Verrerie

Verrerie Claudius

1785 — fondue dans le complexe Robichon (1853), origine de la 1re verrerie de Rive-de-Gier

Aussi connue sous : Verrerie royale de Rive-de-Gier · Masuyer · Robichon frères et Cie · Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône

Disparue — sans vestiges

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Noms et raisons sociales

Verrerie royale de Rive-de-Gier
Nom d'usage 1785 — vers 1795
Masuyer
Nom d'usage vers 1795 — vers 1808
Robichon frères et Cie
Raison sociale vers 1808 — 1853
Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône
Raison sociale 1853 — ?

Histoire

Résumé

La verrerie Claudius est la première verrerie de Rive-de-Gier. Fondée en 1785 au quartier de Chantegraine, sur le bassin du canal de Givors, par Jean Antoine Alexis Claudius — un Lyonnais que la tradition dit ancien perruquier —, elle produit d’emblée la bouteille et inaugure ce qui deviendra, au XIXe siècle, la première capitale française du verre creux. Son premier personnel est composé de verriers venus de la verrerie de Serin (Lyon), au premier rang desquels la famille Allimand et Joseph Raspiller — dont le baptême de la fille, le 6 septembre 1785, constitue le plus ancien acte connu mentionnant un verrier à Rive-de-Gier.

L’établissement, dit « Verrerie royale » dans les actes paroissiaux, est installé sur la parcelle la plus septentrionale de la rangée de Chantegraine (parcelle 643 du plan de 1811). Son histoire ultérieure est mal documentée : selon Pelletier, un M. Masuyer succède à Claudius et continue quelques années la fabrication, avant de vendre aux frères Robichon. Ce rachat est acquis au plus tard vers 1808-1810 (les almanachs y attestent « Robichon frères et comp. » dès 1810), contrairement à la date de 1813-1814 avancée par Pelletier.

Absorbée dans le complexe verrier que les Robichon constituent à Chantegraine, la verrerie Claudius perd alors son identité propre. Elle est, comme les autres fours du groupe Robichon frères et Cie, cédée en 1853 à la Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône. Son fondateur, lui, demeure une figure insaisissable : aucune trace généalogique de Claudius n’a été retrouvée, et seul son nom complet, livré par l’acte de 1785, subsiste.


Historique

Fondation et premières années (1785)

La verrerie est fondée en 1785. La date, longtemps approximative — Pelletier écrit « au-delà de 1780 », Chambeyron ne précise pas —, est désormais bornée par un acte : le 6 septembre 1785, le baptême de Jeanne Raspiller, à la paroisse de Rive-de-Gier, mentionne « Sr. Jean Antoine Alexis Claudius, propriétaire de la Verrerie royale de Rive de Gier ». C’est le plus ancien acte connu attestant une verrerie et un verrier à Rive-de-Gier — l’acte de naissance documentaire de toute l’aventure verrière ripagérienne.

Le choix du lieu n’est pas fortuit. Claudius installe son établissement au quartier de Chantegraine, « sur le bassin du canal » (Pelletier). Or le canal de Rive-de-Gier a été livré à la navigation en 1781 (Chambeyron) : pour la première fois, la houille du bassin stéphanois peut être acheminée par voie d’eau, et le verre à charbon de terre devient économiquement viable loin des forêts. La fondation de 1785 suit de quatre ans l’ouverture du canal : Claudius — comme Folletête l’année suivante — vient saisir cette opportunité nouvelle.

Le premier personnel vient de Serin, la verrerie lyonnaise alors en voie d’extinction (voir verrerie-de-serin-lyon). Tours Allimand, qualifié dès 1785 de « maître verrier » puis « conducteur de la verrerie royale », et son gendre Joseph Raspiller, « maître souffleur en bouteilles », forment le noyau de cette main-d’œuvre. Leur présence atteste deux choses : que Claudius a recruté des professionnels aguerris du verre creux, et que sa verrerie produit la bouteille dès l’origine — la spécialisation est immédiate, et ne variera pas.

Guy-Jean Michel nomme les premiers verriers qui accompagnent Tours Allimand dans cette installation de 1785 : outre son gendre Joseph Raspiller, on trouve Griner (Criner, lignée Raspiller/Criner que l’on retrouvera à Rive-de-Gier), Grosdemouge, Schmid (patronyme du réseau verrier franc-comtois, présent dès l’origine à Rive-de-Gier) et Verniory. C’est le noyau ouvrier fondateur de la verrerie ripagérienne — des familles du vivier serinois et comtois, dont plusieurs feront souche dans la ville.

La date de la première fonte est même connue au jour près : le 14 août 1785, selon l’état des verreries dressé en 1788 (« cette verrerie était en activité depuis le 14 août 1785 ; à cette date remonte la première fonte »). En 1788, un seul four est allumé, mais un second est alors en construction ; on y fabrique « des bouteilles noires de toutes espèces », à raison d’une fonte toutes les 24 à 27 heures donnant 2 000 à 2 500 bouteilles, en consommant chaque jour cent bennes de charbon menu (voir la section Éléments techniques).

La « Verrerie royale » et le statut de Claudius

Les actes de 1785-1786 nomment constamment l’établissement « Verrerie royale » et Claudius son « propriétaire ». Le qualificatif pose question : s’agit-il d’un privilège royal effectif (une autorisation formelle de fabrication, comme en obtenaient les verreries d’Ancien Régime), ou d’une simple formule de prestige local ? Les sources disponibles ne permettent pas de trancher. Ce qui est sûr, c’est que la production de bouteilles, dès la première année, place d’emblée Claudius en concurrence avec le verre blanc d’assortiment que Folletête établira en 1786 sur la parcelle voisine — d’où la contestation tranchée par le Bureau du commerce le 11 mai 1786 (voir verrerie-folletete-rive-de-gier).

Reste à comprendre ce qu’était Claudius lui-même. La tradition (Chambeyron, 1844, suivi par Pelletier) en fait un « perruquier de Lyon » — image pittoresque d’un artisan-coiffeur reconverti dans le verre. Les sources d’archives invitent à nuancer sans l’effacer. Les Archives départementales du Rhône le qualifient de « négociant » en 1785, puis de « propriétaire de la verrerie de Rive-de-Gier » en 1788 (cote 1E/3505) ; et l’état de 1788 le dit « lieutenant du premier chirurgien en la communauté des perruquiers de Lyon ». Autrement dit, Claudius n’était pas un perruquier de métier maniant le rasoir, mais un officier de la corporation des perruquiers de Lyon — une charge à la fois honorifique et lucrative (les offices de jurés et lieutenants de communauté se vendaient cher et conféraient un statut). C’est un notable urbain doté de capitaux, négociant de surcroît, bien plus qu’un artisan : profil cohérent avec un homme capable de lever les fonds nécessaires à la construction d’une verrerie à charbon, et de recruter des maîtres souffleurs aguerris. La « légende du perruquier » est donc le raccourci populaire d’une réalité sociale plus complexe — celle d’un investisseur lyonnais titulaire d’un office de corporation.

Cette distinction entre le bailleur de fonds et l’homme de l’art éclaire peut-être une mention isolée : les Archives du Rhône signalent, en 1786, une donation en faveur de « Louis Martin, directeur de la verrerie de Rive-de-Gier » (cote 1E/4244). En 1786, il n’existe que deux verreries dans la ville — Claudius (noire) et Folletête/Mousnier (blanche) ; un « directeur » nommé Martin dirigeait donc l’une d’elles pour le compte du propriétaire, et le plus vraisemblablement la verrerie de Claudius, le négociant-officier n’étant pas verrier de métier. L’hypothèse reste néanmoins incertaine : le patronyme « Martin », trop commun, interdit pour l’instant toute identification ferme. On la signale comme piste, sans en rien tirer.

Le conflit du verre noir : un cas d’école du protectionnisme d’Ancien Régime (1785-1788)

L’épisode le plus révélateur de l’histoire de la verrerie Claudius est aussi celui qui en dit le plus long sur l’économie réglementée de l’Ancien Régime finissant. Car la « verrerie noire » de Rive-de-Gier fut, au sens propre, interdite de noir.

Le 8 février 1785, Claudius obtient du roi, par un arrêt du Conseil d’État (AD Rhône, 1 C 31/96), l’autorisation d’établir à Rive-de-Gier une fabrique de verre blanc — précisément « du verre blanc appelé bouffetier et assortiment », c’est-à-dire la bouffeterie et la gobeleterie, et de cela seulement. Mais le verre noir, le verre à bouteilles, est d’un tout autre rapport ; aussi Claudius ne tarde-t-il pas, dès l’origine et bien qu’il n’y soit pas autorisé, à fabriquer des bouteilles — tout en commençant à construire un second four pour le verre blanc, comme pour donner le change. Il fait ainsi concurrence à la verrerie Robichon de Givors, jusque-là protégée sur ce créneau. Le conflit qui s’ensuit (AD Rhône, 1 C 31/67) oppose Claudius aux propriétaires des verreries de Givors et de Rive-de-Gier. Robichon réclame. Le Conseil supérieur du Commerce s’en saisit et demande à l’Intendant un rapport. Celui-ci, pragmatique, plaide pour laisser faire : la verrerie de Claudius « étant considérable et en pleine activité », et ceux qui lui ont prêté des fonds « souffriraient beaucoup s’il lui était interdit de fabriquer du verre noir » ; mieux vaut, dit-il, autoriser le noir et laisser jouer la concurrence.

Le Conseil ne suit pas cet avis libéral. Le 20 décembre 1787, il fait défense à Claudius de fabriquer du verre noir et ordonne que les maîtres de verrerie déposent leurs titres, afin qu’après examen un règlement général soit préparé. Claudius obtient seulement des sursis — l’un du 24 juillet 1788, pour six mois — qui lui permettront d’atteindre, de fait, l’heure de la liberté industrielle que la Révolution proclamera en 1791.

Cet épisode est un condensé du mercantilisme royal : un outsider (Claudius, le négociant lyonnais) attaque un privilégié (Robichon, le maître de Givors) ; la logique économique (la concurrence, défendue par l’Intendant) s’efface devant la logique du privilège (la protection du premier établi, imposée par le Conseil) ; et seule l’abolition révolutionnaire des corporations et des privilèges desserrera l’étau. La verrerie Claudius, prospère et productive, n’avait contre elle que d’être venue trop tard sur un marché réservé. L’ironie veut que la postérité l’ait baptisée « verrerie noire » du nom même de la production qui lui était, en droit, interdite.

Pour mener ce combat, Claudius s’appuyait sur un réseau de soutiens financiers et politiques que rapporte Chomienne. Côté finance, il bénéficiait de l’appui de bailleurs de fonds — « Perret-Johannot » (vraisemblablement la maison de négoce lyonnaise liée aux Johannot, dynastie de papetiers protestants d’Annonay alors établis à Lyon) et « Lioras et Cie » (maison non autrement identifiée). Côté pouvoir, Claudius se prévalait du soutien du duc de Coigny — vraisemblablement François-Henri de Franquetot, duc de Coigny (1737-1821), maréchal de France et figure de la cour de Louis XVI. Cette dernière protection est à prendre avec prudence : elle n’est attestée que par Claudius lui-même, et rien dans le profil du duc — grand seigneur militaire, futur émigré — ne le rattache à une quelconque conviction libérale ; invoquer un protecteur de cour était une arme tactique courante face au Conseil. Quoi qu’il en soit de ces appuis, Claudius fait figure d’avant-gardiste du libéralisme économique : par sa pratique (forcer le marché réservé du verre noir) comme par son argumentaire (la liberté du commerce contre le privilège), il anticipe, dès 1785, la liberté industrielle que la Révolution proclamera en 1791. Son échec relatif face au Conseil n’en fait que mieux ressortir la rigidité du système qu’il défiait.

Le maillon Masuyer, puis le rachat Robichon (vers 1795-1810)

La suite est le point faible documentaire de l’histoire du site. Selon le seul Pelletier, « M. Masuyer, ayant succédé à M. Claudius, continua pendant quelques années la fabrication de cet industriel, et finit par vendre son établissement » aux Robichon. Ce maillon Masuyer n’a été retrouvé ni dans les actes, ni dans les almanachs (il est donc antérieur à la première édition exploitable de 1810) ; le patronyme est peut-être écorché, comme souvent chez Pelletier. On le retient comme plausible mais non confirmé.

Le rachat par les frères Robichon est en revanche mieux borné. Les frères Robichon, venus de Givors puis de Pierre-Bénite, figurent comme « Robichon frères et comp. » dès la première édition exploitable de l’Almanach du commerce (1810). Le rachat de l’ex-verrerie Claudius est donc acquis au plus tard vers 1808-1810 — et non en 1813-1814, comme l’écrit Pelletier, qui confond cette date avec celle de la fermeture de leur établissement de Pierre-Bénite. À partir de ce moment, la verrerie Claudius cesse d’exister comme entité distincte : elle devient l’un des fours du complexe Robichon de Chantegraine (voir groupe-robichon-freres-rive-de-gier).

Fin d’identité : le complexe Robichon, puis la Compagnie Générale (1853)

Fondue dans le complexe Robichon, la verrerie Claudius (production : bouteilles) cohabite désormais avec ses anciennes voisines — la gobeleterie de l’ex-Folletête (653) et la verrerie à vitres créée par Robichon (656). En 1825, l’almanach montre « Robichon frères » présents dans les trois catégories (bouteilles, vitres, gobeleterie fine), ce qui correspond exactement à ces trois fours. Le four à bouteilles est l’héritier direct de Claudius.

Comme l’ensemble du groupe Robichon frères et Cie, le site est cédé en 1853 à la Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône. Sa trace propre se perd alors dans le grand regroupement : la date exacte d’extinction matérielle du four issu de Claudius n’est pas connue.


Situation géographique

Localisation

La verrerie était établie au quartier de Chantegraine, dans la frange nord de Rive-de-Gier, sur le bassin du canal de Givors. Le quartier réunissait, dans une rangée nord bordée par la grande route de Saint-Étienne à Lyon (la « Rue de Lyon » des actes, parallèle au canal), les trois premières verreries de la ville : Claudius (la plus septentrionale), Folletête, et le four Brochier/Barrière. Plusieurs actes de la communauté Allimand (1798-1799) donnent d’ailleurs le domicile « Rue de Lyon », ce qui situe les verriers sur cet axe.

Sources cadastrales

L’identification du site repose sur le plan cadastral de 1811, dont le géomètre a eu l’heureuse idée de griser les établissements verriers : trois verreries y figurent, et trois seulement dans tout Rive-de-Gier, alignées dans la rangée nord de Chantegraine. La verrerie Claudius est la parcelle 643, la plus au nord. Les états de section de 1826 confirment la répartition (la parcelle voisine 666 y est attribuée à Fleurdelix, non à Robichon — voir verrerie-lanoir-rive-de-gier). En 1819, la production de 643 est dite « indéterminée » dans les relevés : non par mystère, mais parce que, après les changements de main (Claudius → Masuyer → Robichon), sa spécialité d’origine s’était diluée dans le complexe.

État actuel

Aucun vestige n’est identifié. Le quartier de Chantegraine a été bouleversé par l’industrialisation du XIXe siècle, puis par l’urbanisation contemporaine. La topographie du bassin du canal a elle-même été remaniée.

Carte du site

À venir — report des parcelles 643, 653/656 et 666 sur le plan cadastral de 1811, annoté.


Personnages liés

  • Jean Antoine Alexis Claudius — fondateur (1785), « propriétaire de la Verrerie royale ». Lyonnais, dit ancien perruquier (tradition remontant à Chambeyron, 1844). Figure insaisissable : aucune trace généalogique retrouvée, probablement sans descendance. jean-antoine-alexis-claudius à créer.
  • Tours Allimand (originaire de Plancher, Haute-Saône, † Rive-de-Gier 1811) — premier maître verrier / conducteur de l’établissement, venu de Serin. Chef de la dynastie Allimand de Rive-de-Gier.
  • Joseph Raspiller — maître souffleur en bouteilles, gendre de Tours Allimand, venu de Serin. (Lignée Raspiller / Raspillaire.)
  • Mathieu Brochier — bourgeois de Rive-de-Gier, propriétaire-bailleur ; construit le four voisin de la Barrière (parcelle 666) qu’il amodie aux Allimand. Beau-père de Fleurdelix.
  • Les frères Robichon — repreneurs (vers 1808-1810), bâtisseurs du complexe de Chantegraine.

Éléments techniques

La verrerie Claudius produit la bouteille dès sa fondation, comme l’atteste la qualité de « maître souffleur en bouteilles » portée par Joseph Raspiller dès septembre 1785. Cette spécialisation immédiate — par opposition au verre blanc d’assortiment de la voisine Folletête — est cohérente avec le recrutement de souffleurs de verre creux aguerris, formés à Serin. Le combustible est la houille du bassin stéphanois, désormais acheminée par le canal (ouvert en 1781), ce qui fait toute la viabilité économique d’une verrerie urbaine établie loin des forêts.

L’état des verreries de 1788 livre des chiffres précis sur l’exploitation à cette date. La verrerie compte alors un four allumé (un second étant en construction) et fabrique « des bouteilles noires de toutes espèces ». Le rythme est d’une fonte toutes les 24 à 27 heures, donnant 2 000 à 2 500 bouteilles ; la consommation est de cent bennes de charbon menu par jour. La verrerie dispose d’un entrepôt à Lyon, mais son principal débouché est le Midi : le Forez, le Velay, le Vivarais, l’Auvergne et le Gévaudan, d’où des marchands viennent s’approvisionner, tandis que deux voitures de l’établissement sillonnent en permanence les contrées voisines. La valeur annuelle des produits est estimée à 69 000 livres — à comparer aux 28 240 livres de la verrerie blanche voisine : la bouteille était bien la production la plus lucrative, ce qui explique l’acharnement de Claudius à en fabriquer malgré l’interdiction.

Le nombre de fours à l’origine n’est pas documenté. Une fois le site intégré au complexe Robichon, le four à bouteilles issu de Claudius est l’une des composantes que l’almanach de 1825 recense sous « Robichon frères, verreries à bouteilles ».


Contexte social

Le trait social majeur de la verrerie Claudius est d’avoir été la porte d’entrée de la main-d’œuvre comtoise et serinoise à Rive-de-Gier. En recrutant les Allimand et les Raspiller — familles du réseau franc-comtois passées par Serin —, Claudius amorce l’implantation à Rive-de-Gier de la communauté verrière qui fera la fortune de la ville.

Cette main-d’œuvre est mobile à l’intérieur même du quartier : après avoir travaillé pour Claudius, les Allimand passent dans le four de la Barrière (parcelle 666) que Mathieu Brochier leur amodie, où ils exploitent bientôt en leur nom propre — la « verrerie des frères Alliment » attestée en 1801. De simples souffleurs, ils deviennent « propriétaires verriers » (acte de 1811), avant de fonder à leur tour d’autres établissements (la Roche, la Berthelasse). La verrerie Claudius est ainsi le berceau ouvrier d’une dynastie qui essaimera dans tout le bassin.


Erreurs et incertitudes

Ce que dit la littérature, et ce qu’il faut corriger

  • Pelletier date l’arrivée des Robichon de 1813-1814. Les almanachs du commerce attestent « Robichon frères et comp. » dès 1810 : le rachat de l’ex-verrerie Claudius est donc antérieur d’au moins trois à quatre ans. La date de 1813-1814 correspond en réalité à la fermeture de leur établissement de Pierre-Bénite, que Pelletier confond avec leur installation à Rive-de-Gier.

  • Pelletier nomme la société repreneuse « Eynard-Robichon » (ou « Robichon et Eynard »). C’est erroné : l’orthographe « Eynard » trahit la méconnaissance de la famille Enard ; et la société Enard-Robichon avait cessé d’exister à la fermeture de Pierre-Bénite. À Rive-de-Gier, ce sont les frères Robichon seuls (« Robichon frères et comp. », almanachs).

  • Pelletier écrit la fondation « au-delà de 1780 ». L’acte du 6 septembre 1785 borne désormais la fondation à 1785 ; « 1780 » est un arrondi non sourcé, repris à tort par des publications ultérieures (un article de 1876 situe même Claudius « sous la Restauration », ce qui est absurde ; un bulletin de la Diana de 1988 reprend « 1780 » sans recul).

  • Le canal n’est pas ouvert en 1788 (Pelletier) mais en 1781 (Chambeyron). Cette correction n’est pas anodine : c’est l’ouverture du canal en 1781 qui rend possible l’installation des premières verreries à charbon, et donc la fondation de Claudius en 1785.

Points non résolus

  • L’identité de Claudius. « Jean Antoine Alexis Claudius » est attesté par l’acte de 1785 et par les Archives du Rhône (négociant en 1785, propriétaire de la verrerie en 1788, lieutenant du premier chirurgien en la communauté des perruquiers de Lyon). Mais aucune trace généalogique (Geneanet, Gallica) n’a été retrouvée : ni naissance, ni mariage, ni descendance. Il demeure une figure insaisissable, probablement sans postérité ripagérienne. La « légende du perruquier » (Chambeyron, 1844) est désormais éclairée : Claudius était officier de la corporation des perruquiers, non artisan coiffeur (voir l’Historique).

  • Louis Martin, « directeur de la verrerie de Rive-de-Gier » en 1786 (AD Rhône, 1E/4244). Probablement directeur technique chez Claudius (le négociant-officier n’étant pas verrier de métier), mais le patronyme, trop commun, interdit toute identification ferme. Piste gardée sous réserve.

  • Les soutiens financiers et politiques de Claudius. Guy-Jean Michel nomme « Perret-Johannot » et « Lioras et Cie » comme bailleurs de fonds, et le duc de Coigny comme protecteur. Aucun n’est corroboré par une source indépendante : « Perret-Johannot » renvoie vraisemblablement aux Johannot d’Annonay établis à Lyon, « Lioras et Cie » reste introuvable, et le soutien du duc de Coigny n’est attesté que par Claudius lui-même. À confirmer par les archives notariales ou les fonds de l’Intendance.

  • Le maillon Masuyer. Cité par le seul Pelletier, repris par Chomienne, non retrouvé dans les actes ni les almanachs (donc actif avant 1810). Réalité plausible, patronyme peut-être déformé, dates conjecturales. L’acte notarié de la vente Masuyer → Robichon, s’il existe, le confirmerait.

  • Le statut de « Verrerie royale ». Privilège effectif ou formule de prestige ? Non tranché.

  • La date d’extinction matérielle des fours issus de Claudius, après la cession de 1853 à la Compagnie Générale, est inconnue.


Sources consultées

Les actes d’état civil et paroissiaux (AD Loire) sont la base primaire de cette fiche, complétés par les almanachs du commerce de Rive-de-Gier (1810-1833) pour la chronologie de la reprise Robichon, et par Pelletier (1887) et Chambeyron (1844, via la Société de l’industrie minérale, 1859) pour la tradition du fondateur et le maillon Masuyer. Le détail des cotes et liens figure dans lesources.

Note méthodologique. L’état civil de Rive-de-Gier, particulièrement laconique pour cette période (les officiers omettent presque toujours le nom de la verrerie où exerce un « verrier », ainsi que les domiciles précis), n’a pas permis de documenter la biographie de Claudius ni le maillon Masuyer. La fiche assume ces lacunes plutôt que de les combler par conjecture. Les actes notariaux de Rive-de-Gier (et, à défaut, de Givors ou de Lyon) restent la piste à explorer pour la chaîne de propriété.

Personnages associés

Verriers

Voir toutes les personnes liées →

Sources

etat civil Baptême de Jeanne Raspiller (Claudius parrain, « propriétaire de la Verrerie royale ») — Paroisse de Rive-de-Gier (AD Loire, Rive-de-Gier, BMS 1785-1786, 2NUM9 187_27, vue 26/117) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vta8864498f11dc343f/img:AD04209_1MIEC187X3_00608

6 septembre 1785. Premier acte connu mentionnant un verrier à Rive-de-Gier. Joseph Raspiller « maître souffleur en bouteilles », époux de Marie Allimand ; parrain « Sr. Jean Antoine Alexis Claudius, propriétaire de la Verrerie royale de Rive de Gier » ; marraine Jeanne Brochier, fille de Mathieu Brochier.

etat civil Inhumation de Marguerite Camille Allimand (Tours Allimand « maître verrier à la verrerie royale ») — Paroisse de Rive-de-Gier (AD Loire, Rive-de-Gier, BMS 1785-1786, 2NUM9 187_27, vue 35/117) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vta8864498f11dc343f/img:AD04209_1MIEC187X3_00617

9 décembre 1785. Tours Allimand « maître verrier à la verrerie royale de Rive de Gier », époux de Marie Haas. Présents Joseph Allimand (fils) et Joseph Raspiller (gendre).

etat civil Baptême de Mathieu Allimand (Tours Allimand « conducteur de la verrerie royale ») — Paroisse de Rive-de-Gier (AD Loire, Rive-de-Gier, BMS 1785-1786, 2NUM9 187_27, vue 75/117) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vta8864498f11dc343f/img:AD04209_1MIEC187X3_00657

15 mai 1786. Tours Allimand « conducteur de la verrerie royale de Rive de Gier ». Parrain Mathieu Brochier ; marraine épouse Novallet (bourgeois de Lyon / Dargoire).

etat civil Naissance de Jeanne Marie Barroullier (ouvrier « à la verrerie des frères Alliment ») — Mairie de Rive-de-Gier (AD Loire, Rive-de-Gier, NMD 1801-1802, 2NUM9 187_45, vue 7/95) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vtafb6de5f9a30b7896/img:AD04209_1MIEC187X5_00185

11 novembre 1801. Claude Barroullier « ouvrier à la verrerie des frères Alliment » : atteste l'autonomie des Allimand sur leur propre four (le four Brochier / Barrière, parcelle 666) après leur départ de chez Claudius.

etat civil Décès de Tours Allimand — Mairie de Rive-de-Gier (AD Loire, Rive-de-Gier, NMD 1811, 2NUM9 187_9, vue 198/218) https://archives.loire.fr/ark:/51302/vta4a7be43fca465591/img:AD04212_3E187_009_0199

24 mars 1811. « Tours Allimand propriétaire verrier, originaire de Plancher » (Haute-Saône, et non Jura), 73 ans, déclaré par ses fils Joseph et Maurice Allimand « propriétaires verriers ». Acte signé « Fleurdelix Jn. maire ».

livre Les Verriers dans le Lyonnais et le Forez — Pelletier, Pierre (1887, p. 176 et 198-199) https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5393702h/f230.item

Source du « perruquier de Lyon nommé Claudius », de la fondation « au-delà de 1780 », du maillon Masuyer, et de la chaîne vers Robichon. À utiliser avec réserve (aucune source citée, dates fausses, « Eynard-Robichon » erroné). La tradition du « perruquier » remonte en fait à Chambeyron (1844), antérieur à Pelletier.

livre Recherches historiques sur Rive-de-Gier (cité par le Bulletin de la Société de l'industrie minérale, 1859, p. 448) — Chambeyron, Jean-Baptiste (1844 ; repris en 1859)

Source première de la tradition « un perruquier de Lyon nommé Claudius fonde la première verrerie à Chantegraine ». Donne le canal livré à la navigation en 1781 (et non 1788 comme Pelletier) — date qui éclaire le motif de l'installation de Claudius.

livre L'élection de Saint-Étienne à la fin de l'ancien régime — Galley, Jean-Baptiste (p. 432)

Source du conflit du verre noir : autorisation initiale de Claudius limitée au verre blanc (8 février 1785), fabrication frauduleuse de bouteilles, plainte de Robichon (Givors), interdiction du Conseil supérieur du Commerce (20 décembre 1787), sursis (24 juillet 1788). Donne aussi le statut de Claudius en 1788 (« lieutenant du premier chirurgien en la communauté des perruquiers de Lyon ») et l'Almanach de Lyon de 1789 (seconde verrerie Folletête, « gobelets, bouteilles de cabaret et toute espèce de marchandise en verre blanc »).

livre Histoire de la ville de Rive-de-Gier — Chomienne, Claudius (1912, partie consacrée à Claudius)

Source-mère du récit de la fondation : c'est de Chomienne que dérivent Pelletier et, pour partie, Guy-Jean Michel. Donne le récit du perruquier Claudius, des premiers verriers, des soutiens financiers (Perret-Johannot, Lioras et Cie) et de la protection invoquée du duc de Coigny.

archive Arrêt du Conseil d'État autorisant Claudius à fabriquer du verre blanc (bouffetier et assortiment) — Conseil d'État du Roi (cité par Guy-Jean Michel) (AD Rhône, 1 C 31/96, 8 février 1785)

Arrêt du 8 février 1785 autorisant Claudius à « fabriquer du verre blanc appelé bouffetier et assortiment ». Source primaire de l'autorisation initiale, limitée au verre blanc — fondement du conflit ultérieur sur le verre noir.

archive Conflit Claudius / propriétaires des verreries de Givors et de Rive-de-Gier — Intendance (cité par Guy-Jean Michel) (AD Rhône, 1 C 31/67)

Dossier du conflit opposant Claudius (fabriquant du verre noir en contravention) aux propriétaires des verreries de Givors et de Rive-de-Gier. Source primaire de l'épisode du verre noir.

livre Histoire du département de la Loire pendant la Révolution française (1789-1799) — (état des verreries de Rive-de-Gier en 1788) (section sur les manufactures)

État détaillé de la verrerie Claudius en 1788 : en activité depuis le 14 août 1785 (première fonte) ; un four allumé, un second en construction ; bouteilles noires de toutes espèces ; une fonte toutes les 24-27 heures donnant 2 000 à 2 500 bouteilles ; cent bennes de charbon menu par jour ; entrepôt à Lyon, débouchés dans le Forez, le Velay, le Vivarais, l'Auvergne et le Gévaudan ; produits estimés à 69 000 livres.

archive Claudius, négociant puis propriétaire de la verrerie de Rive-de-Gier — Archives départementales du Rhône, série 1 (1E/3505)

« Claudius (Jean-Antoine-Alexis), négociant (1785) puis propriétaire de la verrerie de Rive-de-Gier (1788). » Établit le statut social réel de Claudius : négociant à la fondation, propriétaire ensuite — et non « perruquier » artisan.

archive Donation en faveur de Louis Martin, directeur de la verrerie de Rive-de-Gier (1786) — Archives départementales du Rhône, série 1 (1E/4244)

Mention d'une donation en faveur de « Martin (Louis), directeur de la verrerie de Rive-de-Gier, 1786 ». Piste à creuser (un directeur technique chez Claudius en 1786 ?), gardée sous réserve : le patronyme, trop commun, rend l'homme difficile à identifier.

archive Conseil de commerce et Bureau du commerce : contestation Claudius / Folletête — Pierre Bonnassieux ; tables par Eugène Lelong (11 mai 1786, p. 442) https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k70630/f514.item

« Contestation entre le Sr Claudius, entrepreneur d'une verrerie de verre à bouteilles à Rive-de-Gier, et le Sr Folletête, qui a établi dans le même lieu une fabrique de verre blanc. Décision en faveur du Sr Folletête. »

autre Almanachs du commerce de Rive-de-Gier (relevés) (éditions 1810-1833)

« Robichon frères et comp. » dès la première édition exploitable (1810). Bornent le rachat de l'ex-verrerie Claudius par Robichon à 1808-1810 au plus tard, contredisant la date de 1813-1814 de Pelletier. En 1825, « Robichon frères » figure en bouteilles, vitres et gobeleterie fine — les trois productions des sites Claudius (643), vitres (656) et Folletête (653).