Verrerie

Verrerie de Bligny

1778 — 1880

Aussi connue sous : Verrerie du marquis de Sauveboeuf · Verrerie du marquis de Dampierre

Disparue — sans vestiges

Noms et raisons sociales

Verrerie du marquis de Sauveboeuf
Nom d'usage 1778 — vers 1820
Verrerie du marquis de Dampierre
Nom d'usage vers 1820 — 1880

Histoire

Résumé

La verrerie de Bligny est l’une des rares verreries champenoises fondées sous l’Ancien Régime à avoir survécu jusqu’à la fin du XIXe siècle. Établie en 1778 — ouverture effective vers 1784 — à l’initiative du marquis de Sauveboeuf, elle doit son existence aux vastes forêts appartenant à sa femme née Dinteville : 1 600 arpents de bois pour alimenter les fours, dans la tradition des verreries forestières d’Ancien Régime. Elle produit des bouteilles, puis s’oriente vers la gobeleterie au fil du siècle.

Pendant près d’un siècle, la verrerie de Bligny est le berceau d’une remarquable constellation de familles verrières champenoises — Guébourg, Brûlé, Effler, Valck — qui y naissent, se marient et travaillent de génération en génération. Ce réseau endogame, où l’on épouse régulièrement son cousin ou sa cousine de métier, constitue une véritable colonie verrière au sein du petit village de l’Aube. Dans les années 1860, une partie de ces familles émigre vers la région stéphanoise, fondant ou rejoignant la verrerie de la Ricamarie, puis la rue Tréfilerie à Saint-Étienne.

La verrerie succombe à deux faillites (1875 et 1879) et aux coûts prohibitifs du transport de la houille, auxquels elle s’est convertie après 1875. Le chemin de fer ne passant pas par Bligny mais par Bar-sur-Aube, le marquis de Dampierre décide le transfert de l’établissement à Bar-sur-Seine, où la nouvelle verrerie-cristallerie ouvre en 1881. La verrerie de Bligny ferme définitivement en 1880, après un siècle d’existence.


Historique

Fondation sous l’Ancien Régime (1778 — 1784)

Le marquis de Sauveboeuf obtient en 1778 l’autorisation d’établir une verrerie à Bligny pour y fabriquer des bouteilles. L’atout décisif est le patrimoine forestier de sa femme, née Dinteville : 1 600 arpents de bois garantissent l’approvisionnement en combustible, condition sine qua non de toute verrerie à l’époque. L’ouverture effective est attestée en 1784. Les cahiers de doléances de 1789 font état du mécontentement des habitants quant à la hausse du prix du bois — signe que la verrerie pèse déjà lourdement sur les ressources locales.

Un siècle de verrerie champenoise (1784 — 1875)

La verrerie passe sous la propriété du marquis de Dampierre, qui habite le château du lieu. Pendant la majeure partie du XIXe siècle, l’établissement fonctionne grâce à une main-d’œuvre quasi-exclusivement recrutée dans un réseau de familles verrières endogames — les Guébourg originaires d’Allamps (Meurthe), les Brûlé, les Effler venus de Hennezel (Vosges), les Valck d’Aprey (Haute-Marne). Ces familles se marient entre elles à Bligny depuis plusieurs générations, constituant une véritable colonie de spécialistes du verre soufflé.

Dans les années 1860, une partie de ces familles émigre vers le bassin industriel stéphanois. Les Guébourg (Balthazard Aimé et ses enfants), les Brûlé (François-Jules et sa famille), les Effler s’installent à la verrerie de la Ricamarie, où le recensement de 1866 les retrouve en bloc — une trentaine de personnes, huit ménages, tous logés à la même adresse. D’autres restent à Bligny jusqu’à la fermeture.

Faillites et transfert (1875 — 1880)

La conversion à la houille après 1875 aggrave la situation financière : sans accès ferroviaire direct, les coûts de transport du charbon sont prohibitifs. Deux faillites successives, en 1875 et 1879, fragilisent l’établissement. En 1871, le marquis de Dampierre perd son fils, tué au front pendant la guerre franco-prussienne. Ces circonstances conjuguées conduisent à la décision de transférer la verrerie à Bar-sur-Seine, ville desservie par le rail.

La verrerie de Bligny ferme en 1880. La nouvelle verrerie-cristallerie de Bar-sur-Seine, financée par le banquier barséquanais Édouard Brocard, est achevée en 1881 — avec école privée, coopérative, société de musique et cité ouvrière pour accueillir les ouvriers transférés.


Situation géographique

Localisation

Bligny est une commune de l’Aube (arrondissement de Bar-sur-Aube), aujourd’hui peuplée de 161 habitants, traversée par le Landion, affluent de l’Aube. Le lieu-dit « la Verrerie » est visible sur le cadastre de 1825 et correspond au site de l’établissement, en bordure du Landion. Le village est situé à une altitude de 242 m, dans un paysage bocager et boisé.

État actuel

Les bâtiments de l’ancienne verrerie sont encore visibles sur des cartes postales du début du XXe siècle, après la fermeture. Le site a depuis été démoli ou reconverti. Aucun vestige industriel identifiable ne subsiste à ce jour.

Carte(s) du site

À venir.


Personnages liés

  • Marquis de Sauveboeuf — fondateur de la verrerie en 1778, grâce aux forêts de sa femme née Dinteville. Biographie non documentée à ce stade.
  • Marquis de Dampierre — propriétaire de la verrerie et du château de Bligny pendant la majeure partie du XIXe siècle. Perd son fils en 1871. Décide le transfert à Bar-sur-Seine face aux difficultés financières des années 1870.
  • Melchior Guébourg (30 septembre 1802, Allamps — 18 août 1880, Bligny) — verrier, marié à Bligny le 26 novembre 1827 avec Marie Reine Valck (née à Bligny le 29 mai 1808). Père de Zéphirin Guébourg (1830-1883), présent à la Ricamarie en 1866. Décède à Bligny l’année même du transfert à Bar-sur-Seine.
  • Balthazard Aimé Guébourg (7 septembre 1812, Bligny — 6 janvier 1880, Saint-Étienne) — frère de Melchior. Émigre vers la Ricamarie dans les années 1860 avec toute sa famille. Voir fiche verrerie-la-ricamarie.
  • Adèle Guébourg (4 mars 1818, Bligny — 10 août 1902, Sceaux) — sœur de Melchior et Balthazard Aimé. Épouse François-Jules Brûlé à Bligny le 24 juillet 1837.
  • Gaspard Samuel Guébourg (26 janvier 1804, Allamps) — frère de Melchior, Balthazard Aimé et Adèle. Marié à Bligny le 30 novembre 1826 avec Anne Barbier, fille d’un meunier. Semble être resté dans la région champenoise.
  • François-Jules Brûlé (16 juin 1811, Bligny — vers 1883, Bordeaux) — maître verrier, époux d’Adèle Guébourg. Émigre vers la Ricamarie. Voir fiche verrerie-la-ricamarie.
  • Benjamin Effler (7 novembre 1796, Hennezel — 12 août 1851, Bligny) — verrier originaire de Hennezel (Vosges), marié à Bligny le 26 avril 1824 avec Marie Marguerite Guébourg (sœur de Melchior et Balthazard Aimé). Père de Zélie Effler et Eugène Effler, tous deux présents à la Ricamarie en 1866.

Éléments techniques

La verrerie est fondée pour la production de bouteilles, utilisant initialement le bois des forêts de la famille fondatrice comme combustible. Elle se convertit à la houille après 1875 — conversion tardive qui aggrave ses difficultés en raison de l’absence de desserte ferroviaire directe.

La production évolue vers la gobeleterie au cours du XIXe siècle, spécialité que les familles Guébourg, Brûlé et Effler emporteront avec elles à la Ricamarie puis à Saint-Étienne. La verrerie successeur de Bar-sur-Seine produira des verres décorés (services à bière, liqueurs, vins fins, vases) — une gamme plus sophistiquée que la bouteillerie d’origine.


Contexte social

La verrerie de Bligny est le berceau d’une communauté verrière d’une cohésion exceptionnelle. Les familles Guébourg (originaires d’Allamps en Meurthe-et-Moselle), Effler (de Hennezel dans les Vosges) et Valck (d’Aprey en Haute-Marne) convergent vers Bligny au début du XIXe siècle et y forment, sur plusieurs générations, un réseau matrimonial très fermé.

La fratrie Guébourg illustre parfaitement cette endogamie : Melchior épouse une Valck, Balthazard Aimé épouse une Valck (cousine de la précédente), leur sœur Marie Marguerite épouse un Effler, et leur sœur Adèle épouse un Brûlé. La génération suivante pousse la logique plus loin encore : Zélie Effler (fille de Benjamin Effler et Marie Marguerite Guébourg) épouse Zéphirin Guébourg (fils de Melchior) — soit son cousin germain.

Ce réseau, caractéristique des dynasties verrières européennes depuis le Moyen Âge, assure la transmission des savoir-faire et la cohésion des équipes lors des migrations. Quand une partie du groupe part vers la Ricamarie dans les années 1860, c’est une colonie constituée qui se déplace — non des individus isolés.


Erreurs et incertitudes

Points non résolus

  • Date d’ouverture exacte : l’autorisation est de 1778, mais l’ouverture effective est parfois citée comme 1784. Ces deux dates peuvent désigner des moments différents (autorisation / premier four allumé). Les AD Aube (série M, statistique industrielle) permettraient de préciser.
  • Propriétaires intermédiaires : la transition entre les Sauveboeuf et les Dampierre n’est pas documentée. Quand et comment le marquis de Dampierre a-t-il acquis la verrerie ?
  • Production détaillée : la gamme de production au fil du XIXe siècle — bouteilles, gobeleterie, autre ? — reste à préciser par les sources primaires (AD Aube).
  • Conditions du transfert à Bar-sur-Seine : le rôle exact du marquis de Dampierre dans la décision de transfert, et les modalités de reprise par Édouard Brocard, mériteraient approfondissement. Le site de l’Inventaire général est la source la plus détaillée disponible à ce jour.
  • Familles restées à Bligny : toutes les familles verrières n’ont pas émigré. Certains sont restés jusqu’à la fermeture de 1880, puis ont peut-être suivi le transfert à Bar-sur-Seine. Gaspard Samuel Guébourg et sa descendance, notamment, sont peu documentés.

Notes

Personnages associés

Aucune personne liée n'a été trouvée pour cette verrerie.

Voir toutes les personnes liées →

Sources

article Wikipedia — Bligny (Aube) https://fr.wikipedia.org/wiki/Bligny_(Aube)

Mentionne l'autorisation obtenue par le marquis de Sauveboeuf en 1778 pour établir une verrerie à bouteilles, grâce aux bois de sa femme née Dinteville.

article Inventaire général du patrimoine culturel — Verrerie de Bar-sur-Seine https://inventaire-chalons.grandest.fr/gertrude-diffusion/dossier/verrerie-dite-societe-des-verreries-et-cristalleries-de-bar-sur-seine-puis-usine-de-verres-optiques-puis-usine-de-chaudronnerie/a4015b43-4932-423c-9e08-7e423630ecbe

Notice sur la verrerie de Bar-sur-Seine, successeur de la verrerie de Bligny. Indique que la verrerie de Bligny est ouverte en 1784, transférée à Bar-sur-Seine en 1880, et que la nouvelle construction est achevée en 1881. Mentionne les faillites de 1875 et 1879 et la conversion à la houille.

livre Verre et verreries en Champagne-Ardenne — Fierobe, Nicole

Langres : D. Guéniot, 1989, 48 p. Référence de base sur les verreries champenoises. Non consulté directement.

livre Les hommes du verre. Verriers et maîtres verriers d'hier et d'aujourd'hui — Collectif

Troyes : Maison de l'outil et de la pensée ouvrière, 1994, 84 p. Non consulté directement.

etat civil Recensement de La Ricamarie, 1866 (AD42, La Ricamarie, recensement 1866)

Indirectement : les familles Guébourg, Brûlé, Effler et Valck, toutes originaires de Bligny (Aube), sont présentes en bloc à la verrerie de la Ricamarie en 1866. Leurs actes d'état civil (mariages, naissances, décès) sont systématiquement établis à Bligny jusqu'aux années 1860, confirmant leur attachement à cette verrerie d'origine.