Verrerie
Verrerie Berlier
1821 — vers 1933
Aussi connue sous : Berlier et Bonnard · Berlier père et fils · Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône · Verreries de la Loire, Hervier frères · Verreries Générales de la Loire — P. Revol et Hervier · Société Anonyme des Verreries Générales de la Loire
Disparue — sans vestigesNoms et raisons sociales
Histoire
Résumé
La verrerie Berlier est l’une des plus longues histoires verrières de Rive-de-Gier : fondée en 1821 sur les bords du Gier au lieu de la Fournatte, elle traverse cent douze ans sous des raisons sociales successives avant de s’éteindre vers 1933 — traversant la monarchie de Juillet, le Second Empire, la Commune, la Belle Époque, la Grande Guerre et les Années Folles.
Elle naît de l’ambition tranquille d’un négociant ripagérien, Jean-Claude Berlier, qui achète méthodiquement ses terrains entre 1812 et 1821 avant d’y établir une verrerie en association avec les frères Bonnard. Trois générations de Berlier l’exploitent jusqu’en 1853, date à laquelle elle intègre la Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône. Après la liquidation de celle-ci, l’usine connaît une renaissance sous les frères Hervier, venus de la Ricamarie, puis sous Revol et Hervier, qui lui donnent son nom définitif : Verreries Générales de la Loire.
C’est dans cette dernière période que les archives de presse révèlent le visage humain de l’usine : Anna Richet, 27 ans, fletteuse, qui perd son cuir chevelu dans le graisseur d’une meule en 1898 ; Félice Chiarabaglio, 16 ans, porteur, qui reçoit la canne d’un souffleur dans l’œil en 1900 ; les grèves longues de 1913 et 1919. La modernité industrielle a ses splendeurs et ses violences.
Historique
Les acquisitions foncières de Jean-Claude Berlier (1812 — 1821)
Avant même de fonder sa verrerie, Jean-Claude Berlier, négociant à Rive-de-Gier, constitue patiemment son foncier. En août 1812, il acquiert aux enchères, à la suite d’une expropriation, un tènement de bâtiments, cour et jardin situé à l’orient de la ville, en bordure du Gier — bien ayant appartenu à Pierre Maigre, extracteur de charbon. En octobre 1814 et février 1815, il rachète à Étienne Meunier et Antoine Meunier deux magasins au lieu des Apréaux. Enfin, le 25 février 1821, il acquiert conjointement avec MM. Benoît et Antoine Bonnard deux parties de terre au lieu de la Fournatte — c’est sur ce terrain que sera bâtie la verrerie.
La progression est méthodique : d’abord des magasins, peut-être pour le commerce de gros sel signalé dans les annuaires dès 1822, puis le foncier nécessaire à l’usine elle-même.
Berlier et Bonnard : la fondation (1821 — 1834)
La société Berlier et Bonnard exploite la verrerie de la Fournatte à partir de 1821. Les premiers annuaires la mentionnent sous « Berlier » dès 1823, puis sous « Berlier et Bonnard » de 1825 à 1833. En janvier 1834, les frères Bonnard cèdent leur moitié de l’usine aux Berlier. La société est dissoute, et l’usine passe entièrement dans la famille Berlier.
Berlier père et fils : l’apogée familiale (1834 — 1853)
Sous la raison sociale Berlier père et fils, l’usine prospère. Jean-Claude Berlier père et ses fils Benoît et Narcisse en sont les maîtres. La verrerie est mentionnée dans les annuaires de 1835 à 1845 au moins. En 1837-1840, un article sur l’église Saint-Jean de Rive-de-Gier cite « M. Berlier, maître de verreries de Couzon » parmi les notables de la commune. En août 1851, Benoît et Narcisse élargissent encore le foncier en achetant un terrain faubourg du Lay et un emplacement de magasin sur le port du Canal.
L’usine compte trois fours au moment de son intégration dans la Compagnie Générale, en 1853. C’est Narcisse Berlier qui effectue l’apport, agissant pour lui-même et pour son frère Benoît, ainsi que pour ses deux sœurs Alice et Sabine, rentières.
La Compagnie Générale (1853 — 1891)
Pendant près de quarante ans, la verrerie de la Fournatte est l’un des sites de la Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône. La Compagnie entre en liquidation dès 1887, revendant ses actifs progressivement. L’usine Berlier est l’un des derniers lots.
Hervier frères, puis Revol et Hervier (1891 — 1933)
Le 5 mars 1891, une nouvelle société est fondée : Verreries de la Loire, Hervier frères. Elle rachète l’ancienne usine Berlier à la Compagnie Générale et s’y installe — les frères Hervier venaient de la Manufacture des Verreries de la Ricamarie, qu’ils abandonnent pour profiter du site ripagérien.
Le 9 décembre 1893, Pierre Revol et Fleury-Étienne Hervier, tous deux maîtres de verreries à Rive-de-Gier, constituent une nouvelle société en nom collectif : les Verreries Générales de la Loire, anciens établissements Revol et Hervier, avec siège au quartier de Couzon, faubourg Delay. L’objet : bouteilles, bonbonnes, dames-jeannes et gobeleterie. La société est prévue pour cinquante ans.
En 1898, la structure se transforme en société anonyme au capital de 450 000 francs. Cette même année et en 1900, la presse locale rapporte deux accidents graves à l’usine. Anna Richet, 27 ans, fletteuse, se penche pour rattraper un flacon qui lui a échappé et laisse sa chevelure et son cuir chevelu entiers dans le graisseur d’une meule — ainsi que l’oreille gauche. Félice Chiarabaglio, 16 ans, porteur, court trop vite et reçoit en plein visage la canne encore rouge du souffleur Zimmermann. Ces deux faits divers saisissants disent mieux que tout rapport ce qu’était le quotidien d’une verrerie à la Belle Époque.
En août 1900, le directeur Adolphe Rey est condamné à 15 francs d’amende pour infraction à la loi de 1892 sur le travail des enfants.
La société Revol et Hervier est mise en liquidation en 1901, mais la SA des Verreries Générales continue — une assemblée générale est encore annoncée en mars 1904.
Une longue grève éclate le 26 janvier 1913, à la suite du renvoi du délégué syndical et de l’embauche de deux ouvriers non syndiqués. Elle dure jusqu’au 20 juin 1913. Une nouvelle grève des verriers à gobelets est signalée en juin 1919.
En août 1928, un incendie détruit des magasins de bouteilles au quartier de Couzon.
La dernière trace de la société est la convocation à une assemblée générale extraordinaire le 24 août 1933, avec à l’ordre du jour la dissolution éventuelle. Le capital avait été réduit à 180 000 francs. La dissolution a très probablement eu lieu peu après.
Situation géographique
Localisation
L’usine était établie au lieu de la Fournatte, faubourg Delay, quartier de Couzon, à Rive-de-Gier, en bordure sud du Gier. Le Pont Berlier, visible sur le plan de J. Jolly (1894) et qui relie la rue du faubourg Delay au canal du Gier, porte le nom de la famille — il a été doublé par le Pont Dorian en 1912.
Sur ce même plan de 1894, l’usine des Verreries Générales de la Loire longe le Gier tout près de ce pont — il s’agit très vraisemblablement de l’ancienne verrerie Berlier dans sa configuration de fin de siècle.
D’après les sources sur la verrerie Hémain, la Berlier se trouvait face à Hémain, de l’autre côté du Gier — ce qui confirme sa position dans le quartier.
Carte du site
À venir — localisation sur plan Jolly (1894) et cadastre napoléonien.
Éléments techniques
La verrerie produisait des bouteilles et de la gobeleterie. Trois fours à son intégration dans la Compagnie Générale en 1853. Dans sa dernière période, sous les Verreries Générales de la Loire, la production comprenait bouteilles, bonbonnes, dames-jeannes et gobeleterie — gamme typique des verreries de verre creux de la région à la fin du XIXe siècle.
L’accident d’Anna Richet en 1898 — impliquant le « graisseur adapté à la meule » — indique la présence d’une taillerie ou polisserie sur le site, où les pièces étaient finies mécaniquement.
Contexte social
La presse locale offre sur cette verrerie un niveau de détail humain rare. Les accidents de 1898 et 1900 — un cuir chevelu arraché, une canne de souffleur dans l’œil — sont la réalité quotidienne d’une usine où la chaleur, la vitesse et la fatigue tuent ou mutilent. La condamnation du directeur pour travail d’enfants en 1900 rappelle que la loi de 1874 était encore contournée vingt-six ans après son adoption.
Les grèves de 1913 et 1919, respectivement de cinq mois et de durée indéterminée, témoignent d’une conflictualité sociale persistante. Celle de 1913 porte sur une question de fond — le droit syndical et la liberté d’embauche — qui traverse toute l’industrie verrière de l’époque.
Erreurs et incertitudes
Points non résolus
- La date exacte de fondation. Pelletier dit « vers 1819 » mais les actes notariaux montrent que le terrain de la Fournatte n’est acquis que le 25 février 1821. La verrerie a donc été fondée au plus tôt en 1821. L’écart peut s’expliquer par une confusion de Pelletier avec les premières acquisitions de magasins (1814-1815).
- Le lieu dit « Fournatte ». Sa localisation précise par rapport au Pont Berlier reste à confirmer sur le cadastre napoléonien.
- Le destin de l’usine après 1933. La dissolution de la SA est probable mais non explicitement documentée. L’usine a-t-elle été reprise par un autre exploitant, ou définitivement fermée ?
- La période 1853-1891. Les sources sur l’usine sous la Compagnie Générale sont rares. Son évolution technique et sa production pendant ces trente-huit ans restent à documenter.
Personnages associés
Aucune personne liée n'a été trouvée pour cette verrerie.
Voir toutes les personnes liées →Sources
19 février 1855 — historique complet des acquisitions foncières de la famille Berlier depuis 1812. Source principale sur l'origine et la localisation de l'usine.
1887 — fondation vers 1819, trois fours à l'intégration dans la Compagnie Générale. Mention de M. Berlier, maître de verreries de Couzon, dans les années 1837-1840.
1823 : première mention 'Berlier'. 1825-1833 : 'Berlier et Bonnard'. 1835-1845 : 'Berlier père et fils'.
21 mars 1891 — annonce de la société Verreries de la Loire, Hervier frères, et rachat de l'usine Berlier à la Compagnie Générale.
24 janvier 1894 — statuts de la société 'Verreries Générales de la Loire, anciens établissements Revol et Hervier'.
27 octobre 1898 — Anna Richet, 27 ans, fletteuse, cuir chevelu arraché par le graisseur d'une meule.
31 juillet 1933 — convocation à l'assemblée générale extraordinaire du 24 août 1933 avec à l'ordre du jour la dissolution éventuelle de la société.