Verrerie
Verrerie de Blanzy
vers 1805 — 1911
Aussi connue sous : Verrerie de Blanzy (Sauzéas) · Verrerie de Blanzy (Veuve Mailly, puis Drée-Joursanvault) · Verrerie de Blanzy (Coste Père et Fils) · Société des Verreries de Blanzy et Labroche · Verrerie de Blanzy (Compagnie des Mines)
Disparue — sans vestigesNoms et raisons sociales
Histoire
Résumé
La Verrerie de Blanzy (Saône-et-Loire) est fondée vers 1805 par les frères Sauzéas de Saint-Étienne, sur un site qui correspond aujourd’hui à la partie nord de la mairie actuelle de Blanzy. Spécialisée dans les bouteilles en verre noir pour vins mousseux et bière, elle connaît ses deux premières décennies sous le signe du chômage chronique et des changements de propriétaires. Elle est reprise vers 1838 par Coste Père et Fils de Chalon-sur-Saône — les mêmes Coste qui orchestrent la Compagnie générale des Verreries du Centre en 1839. À la faillite de la Compagnie, Blanzy est vendue aux enchères le 9 mars 1843.
En 1847, Jules Chagot, gérant de la toute-puissante Compagnie des Mines de Blanzy, fonde avec des associés — dont Perret-Morin et Ferdinand Coste, déjà présents dans la Compagnie de 1839 — la Société des Verreries de Blanzy et Labroche, réunissant à nouveau deux des quatre anciens membres de la Compagnie générale. Blanzy entre alors dans l’orbite minière des Chagot, qui en prennent la direction directe en 1871. Après une période de grande prospérité (jusqu’à 4-5 millions de bouteilles par an, 240-300 ouvriers), la verrerie ne parvient pas à s’adapter aux nouvelles techniques semi-automatiques et ferme en 1911. Les fours sont démolis en 1914.
Historique
Les prémices difficiles (vers 1805 — 1838)
Selon des archives particulières signalées par le site de la commune, les frères Sauzéas, originaires de Saint-Étienne, sont propriétaires de la verrerie dès 1805. Ils auraient acquis l’établissement de Claude-François Perret, entrepreneur du Canal du Charolais — ce qui établirait l’existence d’une activité verrière sur ce site dès la fin du XVIIIe siècle ou le tout début du XIXe. Le décès d’un des deux frères et la demande d’héritage par sa veuve mettent fin à l’association en 1807. La verrerie est alors mentionnée dans l’Annuaire du département de Saône-et-Loire.
L’Annuaire de 1827 en donne la première description technique précise, au moment où elle appartient à Mme Veuve Mailly : « Cette usine, formée depuis peu de temps, est destinée à la fabrication des bouteilles en verre noir à l’usage des vins blancs mousseux et de la bière. Elles sont d’une grande solidité, de la capacité du litre et d’une belle forme. L’établissement consiste en une halle, un four de fusion et quatre de recuisson. Les sables se tirent des environs de Chalon. La fabrication nouvellement introduite des vins mousseux dans les vignobles de la Bourgogne assure à cette usine un débit prompt et facile. » Perspectives optimistes, mais suivies d’une nouvelle série de changements de mains : le Vicomte de Drée et le Baron de Joursanvault la reprennent en 1827, puis Ambroise Geffrier de Neuvy et Jacques Darcy en 1829. Le chômage persiste.
En 1826, parallèlement à cette verrerie existante, les frères Chagot — alors propriétaires de la Manufacture des cristaux du Creuzot — soumettent aux autorités préfectorales un projet de verrerie entièrement neuve à Blanzy, prévoyant onze fours pour verre blanc, verre à vitres, cylindres et bouteilles, devant absorber la quasi-totalité du charbon produit à Blanzy. L’avis favorable est rendu en 1829 mais le projet n’est jamais réalisé. Les Chagot reviendront à Blanzy par une autre voie, dix-huit ans plus tard.
Le cadastre napoléonien de 1835 montre un four et plusieurs bâtiments dont la maison du directeur, à l’emplacement de la partie nord de la mairie actuelle.
La période Coste et la Compagnie générale des Verreries du Centre (1838-1843)
Vers 1838, la verrerie passe aux mains de MM. Coste Père et Fils, négociants à Chalon-sur-Saône, et de Ferdinand Coste, maître de forges. Ce sont les mêmes Coste qui, le 27 juin 1839, apportent la Verrerie de La Broche (Molinet) et vraisemblablement celle de Blanzy au capital de la Compagnie générale des Verreries du Centre (Perret-Chagot et Cie), aux côtés des frères Blum (Épinac et La Mothe).
La Compagnie s’effondre en 1840-1841. La verrerie de Blanzy est vendue aux criées du tribunal civil de Chalon le 9 mars 1843 (2e lot, mise à prix 41 000 F, décrite comme « située sur le canal du Centre »). L’acquéreur reste à identifier.
La Société des Verreries de Blanzy et Labroche (1847-1865)
En 1847, Jules Chagot, alors gérant de la Compagnie des Mines de Blanzy, s’associe à la veuve Caumartin, à Joseph-Marie Perret-Morin (ancien co-gérant de la Compagnie de 1839), à Ferdinand Coste et à Berthod pour fonder la Société des Verreries de Blanzy et Labroche. La nouvelle société réunit à nouveau Blanzy et La Broche (Molinet), deux des quatre membres de la défunte Compagnie générale des Verreries du Centre. Perret-Morin, déjà gérant en 1839, assure ainsi une continuité remarquable entre les deux structures.
Jules Chagot devient actionnaire principal en 1865. La verrerie est gérée successivement par les sociétés Pasques et Cie puis Victor Masson et Cie avant que la Compagnie des Mines n’en prenne la direction directe en 1871.
L’apogée industrielle sous les Chagot (1871-1900)
En 1871, deux ingénieurs, Videau et Clémandot, sont chargés par Jules Chagot d’étudier de nouvelles méthodes de fabrication expérimentées en Angleterre et en Allemagne. Ils mettent au point un four à gazogène à cuve circulaire avec récupérateurs système Gaillard-Haillon : ensemble novateur. À la fin de 1872, la verrerie entièrement transformée redémarre sous la direction de M. Videau.
L’établissement dispose alors de trois fours de 10 à 12 ouvreaux chacun, deux en activité simultanée. Chaque four produit 5 000 bouteilles par journée de travail. L’effectif progresse régulièrement : 166 ouvriers en 1857 (1863 selon Mérimée), 208 en 1875, 210 en 1895, 240-300 entre 1900 et 1910. La production atteint 4 à 5 millions de bouteilles par an dans les meilleures années (dont 2,5 millions de champenoises).
La Verrerie produit toutes sortes de bouteilles, avec une spécialité dans les bouteilles champenoises (haute résistance) et les dames-jeannes (bonbonnes). Elle fournit aussi des cloches de jardin.
Un enfant du pays, Claude Boucher (né à Blanzy en 1842, fils probable d’un verrier de l’établissement), devient directeur de la Verrerie de Cognac et inventeur d’un système semi-automatique de soufflage des bouteilles (le système Boucher) qui révolutionne le secteur. Ironie de l’histoire : son système, inadapté aux bouteilles champenoises, contribuera indirectement à la fermeture de la verrerie qui l’a vu grandir.
Le déclin et la fermeture (1877-1911)
Après le décès de Jules Chagot en 1877, son neveu Léonce Chagot lui succède. La verrerie souffre de plusieurs handicaps cumulatifs : la vétusté progressive des équipements, la concurrence des verreries de l’Est de la France et d’Allemagne, l’impossibilité d’adapter le système Boucher aux bouteilles champenoises (sa spécialité), et un certain isolement malgré le canal du Centre et le chemin de fer. L’introduction des moules métalliques au début des années 1880 est la dernière innovation réalisée.
Des mouvements sociaux en 1899 et 1901 entraînent la restructuration de la Compagnie Jules Chagot en Société Anonyme des Mines de Blanzy, qui donne la priorité à la production de charbon. Pierre Rochette, directeur depuis 1901, mène le combat pour la survie, mais sa mort en 1911 précipite la décision. La Mine cède l’établissement à un groupe de la Loire, qui l’abandonne rapidement. La verrerie ferme définitivement en 1911, les fours sont démolis en 1914.
Situation géographique
Localisation
Blanzy (Saône-et-Loire), commune aujourd’hui intégrée dans l’aire urbaine de Montceau-les-Mines, dans le bassin houiller du Creusot-Montceau. Le site de la verrerie était longé par le canal du Centre — axe logistique central pour l’expédition des bouteilles vers Chalon (et par là vers les marchés bourguignons) et vers la Loire (et par là vers Paris et la Champagne).
Le cadastre napoléonien de 1835 localise l’établissement à l’emplacement de la partie nord de la mairie actuelle de Blanzy — repère topographique précis.
État actuel
Du site de 1872 subsistent : un magasin à bouteilles (Houillères du Bassin de Blanzy), la conciergerie, le logement et bureau du chef de fabrication, la briqueterie et la forge (commune de Blanzy). Les fours ont été démolis en 1914 ; les bâtiments survivants ont servi de logements aux familles polonaises arrivées à partir de 1922, puis de stade de football (stade de la Verrerie), démoli lors de la construction de la Route Express. L’actuelle Rue de la Verrerie marque l’ancienne entrée principale de l’usine.
Personnages liés
Frères Sauzéas, de Saint-Étienne, fondateurs vers 1805. L’un décède en 1807 ; la veuve réclame l’héritage et dissout l’association.
Claude-François Perret, entrepreneur du Canal du Charolais, vendeur présumé aux Sauzéas.
Mme Veuve Mailly, propriétaire en 1827.
Vicomte de Drée et Baron de Joursanvault, propriétaires en 1827.
Ambroise Geffrier de Neuvy et Jacques Darcy, société formée en 1829.
MM. Coste, père et fils et Ferdinand Coste, de Chalon-sur-Saône, propriétaires vers 1838-1843. Ce sont les mêmes Coste que dans la Compagnie générale des Verreries du Centre (1839).
Jules Chagot (1806-1877), gérant de la Compagnie des Mines de Blanzy, fondateur de la Société des Verreries de Blanzy et Labroche en 1847, actionnaire principal à partir de 1865. Personnage central de l’industrialisation de Blanzy.
Léonce Chagot, neveu de Jules, successeur à partir de 1877.
Joseph-Marie Perret-Morin, associé en 1847. Déjà co-gérant de la Compagnie générale des Verreries du Centre en 1839 — assure la continuité entre les deux structures verrières de Blanzy.
Ferdinand Coste, associé en 1847, déjà présent en 1839.
Ingénieur Videau, directeur de la verrerie à partir de 1872, concepteur (avec Clémandot) du four à gazogène à cuve circulaire.
Pierre Rochette, dernier directeur de la verrerie (1901-1911).
Claude Boucher (Blanzy, 1842 — ?), fils probable d’un verrier de l’établissement. Devient directeur de la Verrerie de Cognac et inventeur du système Boucher de soufflage semi-automatique des bouteilles, adopté par de nombreuses verreries mais inadapté aux champenoises — spécialité de Blanzy.
Éléments techniques
Production
- Bouteilles en verre noir (spécialité principale, depuis 1807) pour vins mousseux, bière, puis vins de Champagne
- Champenoises (haute résistance) : 2,5 millions sur 4-5 millions de bouteilles totales à l’apogée
- Dames-jeannes (bonbonnes)
- Cloches de jardin
Fours
| Période | Configuration |
|---|---|
| 1827 | 1 four de fusion, 4 fours de recuisson |
| 1863 | 2 fours de fusion, 166 ouvriers |
| 1872-1875 | 3 fours à gazogène à cuve circulaire (système Videau-Clémandot), récupérateurs Gaillard-Haillon, 10-12 ouvreaux chacun |
| Apogée | 5 000 bouteilles/jour/four, 2 fours en activité simultanée, 4-5 M bouteilles/an |
Combustible et situation
- Houille dès l’origine (proximité immédiate des Houillères de Blanzy)
- Canal du Centre pour l’expédition
- Machine à vapeur pour la pilonnerie
Contexte : Blanzy et la Compagnie générale des Verreries du Centre (1839)
La présence de Blanzy dans la Compagnie générale des Verreries du Centre confirme que les Coste chalonnais contrôlaient simultanément deux des quatre verreries du groupe (Blanzy et La Broche), aux côtés des Blum qui contrôlaient les deux autres (Épinac et La Mothe). La Compagnie était donc structurellement partagée entre deux blocs — Coste d’un côté, Blum de l’autre — avec Perret-Morin et Chagot comme gérants neutres.
La reconstitution partielle de 1847 (Société des Verreries de Blanzy et Labroche) reproduit cette logique : Coste et Perret-Morin restent présents, tandis que les Blum disparaissent et sont remplacés par Jules Chagot, qui apporte le capital et la puissance minière de la Compagnie des Mines.
Erreurs et incertitudes
Points non résolus
- L’acquéreur de 1843 (après la vente judiciaire du 9 mars) : qui reprend la verrerie et la gère jusqu’en 1847 ? Quatre ans s’écoulent entre la vente et la fondation de la Société Chagot.
- Claude-François Perret, vendeur présumé aux Sauzéas vers 1805 : lien avec Joseph-Marie Perret-Morin, co-gérant de la Compagnie de 1839 ? Les Perret sont une famille active dans le réseau chalonnais (canal du Charolais, industrie) — une parenté entre les deux ne serait pas surprenante.
- La fondation exacte : les Sauzéas auraient acheté à Perret vers 1805, mais l’Annuaire de 1807 mentionne la verrerie sans précision de propriétaire. Y a-t-il eu une activité antérieure à 1805, sous Perret lui-même ?
Sources consultées
- Le Drapeau tricolore, 21 octobre 1837, p. 4/4 (liquidation 1837) et 10 juillet 1839, p. 3/4 (acte constitutif Compagnie générale).
- Courrier de Saône-et-Loire, 26 février 1843, p. 4/4 (vente judiciaire).
- Notice Mérimée IA71000044 (pop.culture.gouv.fr) — chronologie 1807-1914, fours, effectifs, production.
- Blanzy71.fr, « Les anciennes verreries » — synthèse incluant archives particulières (Sauzéas 1805) et Frédéric Lagrange (projet Chagot 1826).
Personnages associés
Aucune personne liée n'a été trouvée pour cette verrerie.
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Numéro du 10 juillet 1839, p. 3/4. Mentionne Blanzy parmi les établissements apportés au capital de la société.
Numéro du 26 février 1843, p. 4/4. Verrerie de Blanzy, 2e lot, mise à prix 41 000 F, « située sur le canal du Centre ».
Notice d'inventaire du patrimoine industriel. Chronologie 1807-1914, description des fours successifs, effectifs, production. Source secondaire fiable s'appuyant sur des travaux historiques locaux.
Page du site de la commune de Blanzy. Synthèse historique incluant des données issues d'archives particulières (frères Sauzéas, 1805) et de Frédéric Lagrange (projet Chagot Frères 1826). Source secondaire locale.