Verrerie

Verrerie Durif (anc. Bertholon et veuve Crine)

1er avril 1874 — 1926

Aussi connue sous : Bonnet, veuve Crine et Bertholon · Bertholon et veuve Crine · Bertholon et veuve Crine (succession) · Veuve Saumont et fils aîné · Verrerie Durif au Mont-Bellevue

Disparue — sans vestiges

Noms et raisons sociales

Bonnet, veuve Crine et Bertholon
Raison sociale 1er avril 1874 — 25 octobre 1876
Bertholon et veuve Crine
Raison sociale 25 octobre 1876 — 3 juin 1878
Bertholon et veuve Crine (succession)
Raison sociale 3 juin 1878 — 23 avril 1883
Veuve Saumont et fils aîné
Raison sociale 2 juin 1883 - 1892
Verrerie Durif au Mont-Bellevue
Nom d'usage 1892 — 1908 et au-delà

Histoire

Résumé

La verrerie du Mont-Bellevue est une création de 1874, distincte de la verrerie Crine frères de 1854 qui occupait le site Bessy voisin. Elle naît vraisemblablement d’un projet conçu par Nicolas Crine lui-même avant sa mort le 14 juillet 1873 — la rapidité avec laquelle sa veuve et son gendre constituent la société de fait neuf mois plus tard, la connaissance préalable du terrain Durif, et la présence de Bertholon comme comptable de la maison depuis plusieurs années, suggèrent une préméditation plutôt qu’une improvisation.

C’est donc Antoinette Pitiot, veuve de Nicolas, et son gendre Gustave Bertholon qui mettent ce projet à exécution, avec l’appui financier de Jean-Baptiste Bonnet. Bertholon assure la gestion et le capital : il vient de racheter la verrerie de la Montat lors de la liquidation de la société Crine frères en 1874 et gère les deux affaires en parallèle avec les frères Crine survivants. Bonnet, probablement un investisseur extérieur au monde verrier, se retire dès 1876.

La société de fait “Bonnet, veuve Crine et Bertholon” se constitue le 1er avril 1874, formalisée seulement le 3 juin 1878 par acte devant Me Moyse, le jour même du décès de la veuve Crine, tragique coïncidence qui rend immédiatement incertaine la continuité juridique de la société. Bertholon avait pourtant tout prévu : rédigé dans l’urgence au chevet d’une mourante, l’acte consacre la moitié de ses vingt-et-un articles aux droits de “l’associé survivant”. La justice invalide cette manœuvre, et la dissolution est prononcée en mai 1882.

L’exploitation se poursuit néanmoins jusqu’à la faillite du 23 avril 1883. L’établissement laisse un actif suffisamment solide pour que Joseph Saumont le rachète discrètement via un prête-nom, et que Gabriel Durif, après avoir attendu l’expiration du bail pendant neuf ans, y installe finalement sa propre verrerie en 1892.


Historique

Genèse : de la Montat au Mont (1873 — 1874)

Nicolas Crine décède le 14 juillet 1873 rue de la Montat 66, à 53 ans, qualifié de « verrier » dans son acte de décès. Il est domicilié à la Montat, pas au Mont-Bellevue. Ce sont les deux déclarants qui révèlent la structure familiale de l’affaire : son gendre Gustave Bertholon, 30 ans, « comptable, rue de la Montat 66 » (il loge ou travaille dans la même maison) et Melchior Crine, 27 ans, verrier, même adresse, cousin du défunt.

Le décès de Nicolas laisse sa veuve Antoinette Pitiot sans structure juridique pour exploiter ce à quoi elle pouvait prétendre. Neuf mois plus tard, le 21 avril 1874, la société Crine frères à la Montat est dissoute judiciairement. Le liquidateur désigné est Gustave Bertholon. Le 17 juin 1874, Bertholon rachète le site de la Montat lors de la vente sur licitation. Il possède maintenant l’actif immobilier de la Montat.

Le 1er avril 1874 (soit quelques semaines avant la dissolution judiciaire), une société de fait s’est déjà constituée au Mont-Bellevue entre Jean-Baptiste Bonnet, Antoinette Pitiot et Gustave Bertholon. La date exacte et les conditions de ce démarrage restent à préciser par l’acte Moyse de 1878 (AD42), qui devrait décrire l’origine du site et le titre d’occupation.

Il est possible (sans qu’aucun document ne le confirme) que le projet d’une implantation au Mont-Bellevue ait été conçu par Nicolas Crine lui-même avant sa mort. La rapidité avec laquelle sa veuve et Bertholon constituent la société de fait (neuf mois après le décès), la connaissance préalable du terrain Durif, et la présence de Bertholon comme comptable de la maison Crine depuis plusieurs années, suggèrent une préméditation plutôt qu’une improvisation.

La société de fait et sa formalisation (1874 — 1878)

La société de fait “Bonnet, veuve Crine et Bertholon” fonctionne sans acte formel pendant deux ans et demi,. Le 25 octobre 1876, Bonnet se retire et cède ses droits à Bertholon et à la veuve Crine. La société continue sous la raison “Bertholon et veuve Crine”, toujours sans acte formel.

Le 3 juin 1878, l’acte est enfin passé devant Me Moyse, notaire à Saint-Étienne. Le Républicain de la Loire le résume : la société a pour objet « l’exploitation de la verrerie qu’ils possèdent ensemble au Mont, à Saint-Étienne, et pour la vente des verres qu’ils y fabriqueront ». Le siège est fixé « comme précédemment au Mont, dans la verrerie même ». Les apports s’élèvent à 44 495,10 francs.

Le même jour, Antoinette Pitiot décède… mais la société n’est pas automatiquement dissoute pour autant ! Bertholon avait pourtant précisément anticipé cette situation : l’acte, rédigé dans l’urgence en la demeure de Mme Crine alors mourante (Antoinette Pitiot était à l’article de la mort et ne pouvait plus signer : “ne pas pouvoir à cause de l’état de faiblesse que lui cause sa maladie”), comporte une vingtaine d’articles dont la moitié est consacrée aux droits de l’associé survivant à continuer l’exploitation malgré le décès de l’autre, formule qui revient une dizaine de fois. Bertholon couvrait ses arrières : en faisant signer cet acte à une mourante, il cherchait (cyniquement) à écarter les héritiers Crine de toute prétention sur la verrerie.

La justice en a décidé autrement. Le contentieux entre Bertholon et les consorts Crine héritiers s’étire jusqu’en mai 1882, où la dissolution est finalement prononcée par décision judiciaire, probablement au motif que le consentement d’Antoinette Pitiot était vicié par son état de santé. Les fils Crine ont ainsi obtenu en justice ce que leur père et leurs oncles n’avaient pu éviter en affaires : la neutralisation de Bertholon, qui avait déjà dépouillé la famille en se faisant nommer liquidateur de la Montat avant d’en racheter l’actif à bas prix.

Fin d’activité (1878 — 1883)

L’exploitation continue néanmoins (la description “verrerie en pleine activité” est répétée plusieurs fois dans les avis), mais le contentieux successoral entre Bertholon et les consorts Crine héritiers d’Antoinette Pitiot (ses propres beaux-frères) paralyse progressivement l’affaire. La dissolution formelle n’est prononcée qu’en mai 1882 par décision de justice. En septembre 1882, la verrerie est alors mise en vente amiable par le liquidateur, M. Dechavanne, mais sans trouver preneur. La faillite est prononcée le 23 avril 1883.

La vente sur faillite a lieu le 2 juin 1883 en l’étude de Me Moyse, place du Peuple 26 à Saint-Étienne, le même notaire qui avait instrumenté l’acte constitutif de 1878. Elle est conduite à la requête de M. Mey, syndic de la faillite, en vertu d’une ordonnance du juge-commissaire Forest du 23 avril 1883. La mise à prix est de 10 000 francs pour l’ensemble en un seul lot, comprenant l’achalandage, la subrogation au bail des constructions et terrains (confirmation que Bertholon et veuve Crine n’étaient pas propriétaires du terrain mais locataires de Paul Durif), et le matériel complet. Le matériel industriel est celui d’une verrerie de taille modeste mais pleinement équipée : une machine à vapeur et sa chaudière, des tours à tailler le verre, une bascule, 120 cannes en fer, des presses pour gobelet, un atelier de poterie avec ses moules et tamis, des transmissions et conduites d’eau. Les 480 moules en fonte (pour bouteilles, flacons, topettes, chopinettes, bonbonnières, pots à confiture, pots à cirage, moutarde et pommade) témoignent d’une gamme diversifiée centrée sur les contenants en verre creux. Deux chevaux, un camion et un tombereau complètent l’actif mobilier.

L’adjudicataire est César Pouget, négociant demeurant à Saint-Chamond, au prix de 10 025 francs. Mais l’acte d’adjudication révèle aussitôt qu’il agit comme prête-nom : il déclare avoir opéré cette acquisition pour le compte de Joseph Saumont, qui signe et s’oblige à payer à sa place. Saumont rachète ainsi discrètement le bail du terrain de son concurrent direct, probablement pour éliminer toute concurrence future sur ce site voisin, et sans doute aussi pour ne pas affoler Paul Durif, son propriétaire foncier et vraisemblable revendeur de verre.

La période Saumont sur les parcelles 780-787 (1883 — 1892)

Joseph Saumont ne se contente pas d’éliminer un concurrent : il reprend l’exploitation. Après l’adjudication du 2 juin 1883, il confie la direction du site à son frère cadet Gaspard Saumont (59 ans en 1886, qualifié de « verrier » dans le recensement de cette année), secondé par Melchior Criner, cousin des Crine, présent sur le site depuis la période Bertholon, qui apparaît en 1891 dans le recensement comme « chef de fabrication verrier », logé maison Roland, entre la maison Saumont et la maison Durif.

Joseph Saumont gère ainsi simultanément deux sites au Mont-Bellevue : la verrerie Bessy (le site historique de la famille Saumont depuis 1863) et les parcelles 780-787 (ancienne verrerie Bertholon-Crine, rachetées discrètement). Cette double exploitation dure jusqu’à l’expiration du bail de neuf ans signé en juin 1883, soit vers 1892. À cette date, Joseph Saumont ne renouvelle pas le bail, il a entre-temps construit sa propre usine sur des terrains acquis plus tôt, où il concentre désormais toute son activité. Gabriel Durif, qui a succédé à son père Paul en 1888 en tant que “maître de verreries”, récupère son terrain.

La verrerie Durif (1892 — après 1908)

Gabriel Durif (né vers 1865), qui a repris l’affaire paternelle à la mort de son père Paul Durif le 5 décembre 1888, exploitait depuis lors la verrerie Bessy comme locataire. En 1892, le bail des parcelles 780-787 libérées par Saumont lui revient. Il saisit l’occasion : il transfère le matériel de la verrerie Bessy vers ses parcelles propres, abandonne définitivement les lieux loués, et s’installe en maître sur son propre foncier.

En 1893, la verrerie Durif au Mont-Bellevue emploie 180 ouvriers, un chiffre considérable qui témoigne de l’essor rapide de l’établissement. En octobre 1893, une grève de solidarité paralyse complètement l’usine : « des 180 ouvriers occupés à la verrerie Durif, au Mont-Bellevue, aucun n’a repris le travail le 25 octobre 1893. La grève est donc complète. » Gabriel Durif fait fermer les ateliers. Un certain Mangeot est arrêté pour avoir « excité les grévistes à frapper un contremaître », patronyme qui rappelle les Mangeol/Mangeot verriers déjà présents à la verrerie de la rue Tréfilerie vers 1880.

Le 3 septembre 1894, lors d’un conseil municipal de Saint-Étienne consacré à l’emplacement d’un nouvel hôpital à Bellevue, les verreries Durif et Saumont sont évoquées conjointement comme établissements du secteur, deux survivants d’un quartier qui avait compté jusqu’à trois verreries simultanément.

Le 15 juin 1899, Gabriel Durif fonde la société Verreries Durif et Cie, en commandite par actions, au capital de 700 000 francs. L’acte de société identifie précisément les parcelles 780, 781, 782, 784, 785, 786 et 787, les mêmes que celles construites par Bertholon et veuve Crine vingt-cinq ans plus tôt. Le capital considérable témoigne de l’ampleur prise par l’établissement depuis 1892.

En novembre 1908, les Archives commerciales de la France mentionnent une modification des statuts de la société Verreries Durif et Cie, avec réduction du capital. La date de fermeture définitive reste inconnue.


Situation géographique

Localisation

La verrerie était établie au lieu dit « le Mont », commune de Valbenoite (intégrée à Saint-Étienne le 31 mars 1855), dans le quartier dit Bellevue, sur les parcelles 780-787, propriété de Paul Durif. Ces parcelles sont identifiées avec précision dans l’acte de société Verreries Durif et Cie du 15 juin 1899 : limitées au nord par les terrains des Hospices de Saint-Étienne, à l’est par le chemin rural de l’Égalerie à Bizillon, au sud par le chemin vicinal n°34 du Mont à la Béraudière, et à l’ouest par la propriété des demoiselles Rolland. Le cadastre de 1863 montrait ces parcelles sans construction verrière, les bâtiments ont bien été élevés par Bertholon et veuve Crine vers 1874.

État actuel

Le quartier Bellevue est aujourd’hui entièrement urbanisé. Aucun vestige industriel n’a été identifié.


Personnages liés

Nicolas Crine (3 novembre 1819, Rive-de-Gier — 14 juillet 1873, Saint-Étienne, rue de la Montat 66) : verrier, époux d’Antoinette Pitiot. Décédé à la Montat, il n’a jamais exploité au Mont-Bellevue. Sa mort est le point de départ de toute la séquence. Fils de Jean-Pierre Crine, petit-fils de Nicolas Griner.

Antoinette Pitiot, veuve de Nicolas Crine : verrière, demeurant au Mont à Saint-Étienne. Co-fondatrice de la société de fait du 1er avril 1874. Décédée le 3 juin 1878, le jour même de la formalisation notariale de la société. Ses héritiers entrent en conflit avec Bertholon.

Gustave Bertholon (Jean Marie Gustave, né le 10 février 1843 à Saint-Étienne) : fils d’Andéol Bertholon et de Marie Catherine Criner (fille aînée de Jean-Pierre Criner). Petit-fils de Jean-Pierre Criner, neveu de tous les frères Crine. Comptable rue de la Montat 66 au moment du décès de Nicolas Crine (juillet 1873). Épouse le 27 juillet 1872 à Saint-Étienne sa cousine germaine Marie Antoinette Criner (née le 22 novembre 1849 à Rive-de-Gier, décédée le 16 décembre 1917 à Paris 13e), fille de Nicolas Criner et Antoinette Pitiot (cote 3E 79, acte 788). Liquidateur de la société Crine frères à la Montat (21 avril 1874), puis acquéreur du site lors de la vente sur licitation (17 juin 1874). Associé simultanément dans la société de fait au Mont-Bellevue à partir du 1er avril 1874. Après la faillite de 1883, son nom disparaît des sources verrières stéphanoises. Qualifié de « comptable » dans l’acte de décès de Nicolas Crine (1873) et de « verrier » dans l’acte constitutif de 1878 — une requalification liée à son statut de propriétaire d’établissement, non à une compétence technique acquise.

Antoine Crine (né vers 1831, Rive-de-Gier) : frère de Nicolas, présent au Mont-Bellevue en 1876 avec ses fils Étienne (25 ans) et Thomas (23 ans). Seul verrier de métier dans l’affaire avec ses fils — Bertholon n’est pas verrier. C’est lui qui assure la compétence technique de l’établissement.

Jean-Baptiste Bonnet : premier associé de la société de fait (1er avril 1874 — 25 octobre 1876). Se retire et cède ses droits à Bertholon et à la veuve Crine.

Joseph-Donat Crine (25 mars 1844, Rive-de-Gier — 20 avril 1916, Pierre-Bénite, hospice du Perron) : fils de Jean-Baptiste Crine. Associé dans la société Crine frères et fils à la Montat (1876), pas au Mont-Bellevue.

César Pouget : négociant demeurant à Saint-Chamond. Adjudicataire apparent de la vente sur faillite du 2 juin 1883, il agit en réalité comme prête-nom pour Joseph Saumont, qu’il représente et qui signe l’acte. Son lien avec Saumont reste à documenter.

Pierre-Paul dit Paul Durif (né vers 1829 — 5 décembre 1888, rue Saint-Louis 41, Saint-Étienne) : qualifié de « comptable » à la naissance de Gabriel en 1865, puis de « négociant et maître de verreries » dans les actes de 1888. Sa vie personnelle est tumultueuse : divorce, décès de sa femme Maria Buisson en août 1888, conflit judiciaire avec son fils Victor qui oblige à une vente sur licitation de deux maisons. Il meurt quatre mois après sa femme. Comment il a acquis les parcelles 780-787, qu’il loue à Bertholon et veuve Crine (1874-1883), puis à Joseph Saumont via Pouget (1883-vers 1892), reste à établir.

Charles Antoine Gabriel Durif (5 avril 1865, rue Saint-Louis 41, Saint-Étienne — 30 avril 1921, rue d’Annonay 12, Saint-Étienne) : hérite d’une affaire en désordre à la mort de son père en décembre 1888. Exploite la verrerie Bessy dès janvier 1889, puis s’installe sur les parcelles 780-787 en 1892. Fonde la société « Verreries Durif et Cie » en 1899 (actes Me Fuchs, notaire à Saint-Chamond). Perd son fils Paul au front en octobre 1916. Décède en avril 1921, laissant la direction à sa veuve.

Marguerite-Marie-Louise Point, veuve Durif : épouse de Gabriel Durif. À sa mort en avril 1921, nommée administrateur-délégué de la société. Préside à la transformation en société anonyme en juin 1921 et à la dissolution en mars 1926.


Éléments techniques

L’inventaire de la vente sur faillite (2 juin 1883) révèle la gamme de production à la fin : 480 moules en fonte pour bouteilles, flacons, topettes, pots à confiture, pots à cirage, moutarde et pommade. Production diversifiée, centrée sur les contenants en verre creux. Deux chevaux, un camion et un tombereau assurent la logistique.

Le nombre de fours n’est pas documenté dans les sources disponibles. Les apports de 44 495 francs en 1878 suggèrent un établissement de taille intermédiaire — plus important que les 4 000 francs de la société Saumont de 1872 (qui n’apportait qu’un droit au bail), mais bien en-deçà des grandes sociétés verrières lyonnaises.


Contexte social

Le recensement de 1876 identifie quatre verriers seulement sur le site : Antoine Crine (45 ans, fabricant de verre), Gustave Bertholon (32 ans, fabricant de verres — requalification de façade), Étienne Crine (25 ans, verrier) et Thomas Crine (23 ans, verrier). Barthélémy Bruyère, potier de 60 ans, loge à la même adresse — peut-être un employé à tâches diverses. La main-d’œuvre est entièrement familiale et francophone, à l’opposé de la vingtaine de verriers cosmopolites recensés sur le site Saumont voisin.

La grève d’octobre 1878, simultanée dans les verreries « Saumon et Bertholon », est la seule manifestation sociale documentée. Elle survient dans un contexte de tensions généralisées dans le monde verrier stéphanois.


Erreurs et incertitudes

Ce que dit la littérature, et ce qu’il faut corriger

L’ancienne fiche intitulée « Verrerie du Mont-Bellevue (Crine) » présentait cet établissement comme une continuation directe de la société Crine frères de 1854. C’est inexact. La société de 1854 occupait le site Bessy (parcelles 1036-1042) jusqu’en 1863, puis les Crine rejoignent la Montat à plein temps. La verrerie Bertholon et veuve Crine (1874-1883) est une création nouvelle, sur un site distinct, fondée par la veuve de Nicolas Crine et son gendre — pas par les frères Crine de 1854.

Points non résolus

  • Localisation désormais connue : les parcelles 780-787, propriété de Paul Durif, sont confirmées comme le site de cet établissement par l’acte d’adjudication de 1883 (terrain loué par Bertholon et veuve Crine à Durif) et par l’acte de société Durif de 1899 (même parcelles, mêmes bornes géographiques).
  • L’acte de bail entre Paul Durif et Bertholon-Crine : date et conditions inconnues. Recherche à mener dans les minutes notariales de Saint-Étienne, entre juillet 1873 et avril 1874.
  • Le rôle de Gustave Bertholon après 1883 : disparaît des sources verrières stéphanoises après la faillite. Que devient-il ?
  • Jean-Baptiste Bonnet : premier associé de la société de fait. Probablement le même Jean-Baptiste Bonnet marchand de vins recensé au Mont en 1876 et 1891 : à confirmer.
  • Date de fermeture de la verrerie Durif.

Personnages associés

Aucune personne liée n'a été trouvée pour cette verrerie.

Voir toutes les personnes liées →

Sources

article Républicain de la Loire — formation société Bertholon et veuve Crine

Article annonçant la formation le 3 juin 1878 de la société Bertholon et veuve Crine, entre Antoinette Pitiot, veuve de Nicolas Crine, verrière, demeurant au Mont à Saint-Étienne, et Gustave Bertholon, son gendre, verrier, demeurant au même lieu. Siège fixé 'comme précédemment au Mont, dans la verrerie même'. Objet : exploitation de la verrerie et vente des verres fabriqués. Acte passé devant Me Moyse, notaire à Saint-Étienne. Régularise une société de fait existant depuis le 1er avril 1874, d'abord avec Jean-Baptiste Bonnet (raison 'Bonnet, veuve Crine et Bertholon'), puis entre les deux seuls associés après retrait de Bonnet le 25 octobre 1876. Montant des apports : 44 495,10 francs. Lectura.plus (BNF) n'est plus accessible — source connue par transcription partielle.

etat civil Acte de décès de Nicolas Crine — 15 juillet 1873 (Archives Municipales de Saint-Étienne, Décès 1873, cote 4 E 80, acte n°1508, vue 117/256)

Nicolas Crine, 53 ans, verrier, rue de la Montat 66, né à Rive-de-Gier (Loire), époux d'Antoinette Pitiot, ménagère, décédé le 14 juillet 1873 à dix heures du soir en son domicile. Déclarants : Gustave Bertholon, 30 ans, comptable, rue de la Montat 66 (beau-père du défunt — i.e. beau-père de Bertholon, le défunt étant son beau-père) et Melchior Crine, 27 ans, verrier, même adresse (cousin du défunt). Document pivot : Nicolas Crine est à la Montat au moment de sa mort, pas au Mont-Bellevue. La société de fait au Mont ne peut donc pas avoir débuté avant son décès. La date du 1er avril 1874 comme début de la société est exacte, et c'est la veuve Antoinette Pitiot qui fonde l'établissement du Mont avec Bertholon, pas Nicolas lui-même.

article Mémorial de la Loire — grève chez Saumon et Bertholon

9 octobre 1878 : 'la grève persiste chez les ouvriers de maisons Saumon et Bertholon, bien qu'il semble qu'elle touche à sa fin.' Atteste la coexistence de deux verreries distinctes au Mont-Bellevue en 1878, et des tensions sociales dans les deux établissements.

article Mémorial de la Loire — dissolution Bertholon et veuve Crine

28 mai 1882 : dissolution formelle de la société Bertholon et veuve Crine prononcée par décision de justice du 9 mai 1882 entre Gustave Bertholon et les consorts Crine héritiers d'Antoinette Pitiot.

article Mémorial de la Loire — vente amiable de la verrerie

11 septembre 1882 : annonce de la vente amiable de la verrerie Bertholon et veuve Crine, 'située au Mont, près Bellevue'. Sans trouver preneur.

article Salut Public — vente sur faillite 1883 https://www.retronews.fr/journal/memorial-de-la-loire-et-de-la-haute-loire/31-mai-1883/4/d49128e9-52c7-4b99-b961-d9449d6596eb

15 mai 1883 : annonce de la vente par suite de faillite, le samedi 2 juin 1883, d'une verrerie 'en pleine activité' sise à Saint-Étienne, lieu du Mont, quartier de Bellevue. Faillite prononcée le 23 avril 1883. Mise à prix : 10 000 francs. Matériel : 480 moules en fonte pour bouteilles, flacons, topettes, pots à confiture, pots à cirage, moutarde et pommade ; deux chevaux, un camion, un tombereau.

archive notariale Acte constitutif Me Moyse — 3 juin 1878 (AD42, minutes Me Moyse, Saint-Étienne, juin 1878, cote 5E42_281)

Acte passé devant Me Moyse, notaire à Saint-Étienne, le 3 juin 1878, en la demeure de Mme Crine, mourante. L'acte, comportant de nombreuses ratures, rectifications et renvois, révèle les conditions dramatiques de sa rédaction : Antoinette Pitiot ne peut plus signer ('ne [plus] pas pouvoir à cause de l'état de faiblesse que lui cause sa maladie'). La moitié des vingt-et-un articles est consacrée aux droits de 'l'associé survivant' à continuer l'exploitation malgré le décès de l'autre, formule répétée près d'une dizaine de fois. Bertholon faisait signer un acte à une mourante pour écarter les héritiers Crine. La justice invalida cette manœuvre : la dissolution fut prononcée en mai 1882.

archive Recensement de Saint-Étienne — secteur du Mont, 1876 (AD42)

Identifie Antoine Crine (45 ans, fabricant de verre) et Gustave Bertholon (32 ans, fabricant de verres) résidant sur le même site, avec les fils d'Antoine : Étienne (25 ans, verrier) et Thomas (23 ans, verrier). Barthélémy Bruyère, potier, loge également à la même adresse. Total : 4 verriers seulement pour cet établissement — très petit par rapport à la vingtaine identifiée sur le site Saumont voisin. L'effectif réduit et l'absence de main-d'œuvre étrangère (contrairement au site Saumont) suggèrent un établissement fragile, exploité presque exclusivement en famille.

article Stéphanois et presse nationale — grève Durif octobre 1893

25 octobre 1893 : grève de solidarité complète à la verrerie Durif au Mont-Bellevue, 180 ouvriers, aucun reprise. Gabriel Durif fait fermer les ateliers. Arrestation de Mangeot pour excitation à la violence. Bagarres et deux arrestations. Audience au tribunal correctionnel le 25 novembre 1893 : Louis Faucon condamné pour avoir déclenché la grève, la verrerie Durif ayant porté plainte.

article Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire — création société Verreries Durif et Cie https://www.retronews.fr/journal/memorial-de-la-loire-et-de-la-haute-loire/30-juillet-1899/231/1755789/5

30 juillet 1899 : annonce de la création le 15 juin 1899 de la société Verreries Durif et Cie, en commandite par actions, capital de 700 000 francs. L'usine existait et appartenait déjà à Gabriel Durif. Parcelles cadastrales identifiées : 780, 781, 782, 784, 785, 786 et 787, limitées au nord par les terrains des Hospices, à l'est par le chemin de l'Égalerie à Bizillon, au sud par le chemin vicinal n°34 du Mont à la Béraudière, à l'ouest par la propriété des demoiselles Rolland.

article Archives commerciales de la France — modification statuts Durif

18 novembre 1908, p. 1481 : 'Saint-Étienne — Modifications de statuts — Société Verrerie Durif et Cie, au Mont-Bellevue — Réduction du capital.'.

etat civil Acte de naissance de Charles Antoine Gabriel Durif — 5 avril 1865 (AM Saint-Étienne, Naissances 1865, cote 2 E 73, acte n°921, vue 83/288)

Gabriel Durif né rue Saint-Louis 41 à Saint-Étienne. Père : Pierre Durif, 38 ans, comptable, première attestation de Pierre-Paul Durif à Saint-Étienne. Mère : Maria Buisson, 28 ans, sans profession.

article Mémorial de la Loire — avis de décès de Pierre-Paul Durif https://www.retronews.fr/journal/memorial-de-la-loire-et-de-la-haute-loire/15-juillet-1888/3/1e55c87c-8a50-4716-b3b6-1a4d0f1b847c

Décès de Pierre-Paul Durif, 'Maître de Verrerie', le 5 décembre 1888, rue Saint-Louis 41, dans sa 60e année. Fils : Victor et Gabriel Durif. Convoi le 7 décembre, église Saint-Louis, cimetière Saint-Claude. La vente sur licitation de juillet 1888 révèle le contexte : divorce de Pierre-Paul, décès de Maria Buisson, conflit judiciaire avec Victor qui oblige à vendre deux maisons (rue d'Annonay 12 et rue Désirée 2), dépendant de la communauté Durif-Buisson.

article Mémorial de la Loire — feu de cheminée chez Mlle Bessy, première mention verrerie Durif https://www.retronews.fr/journal/memorial-de-la-loire-et-de-la-haute-loire/16-janvier-1889/2/2c101818-3527-416c-bf0a-96fa6022edb2

16 janvier 1889 : feu de cheminée chez Mlle Bessy, « propriétaire au Mont, près Bellevue ». Des ouvriers de « la verrerie Durif [anciennement dite verrerie Bessy] située à proximité » éteignent l'incendie. Première attestation de la verrerie Durif en activité, sur le site de la verrerie Bessy dont Gabriel a repris le bail après la mort de son père.

article Mémorial de la Loire — dissolution société Verrerie Durif https://www.retronews.fr/journal/memorial-de-la-loire-et-de-la-haute-loire/12-mars-1926/5/afd1f2c5-5e96-45a0-a01d-972199e072c1

12 mars 1926 : convocation des actionnaires de la Société Anonyme « Verrerie Durif » pour une assemblée extraordinaire le 31 mars 1926, avec à l'ordre du jour la dissolution de la société et la nomination des liquidateurs. Fin définitive de la verrerie Durif au Mont-Bellevue, trente-quatre ans après l'installation de Gabriel Durif sur les parcelles 780-787.

article Mémorial de la Loire — décès de Gabriel Durif https://www.retronews.fr/journal/memorial-de-la-loire-et-de-la-haute-loire/02-mai-1921/3/ad404d50-6532-44c5-950e-4ae28f55bd4d

2 mai 1921 : décès de Gabriel Durif, « Maître de Verreries », le 30 avril 1921 dans sa 57e année, rue d'Annonay 12 (actuellement rue du Onze-Novembre). Ses fils Paul (tué à Ablaincourt le 10 octobre 1916, 20 ans, médaille militaire et croix de guerre) et Marcel (grièvement blessé, survivant) sont cités. Sa veuve Marguerite-Marie-Louise Point prend la direction de la société.