Verrerie

Verrerie du Mont-Bellevue

1854 — 1883

Aussi connue sous : Crine frères et Compagnie · Bonnet, veuve Crine et Bertholon · Bertholon et veuve Crine · Bertholon et veuve Crine (succession)

Disparue — sans vestiges

Noms et raisons sociales

Crine frères et Compagnie
Raison sociale 19 juin 1854 — vers 1874
Bonnet, veuve Crine et Bertholon
Raison sociale 1er avril 1874 — 25 octobre 1876
Bertholon et veuve Crine
Raison sociale 25 octobre 1876 — 3 juin 1878
Bertholon et veuve Crine (succession)
Raison sociale 3 juin 1878 — 23 avril 1883

Histoire

Résumé

La verrerie du Mont-Bellevue est fondée le 19 juin 1854 au lieu du Mont, commune de Valbenoite (intégrée à Saint-Étienne dès 1855), par les frères Crine — Melchior, Jean-Pierre, Étienne, Joseph et Jean-Baptiste — associés à François Valin. Tous sont « fabricants de verreries » demeurant au même lieu, signe qu’ils s’installent sur un site déjà en partie équipé ou choisi de longue date. La société produit de la gobeletterie fine (bouféterie), des flacons et des topettes.

L’histoire de cet établissement est celle d’une entreprise familiale qui manque de fonds propres et de direction ferme. Après la première société Crine, dont on ignore ce qu’elle devient après l’expiration de ses neuf ans en 1863, une société de fait se reconstitue en 1874 autour de la veuve de Nicolas Crine et de son gendre Gustave Bertholon. C’est cette seconde entité — Bertholon et veuve Crine — qui exploite la verrerie du Mont jusqu’à la faillite de 1883, aggravée par le décès de la veuve Crine en 1878 et les conflits successoraux qui s’ensuivent.

Le lien avec la verrerie de la Montat est étroit : les mêmes frères Crine ont exploité les deux établissements dans les années 1854-1874, et Gustave Bertholon apparaît comme liquidateur de la société Crine à la Montat avant de devenir associé au Mont-Bellevue. La frontière entre les deux entités est floue, les hommes circulant d’un site à l’autre.


Historique

Fondation et premières années (1854 — vers 1863)

La société Crine frères et Compagnie est constituée par acte passé devant Me Buhet, notaire à Saint-Étienne, le 19 juin 1854, et enregistré le même jour. Elle réunit cinq frères Crine — Melchior, Jean-Pierre, Étienne, Joseph et Jean-Baptiste — et François Valin, tous qualifiés de « fabricants de verreries, demeurant en la commune de Valbenoite, au lieu du Mont ». L’objet est la « fabrication et la vente de la verrerie en bouféterie » — gobeletterie fine, flacons et topettes. La durée est fixée à neuf ans à compter du 1er avril 1854, soit jusqu’en 1863.

Valbenoite est encore une commune indépendante au moment de la fondation — elle sera intégrée à Saint-Étienne le 31 mars 1855, soit neuf mois plus tard. La société choisit délibérément le lieu du Mont, à l’écart de la verrerie de la Montat que certains des mêmes frères exploitent ou vont exploiter. Ce sont deux établissements distincts, sur deux sites géographiques différents.

La période 1854-1874 est mal documentée. On ignore ce qui se passe à l’expiration des neuf ans de la première société (1863) : dissolution, reconduction tacite, ou continuation sous une société de fait ? On sait néanmoins que Charles Mangeol, verrier, est qualifié de « verrier au Mont (Valbenoite) » à la naissance de son fils Louis en septembre 1861 (cote 2E 69, acte 2438), il travaillait donc au Mont-Bellevue à cette date, probablement pour le compte des Crine. De même, Nicolas Crine est verrier « au Mont (Valbenoite) » en 1856 (naissance Marie Anne Crine, cote 2E 64, acte 794), et Jean-Pierre Criner “junior” (né le 9 juin 1822 à Outre-Furens, fils de Jean-Baptiste Criner, un cousin des Crine) y est également verrier en 1856. La réponse sur la continuité juridique viendra des archives.

Évolutions : Bonnet, veuve Crine et Bertholon (1874 — 1878)

À partir du 1er avril 1874, une société de fait se constitue entre Jean-Baptiste Bonnet, Antoinette Pitiot (veuve de Nicolas Crine, décédé le 14 juillet 1873) et Gustave Bertholon, sous la raison « Bonnet, veuve Crine et Bertholon ». Bertholon mérite qu’on s’y arrête : il est le fils d’Andéol Bertholon et de Marie Catherine Criner (fille aînée de Jean-Pierre Criner, née le 2 septembre 1815 à Rive-de-Gier), ce qui fait de lui le petit-fils de Jean-Pierre Criner senior et le neveu de tous les frères Crine de la région. En 1872, il a épousé Marie Antoinette Criner (née le 22 novembre 1849 à Rive-de-Gier, fille de Nicolas Criner et Antoinette Pitiot), sa propre cousine germaine : un mariage typique de l’endogamie verrière, qui lui confère une double légitimité dans la famille. Il était comptable rue de la Montat 66 au moment de ce mariage, avant de devenir associé dans la verrerie même. C’est une tendance bien documentée dans ces milieux industriels des années 1870 : les employés de commerce ou comptables, au contact des dynasties verrières, épousent leurs filles et entrent ainsi dans la direction des établissements.

La société est formellement constituée par acte devant Me Moyse, notaire à Saint-Étienne, le 3 juin 1878, jour du décès d’Antoinette Pitiot, coïncidence tragique qui la dissout aussitôt en droit, même si l’exploitation continue en fait. Le siège est fixé « comme précédemment au Mont, dans la verrerie même », formulation qui confirme la continuité du site.

En octobre 1878, une grève simultanée touche les verreries « Saumon et Bertholon », attestant l’existence d’un concurrent Saumon dans le secteur, et des tensions sociales dans l’établissement.

Fin d’activité : faillite Bertholon (1882 — 1883)

Le décès de la veuve Crine en juin 1878 ouvre une longue période de contentieux successoral entre Gustave Bertholon et les consorts Crine héritiers. La dissolution formelle de la société n’est prononcée qu’en mai 1882 par décision de justice. Ce contentieux oppose Bertholon aux consorts Crine héritiers d’Antoinette Pitiot, soit les propres frères de sa femme. La mort de la veuve Crine a ainsi fracturé un réseau familial qui s’était construit sur trois générations de mariages endogames.

Le 11 septembre 1882, la verrerie est mise en vente amiable — sans trouver preneur. La faillite est prononcée le 23 avril 1883. La vente du matériel a lieu le 2 juin 1883 : 480 moules en fonte pour bouteilles, flacons, topettes, pots à confiture, pots à cirage, moutarde et pommade — inventaire qui témoigne d’une production diversifiée jusqu’à la fin. Deux chevaux, un camion et un tombereau complètent l’actif mobilier. La mise à prix est de 10 000 francs.


Situation géographique

Localisation

La verrerie était établie au lieu dit « le Mont », commune de Valbenoite, dans le quartier dit Bellevue, à Saint-Étienne. Les actes de 1882-1883 précisent systématiquement « au Mont, quartier de Bellevue » ou « au Mont, près Bellevue ». Ce secteur correspond aujourd’hui au quartier Bellevue de Saint-Étienne, sur les hauteurs au nord-est du centre-ville, distinct du quartier de la Montat situé à l’ouest.

Sources cadastrales

Le cadastre napoléonien de Valbenoite et les plans de Saint-Étienne des années 1860-1880 n’ont pas encore été consultés pour localiser précisément le site. Cette recherche est indispensable pour confirmer l’emplacement exact.

État actuel

Le quartier Bellevue est aujourd’hui urbanisé. Aucun vestige industriel n’est identifié. La localisation précise du site reste à établir.

Carte du site

À venir — après consultation du cadastre de Valbenoite et des plans de Saint-Étienne.


Personnages liés

  • Les frères Crine : Melchior, Jean-Pierre, Étienne, Joseph et Jean-Baptiste, tous nés à Rive-de-Gier entre 1817 (Jean-Baptiste) et 1836 (Thomas). Fils de Jean-Pierre Crine, lui-même fils de Nicolas Griner, verrier ripagérien d’origine germanique (père : Nicolas Griner, né vers 1750 à Charmauvillers, maître ouvrier en cristal à Védrines-Saint-Loup, Montcenis, Le Creusot, Givors, Rive-de-Gier). Une lignée de verriers sur trois générations, présente au bassin stéphanois depuis les années 1820.
  • François Vallin (orthographié « Valin » dans certains documents, « Vallin » dans les actes signés, né vers 1823) : associé fondateur en 1854, qualifié de « fabricant de verreries, demeurant en la commune de Valbenoite, au lieu du Mont ». Identifié comme verrier à Bérard (Outre-Furens) en 1857, 34 ans, dans l’acte de naissance de Louis Thomas Crine fils d’Étienne (cote 2E 65, acte 1078, vue 85/301), dans lequel il signe « F Vallin ». Il gravitait donc dans le même réseau que les Crine entre la Montat et le Mont-Bellevue. Biographie non documentée au-delà.
  • Nicolas Crine (3 novembre 1819 — vers 1874, Saint-Étienne) : frère, décédé avant la reconstitution de la société en 1874. Son épouse Antoinette Pitiot lui succède dans les droits sociaux.
  • Antoinette Pitiot, veuve de Nicolas Crine : verrière, demeurant au Mont à Saint-Étienne. Co-exploitante de la verrerie à partir de 1874. Décédée le 3 juin 1878, le jour même où la société est formellement constituée. Ses héritiers entrent en conflit avec Bertholon.
  • Gustave Bertholon (Jean Marie Gustave, né le 10 février 1843 à Saint-Étienne) : fils d’Andéol Bertholon et de Marie Catherine Criner, fille aînée de Jean-Pierre Criner. Petit-fils de Jean-Pierre Criner, neveu de tous les frères Crine. Comptable rue de la Montat 66 en 1872. Épouse le 27 juillet 1872 à Saint-Étienne sa cousine germaine Marie Antoinette Criner (née le 22 novembre 1849 à Rive-de-Gier, décédée le 16 décembre 1917 à Paris 13e), fille de Nicolas Criner et Antoinette Pitiot (cote 3E 79, acte 788). Verrier au Mont-Bellevue en 1875. Liquidateur de la société Crine frères à la Montat (21 avril 1874), puis acquéreur du site lors de la vente sur licitation (17 juin 1874). Au même moment, il devient associé dans Bonnet, veuve Crine et Bertholon (1874), puis Bertholon et veuve Crine (1876-1883). Après la faillite de 1883, son nom disparaît des sources verrières stéphanoises.
  • Joseph-Donat Crine (25 mars 1844, Rive-de-Gier — 20 avril 1916, Pierre-Bénite, hospice du Perron) — fils de Jean-Baptiste Crine. Associé dans la société Crine frères et fils à la Montat (1876).

Éléments techniques

La société fondatrice de 1854 a pour objet exclusif la bouffeterie, terme verrier désignant la gobeletterie fine et autres articles en verre moulés : verres à boire, flacons, fioles, petits contenants. Cette spécialisation distingue la verrerie du Mont-Bellevue de la verrerie de la Montat, qui produit des bouteilles et de la topetterie.

L’inventaire de la vente de 1883 révèle une gamme plus étendue à la fin : 480 moules en fonte pour bouteilles, flacons, topettes, pots à confiture, pots à cirage, moutarde et pommade. La production s’était donc diversifiée au fil des années, intégrant des contenants plus utilitaires aux côtés de la gobeletterie d’origine.

Le nombre de fours n’est pas documenté dans les sources disponibles. La mention de deux chevaux, un camion et un tombereau dans l’inventaire de 1883 indique un établissement doté d’un minimum d’infrastructure logistique.


Contexte social

La grève d’octobre 1878, simultanée dans les verreries « Saumon et Bertholon », est la seule manifestation sociale documentée à ce stade. Elle survient dans un contexte de tensions généralisées dans le monde verrier stéphanois, où les conditions de travail et les salaires étaient régulièrement contestés.

L’existence d’un concurrent Saumont dans le même secteur du Mont-Bellevue est attestée par cet article mais non documentée par ailleurs. Il pourrait s’agir d’une troisième verrerie dans ce quartier — point à éclaircir.


Erreurs et incertitudes

Points non résolus

  • Localisation précise : le lieu du Mont, quartier Bellevue, reste à identifier sur le cadastre. Sans plan, il est impossible de savoir si la verrerie était visible sur les cartes de l’époque.
  • La période 1863-1874 : que devient la société après l’expiration de ses neuf ans ? Dissolution formelle, continuation tacite, ou reconstitution sous une autre forme ? Cette décennie est entièrement obscure dans les sources disponibles.
  • François Valin ou Vallin : associé fondateur identifié comme verrier à Bérard en 1857, il n’a donc pas disparu après la fondation, mais circulait entre les deux sites stéphanois. Son origine et sa biographie complète restent à documenter.
  • La verrerie Saumon : concurrent attesté en 1878 dans le même secteur. Est-ce un établissement distinct, ou une désignation de personne pour un établissement connu sous un autre nom ?
  • Le rôle de Gustave Bertholon : liquidateur à la Montat, associé au Mont-Bellevue, acheteur du site de la Montat en 1874. Il semble avoir manœuvré habilement entre les deux affaires Crine. Que devient-il après la faillite de 1883 ?
  • Lien avec la verrerie de la Montat : certains frères Crine exploitaient-ils les deux sites simultanément, ou y a-t-il eu une division du travail entre frères ? La réponse éclairerait la stratégie familiale de cette génération.

Notes

Personnages associés

Aucune personne liée n'a été trouvée pour cette verrerie.

Voir toutes les personnes liées →

Sources

article Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire — formation société Crine frères et Cie

30 juin 1854 : publication de la formation de la société Crine frères et Compagnie, acte passé le 19 juin 1854 devant Me Buhet, notaire à Saint-Étienne. Siège au Mont, commune de Valbenoite. Associés : Melchior, Jean-Pierre, Étienne, Joseph et Jean-Baptiste Crine, et François Valin, fabricants de verreries. Objet : fabrication et vente de verrerie en bouféterie. Durée : 9 ans à compter du 1er avril 1854.

article Républicain de la Loire — formation société Bertholon et veuve Crine

Article de 1878 : formation le 3 juin 1878 de la société Bertholon et veuve Crine, entre Antoinette Pitiot, veuve de Nicolas Crine, verrière, demeurant au Mont à Saint-Étienne, et Gustave Bertholon, son gendre, verrier, demeurant au même lieu. Siège fixé 'comme précédemment' au Mont, dans la verrerie même. Objet : exploitation de la verrerie et vente des verres fabriqués. Acte passé devant Me Moyse, notaire à Saint-Étienne. Régularise une société de fait existant depuis le 1er avril 1874, d'abord avec Jean-Baptiste Bonnet (raison 'Bonnet, veuve Crine et Bertholon'), puis entre les deux seuls associés après retrait de Bonnet le 25 octobre 1876.

article Mémorial de la Loire — grève chez Saumon et Bertholon

9 octobre 1878 : 'la grève persiste chez les ouvriers de maisons Saumon et Bertholon, bien qu'il semble qu'elle touche à sa fin.' Atteste l'existence d'un concurrent Saumon dans le même secteur, et confirme une grève simultanée à la verrerie Bertholon en 1878.

article Mémorial de la Loire — dissolution Bertholon et veuve Crine

28 mai 1882 : Antoinette Pitiot, veuve de Nicolas Crine, est décédée à Saint-Étienne le 3 juin 1878. La société Bertholon et veuve Crine, pour exploitation d'une verrerie au Mont, est dissoute à compter de ce décès. Dissolution formelle prononcée par décision de justice du 9 mai 1882 entre Gustave Bertholon et les consorts Crine héritiers.

article Mémorial de la Loire — vente amiable de la verrerie

11 septembre 1882 : annonce de la vente amiable de la verrerie Bertholon et veuve Crine, située au Mont, près Bellevue.

article Salut Public — vente sur faillite 1883

15 mai 1883 : annonce de la vente par suite de faillite, le samedi 2 juin 1883, d'une verrerie en pleine activité sise à Saint-Étienne, lieu du Mont, quartier de Bellevue, dépendant de la faillite Bertholon et veuve Crine. Faillite prononcée le 23 avril 1883. Mise à prix : 10 000 francs. Le matériel comprend notamment : 480 moules en fonte pour bouteilles, flacons, topettes, pots à confiture, pots à cirage, moutarde et pommade ; deux chevaux, un camion, un tombereau. Articles de détail dans plusieurs éditions des 17 et 20 mai 1883.