Verrerie

Verrerie de la Berthelasse

vers 1803 — 1896 (puis Verrerie aux Verriers, Hémain, Duralex)

Aussi connue sous : Verrerie de la Berthelasse (Allimand) · Eynard et Robichon · Robichon frères et Cie · Jackson · Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône · Verreries Réunies de la Loire et du Rhône · Verrerie aux Verriers de Rive-de-Gier

Disparue — sans vestiges

Noms et raisons sociales

Verrerie de la Berthelasse (Allimand)
Nom d'usage 1803 — 1813
Eynard et Robichon
Raison sociale 1813 — vers 1840
Robichon frères et Cie
Raison sociale vers 1840 — 1852
Jackson
Nom d'usage 1852 — 1853
Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône
Raison sociale 1853 — 1891
Verreries Réunies de la Loire et du Rhône
Raison sociale 1891 — 1894
Verrerie aux Verriers de Rive-de-Gier
Raison sociale 1894 — 1896

Histoire

Résumé

La verrerie de la Berthelasse est l’une des plus anciennes et des plus durables de Rive-de-Gier. Son histoire commence bien avant sa fondation effective : un gentilhomme de Provence, M. Berthelats, entreprend la construction d’une verrerie sur les bords du Gier, mais faute de capitaux, ne peut l’achever. Ce sont les frères Allimand qui terminent le bâtiment en 1803 et lui donnent son premier souffle industriel, et au passage, son nom, légèrement transformé.

Après la liquidation des Allimand en 1813, la Berthelasse passe aux mains de la société Eynard et Robichon, qui en fait l’un des établissements phares de leur empire verrier ripagérien. Sous leur direction, l’usine se spécialise d’abord dans les vitres puis dans les bouteilles, avant d’être absorbée par la Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône en 1853 via un intermédiaire, M. Jackson.

La Compagnie modernise le site, y installe des fours à fusion continue, et c’est cet outil rénové qui ressort en 1891 lors de la liquidation — racheté par Jacquet, Julliard et Micol, puis cédé aux ouvriers grévistes en 1894 pour former la Verrerie aux Verriers de Rive-de-Gier, coopérative éphémère arrêtée le 11 octobre 1896.

Pierre Pelletier, l’historien des verreries lyonnaises, est né à la Berthelasse en 1843 (son père Mathias en était le directeur). Ses pages sur cet établissement sont à la fois la source la plus précise et la plus contradictoire dont on dispose.


Historique

Les origines : Berthelats, puis les Allimand (avant 1803 — 1813)

L’histoire de la Berthelasse commence par un échec. Un « gentilhomme de Provence », M. Berthelats — dont le nom donnera son toponyme au quartier et à l’usine — entreprend la construction d’une verrerie sur les bords du Gier. Faute de capitaux, il ne peut achever son projet.

Les frères Allimand, qui avaient accumulé des bénéfices considérables en travaillant d’abord pour M. Claudius à Chantegraine puis en exploitant le four de la Barrière de M. Brochier, rachètent et terminent la Berthelasse en 1803. Ils y joignent la fabrication des bouteilles et de la gobeleterie, et prospèrent pendant une décennie. Mais en 1813, leur situation financière les force à la liquidation de leurs usines.

L’ère Robichon : ascension et domination (1813 — 1852)

La société Eynard et Robichon, qui venait d’abandonner son établissement de Pierre-Bénite pour s’installer à Rive-de-Gier, rachète la Berthelasse lors de la liquidation des Allimand et l’agrandit à trois fours. Elle est aussi la première société à fabriquer du verre à vitres à Rive-de-Gier, à partir de 1814 — une spécialité qui lui vaudra des bénéfices considérables pendant des décennies.

Les verreries Robichon se développent en deux groupes distincts. Le premier groupe, qui inclut la Berthelasse, comprend un four à vitres, un four à bouteilles et un four à couleurs. Il est placé sous la direction de Mathias Pelletier, père de l’historien Pierre Pelletier, qui naîtra à la Berthelasse en 1843. Le second groupe, dit « usine Robichon » et localisé rue de Lyon, comprend deux fours de verre de couleurs, un four de topetterie et bouteilles, deux fours de gobeleterie fine, avec un atelier de taille de cent tours et un atelier de moules.

En 1824, un contentieux oppose Robichon frères et d’autres manufacturiers à la Compagnie du Canal de Givors sur les tarifs pratiqués depuis 1821. La requête des manufacturiers est rejetée par le Conseil d’État — la dépendance au canal et ses coûts est une contrainte permanente pour ces usines.

La cession à Jackson et à la Compagnie Générale (1852-1853)

En 1852, le premier groupe Robichon — la Berthelasse — est cédé à William Jackson, maître de forges à Rive-de-Gier. Les frères William et Charles Jackson sont des figures majeures du capitalisme industriel ripagérien : actionnaires dans les mines de charbon, les forges, et associés avec Petin-Gaudet — la puissante société de forges de Rive-de-Gier, future aciérie de la Marine, ancêtre d’ArcelorMittal. En 1857, les deux frères déposeront ensemble un brevet d’invention en compagnie de Petin-Gaudet. L’achat de la verrerie Robichon n’est sans doute qu’une opération financière — peut-être pour faciliter la transition vers la Compagnie Générale, ou pour en tirer une plus-value rapide.

Jackson revend dès l’année suivante à la Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône, constituée en août 1853 sous la raison sociale « P. Hutter et Cie ». La Berthelasse y apporte ses trois fours. Le second groupe Robichon, rue de Lyon, est également cédé à la Compagnie la même année.

Mathias Pelletier continue de diriger le second groupe pour le compte de la Compagnie jusqu’en 1864.

La longue période de la Compagnie Générale (1853 — 1891)

Pendant près de quarante ans, la Berthelasse est l’un des sites de production de la Compagnie Générale. La Compagnie, qui regroupe en 1853 pas moins de 37 fours entre Rive-de-Gier, Givors, Vienne et Saint-Étienne, mène une politique de concentration et de modernisation progressive. Elle se retire partiellement du verre à vitre vers 1870 pour se spécialiser dans le verre creux, et installe des fours à fusion continue sur ses sites les plus rentables. Les usines sont spécialisées sur un type de production, les fours peu rentables sont démantelés.

La Berthelasse est l’une de celles-là. En 1891, lors de la liquidation de la Compagnie, elle dispose de trois fours à fusion continue — signe d’une modernisation effective. La Compagnie entre en liquidation dès 1887, revendant ses actifs un par un jusqu’en 1891.

Les Verreries Réunies et la Verrerie aux Verriers (1891 — 1896)

En 1891, la Berthelasse est rachetée avec l’usine Jalabert voisine par MM. Gustave Jacquet, Louis Julliard et François Micol, trois négociants de la région étrangers au monde du verre, qui s’adjoignent François-Louis Mille, maître de verrerie à Vernaison, comme directeur technique. Les deux usines forment le noyau des Verreries Réunies de la Loire et du Rhône.

La grève du 16 mars 1894 marque un tournant. Jacquet, Julliard et Micol, incapables de vendre leurs parts, proposent aux ouvriers grévistes de leur céder l’usine. Les ouvriers acceptent. La Verrerie aux Verriers de Rive-de-Gier naît de cette transaction inédite — une coopérative mixte avec deux administrateurs bourgeois (Julliard et Micol) et deux administrateurs ouvriers élus (Vinay et Bonnet). Mille en prend la direction technique, avant de démissionner en juillet 1895.

L’expérience tourne court. La verrerie est arrêtée le 11 octobre 1896, sans incident. Le passif est estimé à 300 000 francs, dont la moitié due aux ouvriers. L’usine est vendue aux enchères le 29 mars 1897 pour 80 500 francs.


Situation géographique

Localisation

L’usine était située dans le quartier de la Berthelasse, Rive-de-Gier, en bordure du Gier. Le toponyme « Berthelasse » dérive du nom de M. Berthelats, le gentilhomme provençal qui entreprit la construction initiale — et qui n’en vit pas l’aboutissement.

L’usine Jalabert lui était voisine immédiate, séparée seulement par la rue du Pont-Barrot, selon les statuts des Verreries Réunies de 1892.

Carte du site

À venir — localisation sur plan cadastral.


Éléments techniques

La verrerie a produit successivement de la gobeleterie et des bouteilles sous les Allimand, puis du verre à vitres, des verres de couleur et des bouteilles sous les Robichon, avant de se spécialiser exclusivement dans les bouteilles, dames-jeannes et bombonnes sous la Compagnie Générale.

Les trois fours à fusion continue installés par la Compagnie Générale représentaient la technologie la plus moderne de l’époque — bien supérieure aux fours à creusets traditionnels en termes de productivité et de régularité de production.


Contexte social

La Berthelasse est le lieu de naissance de Pierre Pelletier en 1843 — dont le père Mathias dirigeait l’usine pour le compte des Robichon, puis de la Compagnie Générale. Cette circonstance biographique donne à ses pages sur cet établissement une couleur particulière, mais aussi un biais mémoriel à prendre en compte.

La Verrerie aux Verriers, qui lui succède en 1894, est l’une des premières coopératives ouvrières du secteur verrier en France. Elle précède de deux ans la Verrerie Ouvrière d’Albi, née des grandes grèves de Carmaux. Sa courte existence illustre les difficultés structurelles du modèle coopératif face aux exigences capitalistiques de l’industrie du verre à la fin du XIXe siècle.


Erreurs et incertitudes

Ce que dit la littérature, et ce qu’il faut corriger

Pelletier se contredit sur le nombre de fours de la Berthelasse. Dans son tableau des apports à la Compagnie Générale en 1853, il écrit « 3 fours Robichon — Barthelasse ». Dans son texte narratif, il affirme que « l’usine de la Barthelasse comptait quatre fours ». La contradiction n’est pas résolue — il est possible qu’un four ait été supprimé entre 1813 et 1853, ou que Pelletier confonde deux périodes différentes. Une autre hypothèse serait que ce quatrième four provienne de la verrerie de la Pomme, voisine (voir plus bas).

Louis de Seilhac (Les associations ouvrières) écrit que la Berthelasse appartenait en 1885 à « la Société des Verreries de la Loire et du Rhône » — raison sociale inexistante. Il confond avec la Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône.

Points non résolus

  • L’hypothèse de fusion avec la verrerie Neuvesel. La verrerie Neuvesel-Juillet-Maras est localisée par Pelletier à la Berthelasse en 1853. Elle occupait un lot adjacent à celui des Robichon sur le même quartier, la Compagnie Générale a sans doute fusionné les deux sites en une seule entité, qui sera plus tard modernisée. Cette hypothèse expliquerait pourquoi Pelletier parle tantôt de trois, tantôt de quatre fours à la Berthelasse. Trois fours en 1853, puis quatre quand celui de la Pomme rejoint l’usine, puis de nouveau trois quand la Berthelasse est modernisée et que ces vieux fours à creuset sont démantelés au profit de fours modernes.
  • Le rôle exact de William Jackson. L’acquisition de la Berthelasse par ce maître de forges en 1852 pour la revendre dès 1853 reste à expliquer précisément. S’agissait-il d’une opération de portage financier pour faciliter la cession aux actionnaires de la future Compagnie Générale, ou d’une tentative avortée de diversification industrielle ?
  • Le destin du second groupe Robichon (rue de Lyon). Cédé aussi à la Compagnie en 1853, il disparaît ensuite des sources. A-t-il été fermé, reconverti, ou absorbé dans un autre site de la Compagnie ?
  • La date précise d’abandon du verre à vitre par la Compagnie sur ce site. On sait que c’est vers 1870-1880, mais le moment exact et les circonstances restent à documenter.

Personnages associés

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Sources

livre Verriers et verreries de la région lyonnaise — Pelletier, Pierre

1887 — description détaillée des verreries Robichon, pages 200-210. Pelletier est né à la Berthelasse en 1843, son père Mathias en était le directeur. Source principale mais avec contradictions internes : 3 fours dans le tableau des apports à la Compagnie Générale, 4 fours dans le texte narratif.

article Le Salut Public

28 avril 1853 — vente d'une propriété des héritiers Farge, mentionnant Laurence Farge épouse de Mathias Pelletier, 'employé chez MM. Robichon'. 28 juin 1858 — purge d'hypothèques sur biens des héritiers Robichon.

article Le Salut Public

5 septembre 1880 — bien à vendre rue de Lyon, limité à l'est par 'l'usine Robichon'. Confirme la localisation du second groupe Robichon rue de Lyon (actuelle rue Jean Jaurès).

article Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire — statuts des Verreries Réunies https://www.retronews.fr/journal/memorial-de-la-loire-et-de-la-haute-loire/25-septembre-1892/4/c382f840-0efc-441f-986f-a65ef0331523

25 septembre 1892 — statuts complets. Trois fours à fusion continue, superficie et description des bâtiments.

article La Lanterne — Verrerie aux Verriers

19 septembre 1895 — Henri Buisson retrace l'historique de la Verrerie aux Verriers, issue de la Berthelasse après la grève de 1894.

livre Les associations ouvrières — de Seilhac, Louis

Pages 130 et suivantes — fonctionnement de la Verrerie aux Verriers : deux administrateurs bourgeois (Julliard et Micol), deux administrateurs ouvriers (Vinay et Bonnet).