux verreries, propriété d’une même société, font l’objet d’une première tentative de vente judiciaire en novembre 1837 (liquidation de société devant Me Masson à Chalon) avant d’être reconstituées dans la Compagnie générale des Verreries du Centre (Perret-Chagot et Cie) en 1839. La faillite de la Compagnie en 1841 entraîne une nouvelle vente aux enchères en mars 1843. La verrerie de La Broche survit à cette liquidation et continue jusqu’en 1856, date à laquelle les frères Lemoine la rachètent avec une clause contractuelle interdisant toute fabrication de verre. Elle devient alors une poterie de grès active jusqu’en 1981, prolongeant la vie du site industriel sur plus de deux siècles.
Historique
La verrerie à bouteilles (vers 1770 — 1856)
La mairie de Molinet et Wikipedia s’accordent sur la date de fondation : vers 1770. La verrerie produit des bouteilles en verre noir — spécialisation typique des verreries alimentant les vignobles et les distilleries. Sa position géographique est exceptionnelle pour la logistique : elle est située « au bord de la Loire, près de Digoin et de l’embouchure du canal du Centre » selon l’acte de vente de 1837. Digoin est précisément le point où le canal du Centre rejoint la Loire — un nœud de transport majeur permettant d’écouler les bouteilles aussi bien vers Paris (par la Loire et le canal de Briare) que vers Chalon (par le canal du Centre remontant vers la Bourgogne).
Une première liquidation en 1837
L’acte publié dans Le Drapeau tricolore du 21 octobre 1837 révèle que La Broche et La Motte (Saint-Bérain-sur-Dheune) appartiennent déjà à une même société en cours de liquidation, dont la vente est fixée au 27 novembre 1837 devant Me Masson, notaire à Chalon-sur-Saône. Les deux verreries sont proposées en deux lots pouvant être réunis : La Motte à 50 000 F de mise à prix, La Broche à 20 000 F. Les deux établissements réunis emploient 160 ouvriers. Le même Me Masson instrumentera l’acte constitutif de la Compagnie générale des Verreries du Centre en 1839 : la Compagnie est donc une reconstitution après échec de cette vente, pas une création ex nihilo.
La Compagnie générale des Verreries du Centre (1839)
Le 27 juin 1839, La Broche est apportée avec La Motte, Blanzy et vraisemblablement Épinac au capital de la Compagnie générale des Verreries du Centre (Perret-Chagot et Cie), constituée à Chalon-sur-Saône. Les apporteurs probables sont les frères Coste chalonnais. La Compagnie s’effondre dès 1840-1841.
La vente judiciaire de 1843
La liquidation de la Compagnie donne lieu à une vente judiciaire publiée dans le Courrier de Saône-et-Loire du 26 février 1843. Les trois verreries vendues aux criées du tribunal civil de Chalon le 9 mars 1843 sont : La Motte (62 000 F), Blanzy (41 000 F) et La Broche (42 000 F) ; Épinac avait sa procédure distincte devant le tribunal d’Autun. La mise à prix de La Broche (42 000 F) est nettement supérieure à celle de 1837 (20 000 F), ce qui peut refléter des améliorations réalisées ou simplement une estimation différente.
La survie (1843 — 1856)
La verrerie de La Broche survit à la vente judiciaire de 1843 et continue à fonctionner jusqu’en 1856. Elle est alors rachetée par les frères Lemoine avec une clause contractuelle interdisant la fabrication de bouteilles en verre, clause remarquable qui entérine définitivement la fin de l’activité verrière sur ce site.
La poterie de grès (1856 — 1981)
Les frères Lemoine convertissent l’établissement en poterie de grès, utilisant l’argile de la carrière des Guilloux (route de Saint-Léger) et de Beaulon (Allier). Ils vendent en 1863 à Petitpierre et Perron, puis à Escoffier, dont le gendre Joseph Rousson (demeurant à Feurs) lui succède comme président du conseil. Directeurs successifs : Blanchardon, puis Félix Talbot (1939), Claudius Talbot (1951), André Talbot (1973). La concurrence du plastique et le choc pétrolier ont raison de l’entreprise, qui cesse son activité en 1981. Une partie des locaux a ensuite abrité un musée des costumes (jusqu’en 2016). Le bâtiment est aujourd’hui en partie converti en habitation privée.
Situation géographique
Localisation
Molinet (Allier, 03510) est une commune de l’extrême nord du département, à la frontière de Saône-et-Loire, dans le Bourbonnais. Le lieudit La Broche se trouve sur le territoire de la commune, au bord du canal du Centre et à proximité de la Loire. La route de Saint-Léger est mentionnée en lien avec la carrière des Guilloux, ce qui permet d’orienter la localisation vers le secteur nord-ouest du bourg.
Le site est accessible depuis la voie verte / canal qui longe Molinet, mentionnée sur le site de la mairie comme axe touristique.
État actuel
Les bâtiments ont été reconvertis en habitation privée après la fermeture de la poterie en 1984. Des débris de verre noir du XVIIIe-XIXe siècle subsistent dans les terrains environnants, vestige matériel non protégé, mais identifiable.
Personnages liés
MM. Coste, père et fils, négociants associés à Chalon-sur-Saône. Signataires et apporteurs probables de la verrerie de La Broche à la Compagnie générale des Verreries du Centre en 1839. Leur rôle avant 1839 (propriétaires depuis quand ? locataires ?) reste à préciser.
Ferdinand Coste, maître de forges à Chalon-sur-Saône, troisième membre de la famille Coste signataire de l’acte de 1839.
Frères Lemoine, acquéreurs en 1856 avec clause interdisant la fabrication de verre. Initiateurs de la reconversion en poterie de grès.
Éléments techniques
- Production verrière : bouteilles en verre noir, pour vins ou spiritueux. Expédition par radeau sur la Loire (mode de transport pré-canal, cohérent avec une fondation vers 1770).
- Combustible : probablement le bois dans un premier temps (verrerie forestière), puis transition possible vers un autre combustible au XIXe siècle — à documenter.
- Matières premières céramiques (après 1856) : argile de la carrière des Guilloux (route de Saint-Léger) et argile de Beaulon (Allier), livrée par bateau.
- Vestige : débris de verre noir dans les terrains autour de l’ancienne usine.
Erreurs et incertitudes
Points non résolus
- La fondation de 1770 est donnée par la mairie sans source primaire explicite. À confirmer dans les archives notariales de l’arrondissement de Moulins ou dans les archives du canal du Centre pour les envois de bouteilles par radeau.
- L’identité précise des Coste : prénoms, dates, relations familiales exactes entre les trois signataires (Coste père, fils et Ferdinand). Leur présence à Chalon-sur-Saône comme négociants et maître de forges suggère un réseau industriel important à reconstituer.
- La continuité 1841-1856 : comment la verrerie survit-elle à la faillite de la Compagnie générale des Verreries du Centre ? Y a-t-il eu une procédure judiciaire séparée pour La Broche, ou les Coste ont-ils simplement repris l’exploitation pour leur compte ?
- La clause de 1856 interdisant la fabrication de verre : dans quel acte notarial figure-t-elle ? C’est une source primaire précieuse pour dater exactement la fin de la verrerie et identifier les parties : à rechercher dans les minutes notariales de Molinet ou Moulins.
- Le lien entre les Coste et la lettre commerciale de 1840 (Poulet-Blondeau de Beaune à « Coste Père & Fils Verreries Chalon-sur-Saône », collection privée Arnaud Balandras) : cette lettre confirme que les Coste géraient la partie commerciale de la Compagnie depuis Chalon, mais ne précise pas leur rôle spécifique dans la verrerie de La Broche.
Sources consultées
- Acte constitutif de la Compagnie générale des Verreries du Centre, Me Masson et Me Poupier, Chalon-sur-Saône, 27 juin 1839 (publié dans Le Drapeau tricolore, 10 juillet 1839, p. 3/4) — source primaire.
- Mairie de Molinet, page « La poterie de la Broche » (mise en ligne juin 2021) : établit la fondation vers 1770, la spécialisation en verre noir, l’expédition par radeau sur la Loire, la continuité jusqu’en 1856, le rachat Lemoine avec clause anti-verre, et la longue histoire céramique jusqu’en 1984. Source locale sans références primaires explicites, à recouper avec les archives de l’Allier.
Personnages associés
Aucun personnage notable n'est renseigné. Voici les premières personnes liées au lieu.
Voir toutes les personnes liées →Sources
Numéro du 21 octobre 1837, p. 4/4. Étude de Me Masson, notaire à Chalon. Vente par liquidation de société fixée au 27 novembre 1837, en deux lots pouvant être réunis : La Motte (mise à prix 50 000 F) et La Broche (20 000 F). Description de La Broche : « commune de Molinet, arrondissement de Lapalisse (Allier), au bord de la Loire, près de Digoin et de l'embouchure du canal du Centre ». Les deux verreries réunies emploient 160 ouvriers. Source primaire cruciale : établit que la Compagnie générale de 1839 est une reconstitution après l'échec de cette première vente.
Numéro du 26 février 1843, p. 4/4. Vente aux criées du tribunal civil de Chalon le 9 mars 1843, en trois lots : Lamotte (62 000 F), Blanzy (41 000 F), La Broche (42 000 F). Confirme la présence de quatre verreries dans la Compagnie générale des Verreries du Centre (La Broche, La Motte, Blanzy, Épinac, cette dernière ayant sa procédure distincte à Autun). Signé Me Chauvot, avoué.
Page du site de la mairie de Molinet (mise en ligne juin 2021). Établit que la verrerie est fondée vers 1770 (antérieure à la poterie), qu'elle produit des bouteilles en verre noir expédiées par radeau sur la Loire, et qu'elle fonctionne jusqu'en 1856. Le rachat par les frères Lemoine avec clause interdisant la fabrication de verre marque la transition vers la poterie de grès.