Verrerie
Verrerie Coste des Verchères
vers 1820 — avant 1860
Aussi connue sous : Didier Coste · Didier Coste et Cie · Antoine Coste-Vignet et Clarisse Coste · Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône
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Noms et raisons sociales
Histoire
Résumé
La verrerie Coste des Verchères est fondée vers 1820 par Didier Coste sur un terrain acquis de son père en 1806, au quartier des Verchères, Rive-de-Gier. C’est l’un des trois établissements verriers distincts qui coexistent dans ce quartier au XIXe siècle, les deux autres appartenant aux associés Dumas et Rochette et aux frères Teillard, et que Pelletier confond en un seul établissement.
En 1828, Didier Coste constitue une société verbale avec son cousin germain Antoine Coste et une associée silencieuse, Demoiselle Jenny Mathevon. La verrerie disparaît des almanachs après 1833 et Didier meurt en 1846 sans plus exercer comme maître de verrerie. Une licitation en 1844 redistribue les parts entre les associés, puis entre les héritiers le 21 juin 1849, avant la cession à la Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône en 1853. La parcelle est convertie en écurie et remise en 1860.
L’histoire de cet établissement illustre l’enchevêtrement familial typique du monde verrier ripagérien : les deux cousins associés (Didier et Antoine) sont fils de deux frères qui avaient tous deux épousé des filles du chirurgien Gilles Vignet de Rive-de-Gier.
Historique
Le terrain et la construction de la verrerie (1806 — vers 1820)
Louis Coste, propriétaire à Rive-de-Gier, vend à son fils Didier le 4 juin 1806 des constructions initiales (une ancienne fabrique de cire et de chandelles) et le sol des Verchères pour 5 000 francs (acte Me Bavet, Givors). Quatre mille francs sont réglés par quittance au contrat de mariage de Didier avec Nicole Françoise Laurenson (10 juin 1806) ; le solde de mille francs par quittance privée du 25 juin 1806.
Le plan cadastral de 1811 ne porte aucune construction sur les parcelles 20 et 21 — contrairement à celles que Didier possédait déjà plus au nord (23 à 26). La verrerie a donc été édifiée par Didier Coste lui-même entre 1811 et 1825. Les états de section de 1826 désignent la parcelle 20 comme « verrerie à bouteilles », propriétaire « Coste Didier, fabricant de verres ». Une date de construction vers 1820 est vraisemblable, cohérente avec la vague de fondations ripagériennes de cette décennie.
La société verbale Didier Coste et Cie (1828 — 1844)
Le 20 avril 1828, Didier Coste constitue une société verbale commerciale pour la fabrication et le commerce en tous genres des verres. Trois associés : Didier Coste (6/16), son cousin germain Antoine Coste (4/16) (fils de Didier Coste senior, frère de Louis), et Demoiselle Genise dite Jenny Mathevon (6/16), célibataire, domiciliée à Rive-de-Gier et plus tard, à Riom.
Dans les almanachs, la verrerie apparaît d’abord sous la raison « Dumas, Coste et Teillard frères » (1825-1829), catégorie « verres de couleur et bouffeterie commune », probablement une association commerciale de distribution entre les trois établissements voisins du quartier, chacun restant propriétairement distinct. Dès 1832, « Coste et co. » figure seul dans la catégorie « verreries à bouteille ». Après 1833, Coste disparaît des almanachs, sans que l’on puisse établir si la production s’est arrêtée, réduite, ou simplement soustraite à la publicité.
La verrerie, établie en bord du Gier, est directement concernée par le prolongement du canal de Givors (autorisation royale du 5 décembre 1831, travaux jusqu’à Lorette achevés vers 1835). Deux traités sont passés conjointement pour les verreries Teillard et Coste devant Me Plagnieu les 6 mai et 8 juin 1837 pour régler les conséquences foncières et hydrauliques de cette nouvelle infrastructure : ce sont ces fours « reconstruits après le prolongement du Canal » qu’évoque Pelletier.
Didier Coste décède le 9 janvier 1846, rue Descombes à Rive-de-Gier, désigné comme « propriétaire entremeteur », plus comme maître de verrerie.
La licitation et les héritiers Coste (1844 — 1853)
Par sentence d’adjudication du Tribunal civil de Saint-Étienne du 17 avril 1844, les immeubles de la société verbale sont licités. Didier et Antoine Coste acquièrent l’ensemble pour 5 050 francs. La quote-part de Jenny Mathevon (6/16, soit 1 625,44 F nets) revient à ses créanciers parisiens, MM. Jean Marie Alphonse Morier et Louis Charles Delesse, en vertu d’une saisie-arrêt validée le 11 février 1845 par le Tribunal civil de Riom. Un règlement entre Antoine et Clarisse Coste (fille unique et seule héritière de Didier, décédé en 1846) est formalisé par acte Me Guillot le 21 juin 1849.
Le 25 juillet 1853, Antoine Coste-Vignet et Clarisse Coste cèdent la verrerie à la Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône, représentée par M. Jean-Claude Penet, mandataire spécial. L’acte d’origine de propriété est dressé le 16 octobre 1855 par Me Guillot et Rousset.
Sous la Compagnie Générale et disparition (1853 — 1860)
La Compagnie Générale n’exploite vraisemblablement pas ce four, déjà inactif depuis plusieurs années. En 1860, la parcelle 20 est transformée en « écurie et remise » (matrice des propriétaires, folio 1631). Ce changement de destination marque la disparition définitive de toute activité verrière sur ce site.
Situation géographique
Localisation
La verrerie occupait les parcelles 20-21 de la section C du cadastre de Rive-de-Gier, à l’extrémité sud de la rue Vieille des Verchères, à l’intersection avec la route de Saint-Étienne à Lyon. Les parcelles s’étiraient entre la rue Vieille des Verchères et le Gier (1811), puis entre la rue et le canal de Givors après son prolongement (vers 1835). Coordonnées approximatives du centre de la parcelle 20 où se trouvait le four : 45.527402, 4.612818.
Le site n’est ni mitoyen ni contigu aux deux autres établissements verriers du quartier : la verrerie Dumas-Rochette (parcelle 6, plus au sud, entre la route et le Gier) et le four Teillard (parcelle 28, adjacent au jardin Coste parcelle 26, non à la verrerie parcelle 20). La désignation générique « verreries des Verchères » recouvre trois sites distincts qui n’ont jamais fusionné.
État actuel
La topographie actuelle du quartier des Verchères porte encore lisiblement la trace du canal et des expropriations qui l’ont accompagné. Sur la parcelle 20, deux immeubles de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle occupent les deux extrémités : l’un côté rue Jules Ferry (ancienne rue Vieille des Verchères), l’autre côté canal. Ce second bâtiment est en contrebas du cours du 11 novembre d’environ 1,50 mètre, précédé d’un espace en pente enherbé : c’est une partie de l’emprise de l’ancien canal de Givors, visible sur les cartes postales anciennes, qui longeait les façades. Cet espace correspond vraisemblablement à la partie des parcelles cédée à la Compagnie du Canal vers 1835, et les bâtiments actuels ont été construits sur la limite foncière issue de cette expropriation.
Au sud de la parcelle 20, la voie nommée rue du Pont Voltaire rappelle l’existence d’un pont qui enjambait à la fois le Gier et le canal pour relier le quartier des Verchères à la rue Pétrus Richarme (d’abord nommé Pont de l’Industrie). Ce pont n’existe plus. Le bâtiment qui le flanquait au sud est lui aussi en contrebas de la route, avec un espace libre plus large devant lui : même mécanisme d’expropriation que pour la parcelle 20.
Plus au sud encore, l’emplacement des parcelles 6 et 7 (site Dumas-Rochette) est aujourd’hui une large voie dégagée, la rue Claude Drivon, avec trois files, de larges trottoirs, et des bâtiments en contrebas de la chaussée de tous côtés. Vue du ciel, la forme d’un large virage vers l’ouest est encore perceptible dans le parcellaire : c’est exactement l’emplacement où le canal cessait de longer le Gier pour virer à l’ouest. Les parcelles 6 et 7 ont été physiquement englouties par cette infrastructure en 1836, ce qui explique leur démolition sans reconstruction, contrairement aux établissements Coste et Teillard.
Aucun vestige de cette verrerie n’a été identifié.
Personnages liés
Louis Coste : père de Didier le verrier, propriétaire à Rive-de-Gier. Fils de Benoît Coste et Catherine Bourdin. A épousé une fille de Gilles Vignet, chirurgien juré à Rive-de-Gier. Décédé avant 1855 (« défunt » dans l’acte).
Didier Coste (25 mars 1778, Rive-de-Gier — 9 janvier 1846, Rive-de-Gier) : fondateur de la verrerie. Fils de Louis Coste et d’une fille de Gilles Vignet. Marié le 28 novembre 1806 à Givors à Nicole Françoise Laurenson (née 25 novembre 1779 à Givors). Époux de régime de communauté réduite aux acquêts. Décède comme « propriétaire entremeteur », plus maître de verrerie.
Antoine Coste-Vignet : cousin germain de Didier le verrier, fils de Didier Coste senior (né 9 janvier 1743 à Rive-de-Gier, frère de Louis). A épousé Jeanne Louise Vignet (fille de Gilles Vignet, sœur de la mère de Didier le verrier) par contrat Me Ronat le 20 août 1812 ; elle décède le 16 avril 1825. Conserve le nom « Coste-Vignet » par usage après son veuvage. Associé à 4/16 dans la société de 1828, co-acquéreur à la licitation de 1844.
Clarisse Coste : fille unique et héritière de Didier. Célibataire. Co-propriétaire avec Antoine Coste-Vignet de 1844 à 1853. Cède la verrerie à la Compagnie Générale.
Jenny Mathevon (Demoiselle Genise dite Jenny Mathevon) : associée silencieuse pour 6/16 depuis 1828, célibataire, initialement domiciliée à Rive-de-Gier puis à Riom. Sa part revient en 1844 à ses créanciers parisiens Morier et Delesse. Lien avec la famille Coste non établi.
Éléments techniques
La verrerie produisait principalement des bouteilles, et peut-être de la bouffeterie commune (du verre creux de petites dimensions), la parcelle 20 est désignée comme « verrerie à bouteilles » en 1826, tandis que Pelletier parle de topetterie (mais il confond peut-être avec celles de Teillard ou Dumas). La raison commerciale de 1825-1829 classe la production dans les « verres de couleur et bouffeterie commune ». Le four est qualifié de « petit » par Pelletier, par contraste avec les cinq fours des Verreries Rondes Teillard voisines.
Contexte familial
L’association entre Didier et Antoine Coste s’inscrit dans un réseau d’alliances matrimoniales remarquablement serré. Benoît Coste et Catherine Bourdin eurent au moins trois fils : Louis, Didier senior (né le 9 janvier 1743) et Gaspard (marchand de charbon de terre). Louis et Didier senior épousèrent tous deux des filles du même Gilles Vignet, chirurgien juré reçu à Lyon, demeurant à Rive-de-Gier (marié le 28 mai 1743 à Marie Rossary). Leurs fils respectifs, Didier le maître de verrerie, et Antoine sont donc cousins germains avec leurs quatre grands-parents communs, presque des frères. C’est cette double alliance qui fonde leur association dans la société de 1828 et explique que l’acte de 1855 réunisse la fille et le cousin de Didier autour du même immeuble.
Erreurs et incertitudes
Ce que dit la littérature, et ce qu’il faut corriger
Pelletier (p.208) confond les trois établissements du quartier. Il écrit que les verreries des Verchères « furent exploitées successivement par les Coste et par les Dumas », ce qui est faux sur deux points. D’abord, les établissements Coste, Dumas-Rochette et Teillard ont coexisté simultanément dans le quartier, sur des parcelles distinctes et sans continuité géographique entre elles. Ensuite, ils n’ont jamais constitué un seul établissement à propriétaires successifs, mais trois sites distincts avec leurs propres histoires.
Pelletier attribue la fondation de 1798 à Rochette pour l’ensemble des Verchères. Cette date concerne le site Dumas-Rochette (parcelle 6), vraisemblablement le plus ancien. Le site Coste n’existait pas avant 1811 (rien dans le plan cadastral) et a été construit par Didier Coste lui-même, probablement vers 1820.
Pelletier comptabilise « deux fours » comme un seul établissement. Sa propre note de bas de page (p.210) le contredit : l’un appartient à la famille Coste, l’autre à Teillard frères. Ce sont deux propriétaires, deux parcelles, deux établissements distincts.
La date d’extinction « 1848 » est peut-être juste pour le site Coste, au vu du décès de Didier en 1846 sans exercice de la profession.
Points non résolus
- Date exacte de construction : entre 1811 et 1825 (probablement vers 1820). Les actes de Me Bavet ou Me Ronat de cette période permettraient de la préciser.
- Contenu des traités de 1837 avec la Compagnie du Canal (Me Plagnieu, 6 mai et 8 juin 1837) : servitudes, indemnisations, modifications des accès au Gier ? À consulter aux AD Loire.
- Identité et lien de Jenny Mathevon avec la famille Coste (6/16 depuis 1828). Une piste : Gaspard Coste (frère de Louis et Didier senior) a épousé Jeanne Marie Bonnard, fille de François Bonnard et Claudine Mathevon, mais le lien avec Jenny Mathevon n’est pas établi.
- L’exploitation entre 1833 et 1853 : disparition des almanachs après 1833, décès de Didier en 1846 sans qualité de maître de verrerie. La verrerie était-elle encore active lors de la cession de 1853 ? Il est probable que non.
- Le moulin à vapeur Pernod mentionné par Pelletier : sur quelle parcelle a-t-il été installé après l’extinction des fours ? Les parcelles 20 à 28 méritent une vérification systématique.
Personnages associés
Aucune personne liée n'a été trouvée pour cette verrerie.
Voir toutes les personnes liées →Sources
Source principale. Transcription complète disponible. Retrace l'intégralité de la chaîne de propriété depuis Louis Coste jusqu'à la cession de 1853. Établit la société verbale du 20 avril 1828 (Didier Coste 6/16, Antoine Coste 4/16, Jenny Mathevon 6/16), la licitation du 17 avril 1844, et l'état civil complet des parties.
Vente par Louis Coste à son fils Didier des constructions (ancienne fabrique de cire et de chandelles) et du sol des Verchères pour 5 000 francs. Quatre mille francs quittancés au contrat de mariage (10 juin 1806, même notaire) ; mille francs soldés par quittance sous seings privés du 25 juin 1806.
Établit à défaut de pacte écrit l'existence et les termes de la société verbale Didier Coste et Cie du 20 avril 1828. Approuvé par tous les ayants droit de Louis Coste.
Deux actes passés conjointement pour les verreries Teillard et Coste réglant les conséquences foncières et hydrauliques du prolongement du canal de Givors. Le prolongement avait reçu autorisation royale le 5 décembre 1831 ; les travaux jusqu'à Lorette s'achèvent vers 1835, la seconde phase vers Grand-Croix démarre en 1838. Le contenu précis des accords est à consulter aux AD Loire.
Mariage civil le 28 novembre 1806 à Givors. Régime de la communauté réduite aux acquêts. Quittance de 4 000 francs sur le prix de vente du terrain paternel. La verrerie n'entre pas dans la société d'acquêts, l'acquisition étant antérieure au mariage (4 juin 1806).
Les parcelles 20 et 21 (section C) ne portent aucune construction en 1811. La verrerie a donc été bâtie après cette date, entre 1811 et 1825. Les parcelles 23 à 26 (Coste) montrent en revanche des bâtiments dès 1811, correspondant aux constructions achetées au père en 1806 (ancienne fabrique de cire).
Parcelle 20 : « verrerie à bouteilles », propriétaire « Coste Didier, fabricant de verres ». Parcelle 21 : « maison ». Parcelles 23-26 : bâtiments ruraux et jardin.
Didier Coste puis Clarisse Coste (à partir de 1851, folio 1631, « héritiers Coste »). En 1860, la parcelle 20 subit une diminution et est transformée en « écurie et remise ». Terminus ante quem de toute activité verrière sur ce site.
1825-1829 : « Dumas, Coste et Teillard frères », catégorie « Verres de couleur et bouffeterie commune ». 1832-1833 : « Coste et co. » seul, catégorie « verreries à bouteille ». Coste disparaît des almanachs après 1833.
Page 208 : « Les verreries des Verchères, qui avaient été créées, en 1798, par un nommé Rochette, furent exploitées successivement par les Coste et par les Dumas ; elles comptaient deux fours à bouteilles et topetteries. Les fours furent éteints en 1848. » Page 210 (note) : '(1) De ces 2 petits fours des Verchères, un seul était à la famille Coste, l'autre à Teillard frères (Chemin Vieux, Vieille rue des Verchères).' À utiliser avec les corrections détaillées ci-dessus.