Verrerie
Verrerie de Lucelle
1679 — vers 1700
Aussi connue sous : Verrerie de Lucelle
Disparue — sans vestigesNoms et raisons sociales
Histoire
Résumé
La verrerie de Lucelle est fondée le 13 mai 1679 sur les terres de l’abbaye cistercienne du même nom, dans le Sundgau alsacien (actuel Haut-Rhin). Un groupe de maîtres verriers confirmés (Henri Hug, Jean Gaspard Grässel, Jean-Jacques Hug, Jean Frölicher, Jean-Henri Hug, Henri Frölicher et le fils de Henri Hug) reçoit de l’abbé de Lucelle un bail d’acensement de vingt-cinq ans pour exploiter une verrerie dans la forêt du Largwald. Ces hommes viennent des forêts de Ferrette, terres du duc de Mazarin, où ils exerçaient précédemment aux abords de Ligsdorf et de Raedersdorf. Ils appartiennent à des dynasties verrières suisses et rhénanes dont l’histoire dans le Sundgau remonte au moins à 1642.
Pendant une vingtaine d’années, l’établissement fonctionne et accueille de nouveaux maîtres verriers : les Burrey, les Sigwart, les Schmidt, d’autres Hug et les Raspiller. Il produit vraisemblablement du verre soufflé courant et des vitres grossières, ce que les verriers eux-mêmes qualifient de « chétifs verres grossiers » dans une supplique de 1684 à l’intendant d’Alsace, avec sans doute une exagération non dénuée d’arrières-pensées. Les relations avec l’abbé Tanner se dégradent progressivement : conflits sur l’exploitation forestière, amendes, procédures judiciaires. À la veille de l’augmentation du canon pour les cinq dernières années du bail, épuisés par les tracasseries de l’abbé et probablement par le manque de bois, les principaux maîtres quittent Lucelle. Le 6 juillet 1699, ils signent avec l’abbé de Murbach l’acte fondateur de la verrerie de Wildenstein dans la haute vallée de la Thur, où ils s’installeront définitivement. La verrerie de Lucelle s’éteint avec le siècle ; le site est rendu à l’agriculture en 1700.
Cette verrerie occupe une place charnière dans la saga migratoire des grandes dynasties verrières du Sundgau et de Forêt-Noire. Elle est l’étape alsacienne entre les verreries du Glaserberg/Ligsdorf et la verrerie de Wildenstein, reliant ainsi deux siècles d’histoire du verre dans le massif vosgien. Jean Henri Hug, l’un des cofondateurs, est un ancêtre direct d’Arnaud par la branche verrière Hug.
Historique
Contexte et origines des fondateurs
Les maîtres verriers qui fondent l’établissement de Lucelle en 1679 ne surgissent pas de nulle part. Leur trajectoire dans le Sundgau est attestée depuis au moins 1642, quand les registres tenus par le prieuré de Luppach mentionnent des Hug et des Schmid à la verrerie du Glaserberg, proche de Raedersdorf, sur la route de Ligsdorf à Folgensbourg. Vers 1649, des sapin sont alloués aux verriers pour construire maisons et granges à la Neuneich, autour d’un établissement baptisé « Glaserberg », un toponyme qui subsiste encore aujourd’hui au passage du col entre le Birgmatte et Saint-Pierre. Vers 1660, la communauté se déplace sur le ban de Ligsdorf.
Ces familles ont des origines géographiques distinctes mais complémentaires. Les Hug sont une ancienne famille verrière suisse, attestée dès le XVIe siècle dans le canton de Soleure (Welschenrohr, Gänzbrunnen, Balsthal). Les Grässel/Gressel sont originaires de Bavière, ayant migré vers le Bade-Wurtemberg puis la Forêt-Noire et l’Alsace. Les Frölicher viennent de la forêt de Wangenbourg, où Jean Frölich avait peut-être trouvé refuge pendant la guerre de Trente Ans sous la direction du maître verrier Sébastien Schmid. Cette diversité d’origines est caractéristique du milieu verrier alsacien de l’époque.
Les verriers quittent donc les forêts de Ferrette (terres du duc de Mazarin depuis 1648 1) pour s’établir sur les terres de l’abbaye voisine de Lucelle, en quête de bois et de conditions d’exploitation plus favorables.
Fondation : le bail du 13 mai 1679
Le 13 mai 1679, l’abbé de Lucelle accorde à sept maîtres verriers le droit d’établir une verrerie sur les terres abbatiales. Les signataires au nom de tous sont Henri Hug, Gaspard Grässel et Henri Frölicher. Le bail d’acensement, d’une durée de vingt-cinq ans à compter de la Saint Jean-Baptiste 1679, fixe avec précision les obligations des verriers2 :
La répartition des places au four (dix places au total, dites « pots ») est la suivante : Henri Hug, Jean Frölicher et Jean Henri Hug disposent chacun de deux places ; Jean Gaspard Grässel, Jean-Jacques Hug, Henri Frölicher et Jean Hug (fils de Henri) occupent chacun une place. Cette répartition reflète la hiérarchie interne du groupe : Henri Hug et ses fils y apparaissent comme les figures dominantes.
La redevance annuelle est fixée à 300 livres tournois pour les vingt premières années du bail, portée à 450 livres pour les cinq dernières. L’abbaye met à disposition des marchands de verre les prés de Winkel pour la pâture de leurs chevaux et ânes, en échange de la livraison annuelle de 1 000 vitres.
Les verriers s’engagent à pratiquer la religion catholique sans exception, toute personne « athée ou de mauvaise vie » devant être signalée. En cas de disputes ou de crimes, ils relèvent de la juridiction de l’abbaye. La construction de la verrerie et des habitations est entièrement à leur charge : ils couperont les arbres nécessaires avec soin et aménageront des prés et des champs, mais devront éviter d’abattre les arbres fruitiers. En cas de guerre, une remise de la redevance est prévue.
La localisation de la verrerie, d’après les indications du bail (« entre les routes de Winkel et de Calmis/Charmoille vers Morimont, à proximité du Filtzbrunnen »), peut être placée dans le Largwald, au nord-ouest de l’abbaye.
Années de fonctionnement et arrivée de nouveaux verriers (1679–1694)
Dès les premières années, le groupe initial s’élargit. Les Frölicher semblent avoir quitté l’entreprise assez tôt. En revanche, plusieurs maîtres verriers viennent compléter la colonie :
- Claude Burrey (dit aussi Borret), natif de Savoie, époux de Marie Robischon, déjà présent à Ligsdorf avant 1679. Le 24 juin 1692, il signe avec l’abbé un bail de trois ans pour une place au four, ce qui laisse entendre qu’il n’était pas co-fondateur en 1679 mais a rejoint l’entreprise en cours de route.
- Thomas Sigwart, maître verrier dont la présence à Lucelle constitue un premier témoignage de cette famille dans la région, il est très certainement un descendant des Sigwart de Grünwald à Sankt Blasien. Thomas et son épouse Anna Geischiller ou Trischiller sont attestés entre 1686 et 1694 à la verrerie de Lucelle.
- Georges Hug, autre représentant de la vaste famille Hug.
- Samuel Schmidt (Schmid), venu du Hanauwald, près de Sankt Blasien en Forêt-Noire, qui épouse en secondes noces Madeleine Hug.
- Adalric Burrey (Aldaric), époux de Vérona Hug.
- Plus tard arrivent François Hug, époux de Cunégonde Raspiller de la verrerie de Lobschez ; Urs Grässel ; Thomas Hug.
Le réseau matrimonial est dense et délibéré : les Hug épousent des Schmidt, les Burrey épousent des Hug, les Grässel s’allient aux Hug. Ce système endogame, caractéristique du milieu verrier de l’époque, assure la transmission du savoir-faire et la cohésion du groupe face aux pressions extérieures.
En 1684, le commis de l’intendant d’Alsace leur signifie une augmentation de la taxe royale. Les verriers adressent alors une supplique directement à l’intendant La Grange, arguant que « les petits verriers de Lucelle se sont acquittés jusqu’à présent sans plainte des droits du Roi de leurs chétifs verres grossiers selon la coutume » et que la hausse prévue les contraindrait « à quitter leur fourneau et de sortir des terres du Roi ». Le 7 septembre 1684, l’intendant La Grange leur accorde le maintien de l’ancienne taxation de sa propre main.
Dégradation des relations avec l’abbé Tanner et fin de l’exploitation (1694–1700)
Les relations avec l’abbé Tanner se révèlent progressivement conflictuelles. En 1693, l’abbé écrit à son avocat : « il faudra attaquer nos coquins de verriers qui gâtent formellement tous nos bois. Quand je les voudrais chasser à coups de bâton, ils se moquent de moi et empirent les dégâts et la dégradation de nos bois contre tout accord » 3. Un projet ultérieur demande au seigneur de Ferrette de condamner les verriers « à être déchus de leur amodiation abusive » et de fixer le montant des dommages.
Les verriers sont effectivement condamnés à des dommages-intérêts de 100 Thalers. En mars 1694, Jacques Hug, Samuel Schmidt, Jean Henri Hug et Gaspard Grässel proposent de payer comptant 60 Thalers après les prochaines récoltes et demandent à régler le solde en livraisons de verre.
Une lettre du 29 janvier 1698, adressée à Urs Hug par son frère, révèle que la maîtrise d’Ensisheim avait été saisie de la plainte de l’abbé, et que les verriers de Lucelle devaient s’attendre à une forte amende. Le frère lui conseille de demander au garde-forestier de leur indiquer chaque semaine un secteur déjà coupé où ils puissent prendre le bois légitimement, faute de quoi voiture et attelage seraient mis en fourrière au cloître.
Fin d’activité et départ vers Wildenstein
La conjonction de plusieurs facteurs précipite la fin : tombés « dans une inconciliable disgrâce » auprès de l’abbé, confrontés à l’augmentation imminente du canon pour les cinq dernières années du bail et probablement au manque de bois, les principaux maîtres verriers prennent la décision de migrer.
Le 6 juillet 1699, Jean Jacques Hug, époux de Madeleine Schmidt, Jean Henri Hug, époux d’Anne Marie Schmidt, François Hug et Claude Burrey signent avec l’abbé de Murbach l’acte d’acensement de la verrerie de Wildenstein, au fond de la haute vallée de la Thur. Ce bail de soixante ans leur accorde les droits usagers sur les forêts de Murbach. Les rôles au four reflètent la hiérarchie établie à Lucelle : Jean-Henri Hug obtient quatre places, François et Jean Jacques Hug deux chacun, Claude Burrey et Michel Schmidt un pot chacun.
Au deuxième semestre 1699, les registres paroissiaux de Lucelle n’enregistrent plus que Samuel Schmidt et Thomas Hug, qui resteront encore dans le pays jusqu’en 1710. La verrerie s’éteint avec le siècle.
Le 10 mars 1700, l’enclos de la verrerie est loué aux frères Jacques et Henri Latscha comme pâturage. Une autre location est accordée le 24 mars 1704 à Jacques Flory sur un terrain de la verrerie situé entre Lucelle et le ban de Larg (Oberlag). En 1750, la dénomination cadastrale de ce terrain était « Stiere Jacobs Matten ».
Situation géographique
Localisation
La verrerie de Lucelle était établie dans la forêt du Largwald, sur les terres de l’abbaye cistercienne de Lucelle, commune la plus méridionale du Haut-Rhin. Le bail de 1679 la situe entre les routes de Winkel et de « Calmis » (Charmoille) en direction de Morimont, à proximité du Filtzbrunnen, une source aujourd’hui localisée aux alentours du hameau « Les Verreries ». Winkel est un village proche, au pied du massif du Glaserberg, sur les rives de l’Ill naissante.
L’abbaye de Lucelle elle-même se trouve sur la frontière franco-suisse actuelle (le village français de Lucelle, Haut-Rhin, jouxte la commune suisse de Kleinlützel dans le canton du Jura). Le secteur est drainé par la Lucelle, affluent de la Birse, qui coule vers la Suisse.
État actuel
Le site a été intégralement rendu à l’agriculture dès 1700. En 1988, au moment de la rédaction de l’article de Stenger dans Saisons d’Alsace, une ferme dite « La Verrerie » subsistait encore dans le voisinage immédiat et perpétuait la mémoire du site. En 1750, la dénomination cadastrale de la parcelle concernée était « Stiere Jacobs Matten ». Aucune trace bâtie n’est identifiée à ce jour. L’abbaye cistercienne elle-même a été vendue comme bien national en 1789 et ses bâtiments conventuels démolis au début du XIXe siècle ; sur leur emplacement furent construites des fonderies et des forges, qui fonctionnèrent jusqu’en 1882 4.
Personnages liés
Henri Hug : signataire principal du bail de 1679 au nom du groupe, maître verrier de premier rang. Son fils Jean-Henri Hug lui est associé dès la fondation avec deux places au four.
Jean Henri Hug (vers 1651 – 14 janvier 1711 à Wildenstein) : cofondateur de Lucelle avec deux places au four ; époux d’Anne-Marie Schmidt (mariage le 15 octobre 1679 à Soubey, Suisse). Devient aubergiste à la verrerie de Lucelle en 1691. Meneur du groupe à Wildenstein en 1699, où il obtient quatre places au four. Ancêtre direct d’Arnaud par la branche verrière Hug.
Jean Gaspard Grässel (aussi Grässle, Gresli, Gressel, Gressle, francisé plus tard en Grésely) : signataire du bail de 1679 ; une place au four. Encore présent en 1694 lors de la négociation des dommages-intérêts.
Jean Jacques Hug : une place au four en 1679 ; époux de Madeleine Schmidt. Signataire de l’acte de Wildenstein en 1699 (deux places au four).
Claude Burrey (Borret) : natif de Savoie, époux de Marie Robischon (aussi Robichon). Mentionné à Ligsdorf à la fin des années 1670 avant Lucelle. Bail pour une place au four accordé en 1692. Aubergiste à la verrerie. Part à Wildenstein en 1699 (un pot au four). Probable ancêtre de la famille Burrey qui continuera à Wildenstein.
Samuel Schmidt : venu du Hanauwald, près de Sankt Blasien en Forêt-Noire. Époux en secondes noces de Madeleine Hug. Reste à Lucelle jusqu’en 1710 au moins après le départ de la majorité du groupe.
Thomas Sigwart (vitriarius lucellensis dans les registres paroissiaux) : présent à Lucelle entre 1686 et 1694 au moins. Les registres BMS de l’abbaye (AD68, Edpt/65/RP/1) documentent cinq parrainages par Thomas des enfants de Jean Grässl/Grésely entre le 1er avril 1686 et le 28 juin 1694 (la marraine étant systématiquement Madeleine Schmid), ainsi que trois enfants baptisés entre 1688 et 1693, le dernier étant Thomas (13 octobre 1693), dont le parrain est précisément Jean Grässl. La réciprocité des parrainages traduit un lien de compagnonnage étroit, presque une fraternité de métier. Thomas est arrivé entre 1679 (fondation) et 1686 (premier acte connu), la lacune des registres rendant toute datation plus précise impossible. Son origine la plus probable se situe dans les verreries de Forêt-Noire proches du Schluchsee (Rotwasser ou une verrerie des forêts de Sankt Blasien) car l’acte de mariage de Jean Grässl avec Elisabeth Bauer (29 juin 1681) y situe l’origine de ce dernier : Thomas et Jean ont très vraisemblablement la même provenance. La famille Sigwart est abondamment attestée dans ces forêts de 1600 à 1695, puis à nouveau à la Glashütte Äule à partir de 1716. Thomas est très certainement issu de cette lignée. Sa destination après juin 1694 est inconnue ; il ne figure pas parmi les signataires de Wildenstein en 1699.
François Hug : époux de Cunégonde Raspiller, de la verrerie de Lobschez. Ce mariage illustre la connexion entre Lucelle et Lobschez dans le réseau verrier alsacien. Part à Wildenstein en 1699 (deux places au four).
Adalric Burrey : époux de Vérona Hug, autre représentant de l’alliance Burrey-Hug.
Éléments techniques
La verrerie de Lucelle produit du verre soufflé courant, décrit en 1684 par les verriers eux-mêmes comme des « chétifs verres grossiers ». Cette qualification, employée dans un contexte de supplique fiscale visant à minimiser la valeur de la production, ne doit pas être sur-interprétée ; mais elle indique qu’il ne s’agit pas d’une verrerie de luxe. La production de vitres est probable, comme dans les autres verreries forestières de la région.
Le four comprend dix « places » ou « pots », unités de mesure de la capacité de production, chaque pot correspondant à un creuset au four collectif. Cette organisation en parts est typique des verreries forestières alsaciennes de l’époque, où les maîtres verriers sont copropriétaires de leurs outils de production, chacun possédant un nombre défini de pots selon son apport et son rang dans la hiérarchie.
La matière première essentielle, le bois, est directement exploitée dans les forêts de l’abbaye. C’est précisément cette dépendance au bois (et son épuisement progressif) qui conditionne la durée de vie de la verrerie et justifie la migration vers Wildenstein. Le site de Lucelle est abandonné dès que la ressource fait défaut ou que les conditions d’exploitation deviennent intenables.
Contexte social
La communauté verrière de Lucelle constitue une microsociété close, structurée autour des alliances matrimoniales entre quelques familles. Le bail lui-même y fait obligation de la pratique catholique et d’un mode de vie conforme aux règles de l’abbaye. Le prévôt de la verrerie, un représentant des verriers agréé par l’abbé, assure une médiation entre la communauté et le pouvoir abbatial.
La vie quotidienne combine l’artisanat verrier et la subsistance agricole : les verriers coupent le bois, aménagent des prés et des champs, et élèvent des animaux. L’abbaye met les prés de Winkel à disposition des marchands de verre pour leurs chevaux et ânes, suggérant un circuit commercial actif.
Les tensions avec l’abbé Tanner illustrent une contradiction structurelle : les verriers ont besoin d’abattre massivement les arbres pour alimenter leurs fours, tandis que l’abbaye cherche à préserver son patrimoine forestier. La formule de l’abbé, « je ne chicane personne sans de puissantes raisons », résume une attitude qui, de l’aveu même de l’abbé, passe pour de la chicane aux yeux des verriers.
La résistance passive des verriers à l’autorité abbatiale (ils « se moquent » des menaces de l’abbé) témoigne d’une conscience professionnelle forte et d’un sentiment d’indépendance nourri par leur mobilité : ces hommes savent qu’ils peuvent partir, et en ont les moyens.
Erreurs et incertitudes
Points non résolus
L’identification de l’abbé signataire du bail de 1679 n’est pas explicitement donnée dans les sources disponibles. L’abbé Tanner, mentionné dans les conflits des années 1693–1698, est distinct de l’abbé qui a accordé le bail initial : il conviendrait de vérifier la liste des abbés de Lucelle pour cette période.
La nature exacte de la production reste à préciser. Les « chétifs verres grossiers » de la supplique de 1684 pourraient inclure aussi bien des vitres soufflées en couronne (verre à vitre) que des bouteilles et de la vaisselle commune. Aucune archive technique ne décrit le type de produits fabriqués.
La localisation précise du site dans le Largwald n’a pas été vérifiée par croisement cartographique. La mention du Filtzbrunnen et des routes de Winkel et Charmoille/Calmis permet une approximation, mais aucun plan cadastral de l’époque n’a été consulté à ce jour pour cette verrerie.
Le devenir de Samuel Schmidt et Thomas Hug après 1700-1710 reste à éclaircir : sont-ils partis vers d’autres verreries (Lomont, Wildenstein ?) ou se sont-ils reconvertis à l’agriculture dans la région ?
La verrerie antérieure au bail de 1679 : l’article de Stenger mentionne que l’art du verre existait certainement autour de l’abbaye de Lucelle dès le début du XVIe siècle, et qu’un bail antérieur avait été signé le 3 août 1656 avec des Hug et des Grässel. Cette verrerie de 1656 est-elle distincte de celle de 1679, ou s’agit-il d’un renouvellement de bail sur un site continu ? La question mérite d’être tranchée : si les deux verreries sont distinctes, la verrerie de 1656 devrait faire l’objet d’une étude séparée.
Le lien entre les Raspiller de Lobschez et la verrerie de Lucelle via le mariage de François Hug et Cunégonde Raspiller mériterait d’être documenté plus précisément, en croisant avec la fiche de la verrerie de Lobschez.
Thomas Sigwart : origine et destination. L’hypothèse d’une origine dans les verreries de Forêt-Noire proches du Schluchsee (Rotwasser ou forêts de Sankt Blasien) est étayée indirectement par le lien de compagnonnage avec Jean Grässl, dont l’acte de mariage du 29 juin 1681 mentionne cette région. Mais elle reste à confirmer par un acte d’origine explicite. Après le 28 juin 1694 (dernier parrainage attesté), Thomas disparaît des registres de Lucelle sans qu’on sache s’il est mort, parti en Forêt-Noire, ou resté dans la région sous une autre forme d’emploi. L’absence de son nom à Wildenstein en 1699 suggère qu’il n’a pas suivi le groupe principal. La connexion avec les Sigwart attestés à la Glashütte Äule à partir de 1716 reste à documenter par filiation.
Notes
Footnotes
-
Le comté de Ferrette est donné à Mazarin par Louis XIV en 1648. Par les Mancini, le titre passera aux Grimaldi, titre que porte encore aujourd’hui Albert II de Monaco. ↩
-
Le bail est signé en deux exemplaires. Les archives de l’Abbaye de Lucelle (AHR, série H, carton 79) conservent l’acte original ainsi que d’autres contrats d’amodiation. La transcription et l’analyse de l’article de Stenger (Saisons d’Alsace n°99, 1988) constituent la source principale ; la cote AD Haut-Rhin 21 H 79 est également donnée. ↩
-
Citation extraite de : André Chèvre, Lucelle, 1973, cité par Stenger 1988. ↩
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L’abbaye de Lucelle, vendue comme bien national en 1789 et définitivement fermée en 1792, a été en grande partie démolie au début du XIXe siècle. Les bâtiments restants (grange, hôtellerie) ont abrité des ateliers de fonte et une forge jusqu’en 1882. Des éléments de l’ancienne hôtellerie sont inscrits à l’Inventaire des Monuments Historiques (arrêté du 6 février 1996). ↩
Personnages associés
Aucun personnage notable n'est renseigné. Voici les premières personnes liées au lieu.
Voir toutes les personnes liées →Sources
Saisons d'Alsace n°99, mars 1988, pp. 68-70. Stenger était ancien directeur des Verreries de Trois-Fontaines (Moselle). Source principale de cette fiche ; reproduit et analyse le bail du 13 mai 1679 et les actes subsistants.
Acte fondateur, signé au nom de tous les maîtres verriers par Henri Hug, Gaspard Grässel et Henri Frölicher. Fixe la répartition des places au four et les obligations envers l'abbaye.
Mentionne le bail fondateur de 1679.
Accord pour une durée de trois ans, accordant une place au four à Claude Borret/Burrey, natif de Savoie, déjà en exercice à Lucelle. D'après les notes de A. Ganter.
1983. Complément généalogique sur les verriers de l'Est.