Verrerie
Verrerie Bourgoin de Firminy
vers 1814 — 1834 (activité certaine) ; propriété Bourgoin jusqu'en 1849
Aussi connue sous : Verrerie I de Firminy (fondateur inconnu) · Verrerie Bourgoin · Compagnie des mines de Firminy (propriété)
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Noms et raisons sociales
Histoire
Résumé
La verrerie de Firminy est l’une des plus précoces et des plus méconnues du bassin stéphanois. Son histoire se déroule en deux phases distinctes correspondant vraisemblablement à deux sites successifs, sous deux propriétaires différents, mais avec une continuité partielle de personnel.
La verrerie I (vers 1814 — vers 1822) est fondée par un entrepreneur inconnu — vraisemblablement un acteur du réseau verrier ripagérien — qui recrute dès mai 1814 des verriers givordins et franc-comtois : Jean-Pierre Criner, son beau-père François Richard, Joseph Stingre/Schtingre. Ces familles logent au bourg faute d’infrastructure résidentielle sur le site. Vers 1820-1822, elles migrent collectivement vers la verrerie de la Montat à Outre-Furens (alors sous la direction de Moussy), emportant avec elles une tradition verrière qui marquera durablement le réseau stéphanois des Crine et des Stingre.
La verrerie Bourgoin (site II, 1823 — 1834) est fondée par Auguste Joachim Claude Bourgoin (1794-1832), négociant parisien, sur un terrain acheté en 1823 à Laurent Chapelon, rue de la Loire. Avec trois fours — un four à vitres et deux fours à bouteilles — c’est un établissement de taille respectable, doté d’une communauté ouvrière givordine bien constituée et d’une infrastructure technique incluant un mécanicien. Auguste Bourgoin meurt à Paris en octobre 1832, et la verrerie est vendue aux enchères le 26 février 1834. Son frère Léon-Théodore, magistrat parisien, conserve la propriété foncière pendant quinze ans de procès avant d’apporter définitivement le site à la Compagnie des mines de Firminy en mai 1849, en échange de 20 actions.
Historique
La verrerie I : une fondation précoce et mystérieuse (vers 1814 — vers 1822)
L’existence d’une verrerie à Firminy dès mai 1814 est attestée par l’acte de mariage de Jean-Pierre Criner le 16 janvier 1815 : lui-même, sa future épouse Marianne Richard, et son beau-père François Richard (verrier, 48 ans) demeurent à Firminy « depuis huit mois » — soit depuis mai 1814. Ce déménagement collectif de familles verrières givordines vers Firminy est caractéristique du mode de recrutement de l’époque : un entrepreneur recrute en bloc plusieurs familles d’un même bassin, leur fournit un logement et un emploi.
Le témoin au mariage Jean Baptiste Mayer (verrier, 30 ans, cousin de l’épouse, demeurant à Rive-de-Gier) confirme l’ancrage de ces familles dans le réseau ripagérien.
En 1815, Joseph Stingre (34 ans) est également ouvrier verrier au bourg de Firminy, avec sa femme Magdeleine Blanc. En 1817, sous le nom de Schtingre, il est toujours présent. Ces verriers de « race » germanique ou franc-comtoise — Criner, Stingre/Schtingre, Stenger — sont des professionnels aguerris typiques de la première industrialisation verrière.
Le fondateur de cet établissement reste inconnu. La procédure est typique d’un entrepreneur verrier régional connaissant parfaitement les bassins de main-d’œuvre et l’intérêt du charbon local. François Dumas — actif dans le réseau verrier stéphanois à la même époque, propriétaire de verreries à Rive-de-Gier, vendeur du tènement de la Montat en 1815 — est un candidat plausible, mais rien ne le prouve à ce stade.
Vers 1820-1822, les verriers quittent Firminy pour la verrerie de la Montat à Outre-Furens. Cette migration collective vers le même établissement suggère une fermeture ou une cession qui libère l’ensemble du personnel en même temps.
La verrerie Bourgoin : apogée et naufrage (1823 — 1834)
En 1823, Auguste Bourgoin achète un terrain à Laurent Chapelon, rue de la Loire, et y établit une verrerie de trois fours. L’achat d’un terrain neuf — plutôt qu’une reprise du site existant — confirme qu’il s’agit d’un établissement distinct de la verrerie I.
Auguste est le fils de Claude Marcel Bourgoin (2 octobre 1757, Jussey, Haute-Saône — 28 mars 1844, Paris), homme de loi devenu marchand de bois en 1813, et de Catherine Françoise Charlet. Originaire de Haute-Saône — région frontalière de la Franche-Comté verrière — Claude Marcel a peut-être des connexions préexistantes avec l’industrie du verre. En 1813, sa reconversion comme marchand de bois précède d’un an la fondation de la verrerie I : peut-être était-il déjà fournisseur ou bailleur de fonds de l’établissement antérieur.
L’année 1828 livre une documentation exceptionnelle sur la verrerie Bourgoin. Le mariage de Louis Delorme et Marie Badin le 1er janvier 1828 réunit quatre témoins qui « demeurent tous ensemble à la verrerie de Monsieur Bourgoin » et dont les qualifications révèlent toute la chaîne de production : Denis Rossigneux (forgeur, 53 ans), André Pacaly (ouvrier en bouteilles, 31 ans), Nicolas Cailly (composeur verrier, 46 ans), Michel Pierry (tiseur, 32 ans). La présence d’un mécanicien — Philibert Devigne, 26 ans — signale une infrastructure technique dépassant le simple atelier artisanal.
Le personnel est majoritairement givordins : les Delorme, les Badin, les Thevenin (Gilbert, Pierre, Joseph, Claude — tous natifs de Givors), les Bonnaud, les Meunier. La famille Topenot, venue d’Épinac (Saône-et-Loire), représente le recrutement dans d’autres bassins verriers. Les épouses — Chollet, Condamin, Marcy, Giraudon, Badin — sont souvent des filles de verriers elles-mêmes.
En juin 1825, une rixe dans un cabaret du bourg oppose des verriers de la Bourgoin — Claude Claudinon et Pierre Ollagnier dit Le Blanc — à des maçons creusois. Le verdict tombe en 1826 : condamnation à mort par contumace pour Claudinon, peine commuée en travaux forcés lors de son arrestation en 1840, départ pour le bagne de Toulon.
Auguste Bourgoin meurt à Paris le 4 octobre 1832, à 38 ans, laissant des dettes considérables dont 86 actions de la Compagnie des mines de Firminy disputées avec la famille Charlet. La verrerie, privée de son maître, décline rapidement. Le 26 février 1834, le tribunal de première instance de la Seine organise la vente forcée du mobilier et des matières premières.
Longue agonie juridique (1834 — 1849)
La propriété foncière reste entre les mains de Léon-Théodore Bourgoin (frère d’Auguste), substitut puis procureur du Roi à Joigny. Pendant quinze ans, il mène une bataille judiciaire contre M. Charlet pour récupérer les 86 actions minières — bataille qu’il perd devant la Cour royale de Paris en août 1845.
Les almanachs de 1835 et 1847 mentionnent encore la verrerie Bourgoin, mais ces citations correspondent probablement à la propriété du site plutôt qu’à une activité réelle. L’absence de verriers dans les actes d’état civil de Firminy après 1830 suggère que la production a cessé avec la mort d’Auguste en 1832 ou la vente forcée de 1834.
En mai 1849, Léon-Théodore apporte définitivement le site à la Compagnie des mines de Firminy contre 20 actions. La Compagnie y installe ses écuries. L’EHPAD « La Verrerie » occupe aujourd’hui l’emplacement.
Situation géographique
Localisation
Verrerie I : site inconnu, probablement dans le bourg ou en périphérie immédiate. À localiser dans le cadastre napoléonien de Firminy (AD42).
Verrerie Bourgoin : rue de la Loire, Firminy, « tout en bas de la rue », sur le terrain acheté à Laurent Chapelon en 1823. Site identifié à l’emplacement de l’actuel EHPAD « La Verrerie », rue de la Loire.
Sources cadastrales
Le plan cadastral de Firminy de 1829 (AD42, cote 1678VT4_28, tableau d’assemblage au 1:10 000) représente clairement le lieu-dit “les Verreries” au nord-ouest du bourg, sur la rive gauche de l’Ondaine. Plusieurs corps de bâtiments en dur y sont figurés, cohérents avec un établissement de trois fours. Les lieux-dits voisins, “la Tour” et “la Craux”, permettront d’affiner la localisation parcellaire dans les sections cadastrales détaillées.
La position est parfaitement cohérente avec la description de l’article du Progrès (« tout en bas de la rue de la Loire ») et avec l’emplacement de l’actuel EHPAD « La Verrerie ». Elle confirme aussi la distance par rapport au bourg qui explique pourquoi les verriers vivaient en communauté sur place plutôt que de se mêler aux cloutiers du centre-ville.
État actuel
Aucun vestige identifié. L’EHPAD « La Verrerie » perpétue le toponyme mais aucune structure ancienne n’a été signalée.
Personnages liés
Auguste Joachim Claude Bourgoin (5 août 1794, Paris — 4 octobre 1832, Paris) — fondateur et exploitant de la verrerie Bourgoin. Négociant parisien, fils de Claude Marcel Bourgoin et Catherine Françoise Charlet. Investit dans la verrerie et les mines de Firminy. Meurt à 38 ans en laissant ses affaires embrouillées.
Léon-Théodore Bourgoin — frère d’Auguste, magistrat. Substitut puis procureur du Roi à Joigny (1836-1848), président du tribunal civil de Corbeil (1854-1869). Hérite du passif de la verrerie et règle les affaires jusqu’à l’apport définitif à la Compagnie des mines en 1849. Demeure rue du Regard n°5 à Paris.
Claude Marcel Bourgoin (2 octobre 1757, Jussey, Haute-Saône — 28 mars 1844, Paris) — père d’Auguste et Léon-Théodore. Homme de loi (1792), juge de paix (1795-1801), marchand de bois (1813), inspecteur puis directeur des postes de la Chambre des députés. Originaire de Haute-Saône, région frontalière de la Franche-Comté verrière. Sa reconversion en marchand de bois en 1813, un an avant la fondation de la verrerie I, est peut-être significative.
Jean-Pierre Criner (13 janvier 1792, Givors — 31 janvier 1841, Lyon) — ouvrier verrier à la verrerie I de Firminy de mai 1814 à vers 1822. Épouse Marianne Richard le 16 janvier 1815 à Firminy. Père de la fratrie Criner/Crine qui fondera la verrerie du Mont-Bellevue à Saint-Étienne en 1854 et la verrerie de la Freydière à Givors en 1857. Sa présence à Outre-Furens dès 1822 (naissance de son fils Jean-Pierre) confirme la migration vers la verrerie de Moussy après le départ de Firminy.
François Richard — verrier, 48 ans en 1815, beau-père de Jean-Pierre Criner. Présent à Firminy depuis mai 1814 avec sa famille. Père de Marianne Richard épouse Criner.
Joseph Stingre/Schtingre — ouvrier verrier, 34 ans en 1815, demeurant au bourg de Firminy. Époux de Magdeleine Blanc. Présent à la verrerie I de 1815 à 1817 au moins. Famille Stingre/Stenger retrouvée à la verrerie de la Montat à Saint-Étienne dans les années 1820-1860.
Denis Rossigneux — forgeur, 53 ans en 1828, demeurant à la verrerie Bourgoin.
André Pacaly — ouvrier en bouteilles, 31 ans en 1828, demeurant à la verrerie Bourgoin.
Nicolas Cailly — composeur verrier, 46 ans en 1828, demeurant à la verrerie Bourgoin. Le composeur prépare les mélanges de matières premières — poste technique clé.
Michel Pierry — tiseur, 32 ans en 1828, demeurant à la verrerie Bourgoin. Le tiseur alimente et surveille les fours.
Philibert Devigne — mécanicien, 26 ans en 1828, demeurant « alentour » de la verrerie. Sa présence signale une infrastructure technique dépassant le simple atelier artisanal.
Gilbert Thevenin (né vers 1777) — verrier, 51 ans en 1828. Fils Claude natif de Givors (décédé 1828). Famille Thevenin givordine présente à la verrerie depuis au moins une génération.
Lazare Topenot (6 septembre 1781, Épinac, Saône-et-Loire — 18 décembre 1828, Firminy) — verrier, 47 ans. Fils d’André Topenot et Anne Piretty. Époux en secondes noces de Françoise Chatard. Avait épousé en premières noces Marianne Jameton le 11 février 1804 à Rive-de-Gier. Natif d’Épinac — verreries Moser — présence à Rive-de-Gier avant Firminy. Son fils Jacques Topenot (22 ans en 1828) est également verrier à Firminy.
Louis Delorme — ouvrier verrier, 23 ans en 1828, à Firminy depuis cinq mois. Fils de Jean Baptiste Delorme, maître fondeur de verre à Givors. Époux de Marie Badin.
Gabriel Badin — fondeur de verre à vitre, beau-père de Louis Delorme. Famille givordine spécialisée dans le verre à plat, cohérent avec le four à vitres de la verrerie Bourgoin.
Blaise Maurin (né le 24 avril 1820 à Firminy) — fils de Pierre Maurin, boulanger, et Françoise Chapelon (vraisemblablement fille ou proche de Laurent Chapelon, vendeur du terrain à Bourgoin en 1823). Devient verrier à Rive-de-Gier — illustrant comment la proximité avec la communauté ouvrière de la verrerie Bourgoin peut susciter des vocations dans la génération suivante.
Éléments techniques
Verrerie I : production inconnue. Probablement du verre à vitres ou des bouteilles, compte tenu du profil des ouvriers recrutés à Rive-de-Gier.
Verrerie Bourgoin : trois fours selon l’almanach de 1835 — un four à vitres et deux fours à bouteilles. La double spécialisation est confirmée par les qualifications du personnel : Gabriel Badin (fondeur de verre à vitre), André Pacaly (ouvrier en bouteilles). La présence d’un composeur (Nicolas Cailly) et d’un mécanicien (Philibert Devigne) signale un niveau technique soigné.
Contexte social
La communauté ouvrière de la verrerie Bourgoin forme un groupe compact et cohérent, logé collectivement « à la verrerie », distinct du bourg des cloutiers. Firminy en 1828 est une ville de cloutiers — cette industrie proto-industrielle représente environ 70% des actes d’état civil — et les verriers y constituent une enclave étrangère, recrutée à Givors, avec ses propres réseaux familiaux et professionnels.
Les deux cloutiers Modeste Perron (60 ans) et Imbert Perrin (39 ans) jouent le rôle de témoins « professionnels » pour la communauté verrière dans la quasi-totalité des actes — ils constituent le pont entre les deux mondes.
L’année 1828 est remarquablement fertile en actes liés à la verrerie — mariages, naissances, décès — témoignant d’une communauté jeune et active. La rixe de 1825 révèle des tensions entre verriers « appelous » (givordins) et maçons creusois, tensions typiques des migrations ouvrières de l’époque.
Erreurs et incertitudes
Ce que dit la littérature, et ce qu’il faut corriger
L’article du Progrès (Jean Vigouroux, 2022) indique que le terrain a été « acheté en 1823 à Laurent Chapelon » et que la verrerie “fonctionnera jusqu’en 1834”. Ces informations sont confirmées par les sources primaires. Cependant, l’article ne mentionne pas la verrerie I antérieure à 1823, qui constitue pourtant un établissement distinct.
Les almanachs de 1835 et 1847 citent encore la verrerie Bourgoin, mais ces mentions correspondent probablement à la propriété foncière plutôt qu’à une activité réelle après 1834.
Points non résolus
- Le fondateur de la verrerie I (avant 1823) : identité inconnue. François Dumas est un candidat hypothétique mais non documenté. Les minutes notariales de Firminy et Rive-de-Gier pour 1810-1822 (AD42) permettraient peut-être de l’identifier.
- Le site exact de la verrerie I : à localiser dans le cadastre napoléonien de Firminy (AD42). Pourquoi les verriers logeaient-ils au bourg en 1815-1817 alors qu’ils habitaient « à la verrerie » en 1828 ? Changement de site en 1823 ou construction de logements ouvriers par Bourgoin sur le terrain Chapelon ?
- La date exacte de fondation de la verrerie I : mai 1814 est une borne basse certaine. La borne haute est inconnue — la verrerie pourrait remonter à l’Empire (1810-1812) si Claude Marcel Bourgoin est impliqué dès le début, ou même avant.
- L’activité réelle post-1834 : les matrices cadastrales (AD42) permettraient de déterminer si la verrerie est déclarée « en activité » ou “à l’abandon” après 1834.
- Le lien entre Claude Marcel Bourgoin (marchand de bois, 1813) et la verrerie I : coïncidence ou implication directe dans la fondation ? À rechercher dans les minutes notariales de Paris et de Firminy.
- L’identité de M. Charlet dans l’affaire judiciaire : parent de Catherine Françoise Charlet (mère des Bourgoin) ? Un acte d’état civil ou notarial parisien permettrait de préciser le lien.
- La date exacte de fermeture effective : entre la mort d’Auguste (octobre 1832) et la vente forcée (février 1834). La verrerie fonctionnait-elle encore en 1833 ?
Personnages associés
Aucune personne liée n'a été trouvée pour cette verrerie.
Voir toutes les personnes liées →Sources
Jean-Pierre Crine, verrier, né le 13 janvier 1792 à Givors, épouse Marianne Richard, née le 12 août 1796 à Fours (Nièvre). L'époux, l'épouse et ses parents demeurent à Firminy depuis huit mois — soit depuis mai 1814. Le père de l'épouse, François Richard, est verrier, âgé de 48 ans, demeurant à Firminy. Témoin notable : Jean Baptiste Mayer, verrier, 30 ans, cousin de l'épouse, demeurant à Rive-de-Gier. Père de l'époux : Nicolas Crine, verrier, décédé le 29 frimaire an XIII à Rive-de-Gier. Première attestation documentée d'une activité verrière à Firminy.
Joseph Stingre, verrier, 34 ans, demeurant au bourg de Firminy. Époux de Magdeleine Blanc. Fille Marie. Famille Stingre/Schtingre/Stenger présente à Firminy dès 1815 — les mêmes qu'on retrouvera à la verrerie de la Montat à Saint-Étienne dans les années 1820-1860.
Joseph Schtingre, ouvrier verrier, 33 ans, demeurant au bourg de Firminy. En 1817, les verriers logent encore au bourg — absence de logements sur le site verrier, ce qui suggère un établissement de première phase sans infrastructure résidentielle. La famille Schtingre quitte Firminy vers 1820-1822 pour la verrerie de la Montat à Outre-Furens.
Document exceptionnel livrant une photographie complète de l'équipe de la verrerie Bourgoin. Louis Delorme, ouvrier verrier, 23 ans, à Firminy depuis cinq mois, fils de Jean Baptiste Delorme, maître fondeur de verre à Givors. Marie Badin, 20 ans, fille de Gabriel Badin, fondeur de verre à vitre. Quatre témoins tous domiciliés « à la verrerie de Monsieur Bourgoin » : Denis Rossigneux (forgeur, 53 ans), André Pacaly (ouvrier en bouteilles, 31 ans), Nicolas Cailly (composeur verrier, 46 ans), Michel Pierry (tiseur, 32 ans). Personnel givordins dominant.
Gilbert Thevenin, verrier, 51 ans, demeurant à la verrerie du Sr Bourgoin, déclare la naissance de son petit-fils Henry, fils de Pierre Thevenin et Marie Chollet. Famille Thevenin : Gilbert (51 ans), Pierre (fils), Joseph (22 ans, frère de Pierre), Claude (10 ans, fils de Gilbert, né à Givors — décédé en octobre 1828). Famille givordine installée depuis au moins une génération.
Louis Bonnaud, ouvrier verrier, 33 ans, « demeurant à la verrerie Bourgoin, sis à Firminy » — première attestation nominative de la verrerie Bourgoin dans les actes d'état civil. Époux de Marguerite Marcy. Note marginale du maire Petit : « la verrerie / Bonnaud Louis ».
Fleury Meunier, verrier, 26 ans, demeurant à la verrerie. Époux d'Étiennette Chollet. Témoin notable : Philibert Devigne, mécanicien, 26 ans, demeurant alentour — présence d'un mécanicien suggérant une infrastructure technique dépassant le simple atelier artisanal.
Louis Delorme, ouvrier verrier, 24 ans, demeurant à la verrerie. Sa main droite est atteinte d'une infirmité — il sait signer mais ne le peut pas. Détail humain frappant pour un souffleur de verre dont le travail manuel est l'outil essentiel.
Claude Thevenin, 10 ans, natif de Givors, fils de Gilbert Thevenin et Françoise Bardet, décédé au domicile de son frère Joseph (22 ans, ouvrier verrier). Confirme l'origine givordine de la famille Thevenin.
Claude Ferlet, 15 mois, fils de Pierre Ferlet, verrier, et Louise Condamin. Pierre Ferlet demeure faubourg de Firminy.
Lazare Topenot, verrier, 47 ans, natif d'Épinac (Saône-et-Loire), né le 6 septembre 1781, fils d'André Topenot et Anne Piretty, époux en secondes noces de Françoise Chatard. Décédé au lieu de la verrerie. Son fils Jacques Topenot (22 ans, verrier) déclare le décès et signe « Taupenot ». Lazare Topenot avait épousé en premières noces Marianne Jameton le 21 pluviôse an XII (11 février 1804) à Rive-de-Gier. Présence d'un verrier d'Épinac (Saône-et-Loire) confirme le recrutement dans plusieurs bassins verriers.
Plan cadastral au 1:10 000, levé vers 1829. Indique clairement le lieu-dit « les Verreries » au nord-ouest du bourg de Firminy, sur la rive gauche de l'Ondaine, à quelques centaines de mètres du centre. Plusieurs corps de bâtiments en dur sont représentés, cohérents avec un établissement de trois fours. Lieux-dits voisins : « la Tour » et « la Craux ». La position correspond à la rue de la Loire mentionnée dans l'article du Progrès (Jean Vigouroux, 2022) et à l'emplacement actuel de l'EHPAD « La Verrerie ». Première source cartographique confirmant la localisation de la verrerie Bourgoin.
Section A2 dite « La Chaux », levée vers 1829. Le complexe verrier est clairement identifiable autour des parcelles 606, 610 et leurs subdivisions (600, 601, 605, 608, 609), en bordure du chemin de la Loire. Plusieurs corps de bâtiments en dur disposés autour d'une cour — configuration cohérente avec un établissement de trois fours. Distance au bourg : environ 500-600 mètres. Les états de section (à consulter aux AD42) permettront de confirmer Auguste Bourgoin comme propriétaire et de dater l'acquisition de 1823.
1835 : « Bourgoin, Firminy — verrerie à vitres (1 four) et à bouteilles (2 fours). » Également mentionnée dans les almanachs de 1847. Ces mentions peuvent correspondre à la propriété du site par les Bourgoin plutôt qu'à une activité réelle post-1834.
2 août 1845. Arrêt de la Cour royale de Paris (3e chambre) déboutant Léon-Théodore Bourgoin de ses prétentions sur les 86 actions de la Compagnie des mines de Firminy transférées par son frère Auguste à M. Charlet (vraisemblablement un parent de leur mère Catherine Françoise Charlet). Révèle la famille Bourgoin : père Claude Marcel Bourgoin (2 octobre 1757, Jussey, Haute-Saône — 28 mars 1844, Paris), homme de loi, juge de paix, marchand de bois, inspecteur puis directeur des postes de la Chambre des députés ; Auguste Joachim Claude Bourgoin (5 août 1794, Paris — 4 octobre 1832, Paris), négociant, fondateur de la verrerie ; Léon-Théodore Bourgoin, frère d'Auguste, substitut puis procureur du Roi à Joigny (1836-1848), président du tribunal civil de Corbeil (1854-1869).
22 juin 1849 : dépôt au greffe du tribunal civil de Saint-Étienne d'un acte reçu par Me Saint-Alban Billon du Rousset et son collègue, notaires à Paris, les 11 et 12 mai 1849. Léon-Théodore Bourgoin, « ancien magistrat, demeurant à Paris, rue du Regard n°5 », apporte la verrerie à la Compagnie des mines de Firminy. Le fonds social est divisé en 920 actions : 900 pour les anciens propriétaires des mines, 20 pour Bourgoin.
Adjudication définitive le mercredi 26 février 1834, audience des criées du tribunal de première instance de la Seine, d'une usine dite « Verrerie de Firminy », sise commune de Firminy, arrondissement de Saint-Étienne (Loire), avec tout le mobilier servant à son exploitation et les matières premières. S'adresser à Paris à Me Vigier, avoué, et à Firminy à Me Delaroa. La procédure parisienne confirme que Bourgoin était domicilié à Paris.
Article de Jean Vigouroux (16 avril 2022) relatant une rixe mortelle du 29 juin 1825 au cabaret de Mathieu Fleuret dit Labelie à Firminy, impliquant des ouvriers de la verrerie Bourgoin : Claude Claudinon et Pierre Ollagnier dit Le Blanc ou l'Empereur. Note de bas de page capitale : « La verrerie Bourgoin, du nom de son propriétaire, était installée tout en bas de la rue de la Loire sur un terrain acheté en 1823 à Laurent Chapelon. Elle fonctionnera jusqu'en 1834, date à laquelle la Compagnie des Mines de Roche-la-Molière et Firminy la rachètera pour y installer les écuries de la Mine (emplacement actuel de la maison de retraite). »